Par Alexandre Benazzouz
Les fourneaux se sont arrêtés en Indonésie.
Pour être plus précis, l’intégralité des fonderies d’étain indonésiennes ont été stoppé début août. Sur les 28 producteurs accrédités en Indonésie, seulement deux d’entre eux ont poursuivi leur activité, assurant tout juste 11% du volume habituel. Les exportations ont ainsi été divisées par deux comparé à août 2011.
L’arrêt des fonderies a provoqué la panique sur le London Metal Exchange (LME), épicentre des marchés des métaux. Rendez vous compte, l’Indonésie est le premier exportateur mondial d’étain.
Aurons-nous de l’étain à Noël ?
L’interrogation paraît futile, pourtant elle ne l’est pas. Ce métal conducteur est présent dans tous les objets de notre société high-tech. “Sans étain, pas de connexions, donc pas d’électronique”, souligne Christophe Boltanski, du Nouvel Observateur.
Notre dépendance explique la tension du marché. Les prix ont immédiatement pris plus de 10%.
Malheureusement, cette politique n’est pas un cas isolé. Voici quelques conseils pour vous protéger des soubresauts des métaux.
L’Indonésie réduit son offre…
Les cours de l’étain ont la particularité d’être extrêmement volatils. Historiquement, seuls les cours du nickel connaissent des cours plus bondissants.
L’année dernière, la tonne sur le LME avait atteint les 35 000 dollars. Dès la fin d’année, la tonne était redescendue en dessous des 20 000 dollars. Regardez plutôt :

Si Jakarta a souffert de cette chute des cours, le pays a dû également affronter cette année la baisse de la demande de son premier client. La Chine absorbe pratiquement 50% de la production d’étain dans le monde. Or actuellement, son activité industrielle a renoué avec ses plus bas de 2009. Ainsi en août, les prix sont passés en dessous du seuil des 18 000 $ la tonne. Or en dessous des 23 000 dollars la tonne, les fonderies vendent leur production à perte.
Profitant de son statut de premier exportateur au monde (40% de l’étain exporté dans le monde), l’Indonésie a interrompu ses exportations afin de faire remonter les cours.
… et réussit à faire décoller les prix
Et force est de constater que ça a marché. Le vendredi 24 août, la tonne d’étain clôturait à 20 350 dollars sur le LME (London Metal Exchange), contre 17 850 $ la semaine précédente.
Selon les analystes de Bloomberg, les prix devraient même retrouver le seuil des 22 000 $ la tonne au quatrième trimestre 2012.
Cette décision est moins spontanée et brutale qu’on ne le pense. L’Indonésie avait annoncé depuis longtemps son intention de mieux contrôler les cours de ses minerais.
L’Indonésie veut contrôler ses mines
L’idée poursuivie par l’Indonésie est d’utiliser son potentiel minier pour amorcer la montée en gamme de son industrie. Pour ce faire, Jakarta a besoin de contrôler les cours de son minerai. Outre les interventions ponctuelles comme en août, deux pistes ont été explorées :
1. Le contrôle des exportations
Au mois de février, le pays a adopté une loi réduisant la possibilité pour les groupes étrangers de rentrer dans le secteur minier indonésien. Et d’ici 2014, l’Indonésie devrait arrêter l’exportation complète de matières premières afin de promouvoir l’essor de son industrie de transformation.
2. La cotation du minerai en Indonésie
L’Indonésie a crée sa propre bourse de l’étain, l’INATIN. Cette place permettra aux producteurs de fixer eux-mêmes les cours. Elle permettra également à l’Indonésie de moins subir la suprématie du London Metal Exchange, place de référence pour la cotation des métaux.
Quelle conclusion pouvons-nous en tirer ?
L’intervention de Jakarta n’est pas anecdotique. Sa politique s’inscrit dans un vaste mouvement de “renationalisation” des ressources naturelles à travers le monde. Des mouvements similaires peuvent être constatés au Pérou, en Bolivie ou encore en Zambie.
Toutefois seuls les pays ayant une position dominante sur un marché, comme l’Indonésie dans l’étain, l’Arabie Saoudite dans le pétrole, ou la Chine dans les terres rares, sont véritablement en mesure d’influer sur les prix.
Comment en profiter ?
Pour profiter des poussées de nationalisme, vous pouvez vous positionner sur les producteurs lorsque les cours du métal sont au creux de la vague. Les cours de PT Timah et Malaysia Smelting Corporation Berhad, les deux plus importants producteurs d’étain au monde après le Chinois Yunnan Tin, ont par exemple bondi après l’annonce de la réduction de leur production.
Pourtant je vous recommanderai d’attendre avant de vous positionner sur le marché de l’étain.
L’investissement idéal reste de miser sur les producteurs minoritaires hors des pays. Ils profitent ainsi des décisions unilatérales du premier producteur, sans arrêter pour autant leur production.
En Angleterre, la minière Western United Mines a relancé l’exploration d’étain dans la mine de South Crofty il y a un an. Avec le retour du nationalisme “minier”, il est probable que d’autres compagnies ouvrent d’anciennes mines d’étain pour sécuriser les approvisionnements des pays développés.
Ces minières représenteront alors des opportunités à saisir rapidement.


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