Matières premières, la chasse aux bonnes affaires est ouverte

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Si seulement la France était peuplée de La Fa Lan, François Hollande n’aurait peut-être pas été obligé de multiplier les courbettes en Chine la semaine dernière pour arracher quelques contrats pour nos industriels.

La Fa Tan, nom donné à Jean-Pierre Raffarin en Chine, a effectivement tissé des liens avec la Chine dès 2002, et est aujourd’hui considéré comme la cheville ouvrière de chaque visite d’officiels en Chine.

Davantage de Jean-Pierre Raffarin, ou d’”orchidée qui tire la loi”, aurait surtout permis à François Hollande et à ses prédécesseurs de ne pas courir aujourd’hui derrière l’Allemagne en termes d’exportations vers la Chine. La France importe pour 41,5 milliards d’euros de produits chinois, et en exporte 15,1…soit un trou de 26,5 milliards d’euros qui plombe notre solde commercial.

Pékin a fait vaciller les marchés
Au-delà de la visite de François Hollande, l’état de la Chine nous intéresse à double titre, nous, investisseur sur les matières premières, tant Pékin a fait vaciller les cours ces deux dernières semaines.

  • La première annonce est venue lundi 15 avril avec une baisse de la croissance chinoise sous les 8% attendus.

  • La deuxième a eu lieu en début de semaine, avec la publication de l’indice préliminaire des directeurs d’achat (PMI) de la banque HSBC, à 50,5 contre 51,5 attendu. Là encore, les métaux ont accusé le coup.

Au milieu du décrochage de l’or, accentué par l’emballement médiatique, il n’en fallait pas plus pour en conclure la fin du cycle des matières premières.

Soyons lucides, ces mauvais chiffres sont loin d’être un simple trou d’air.

Le ralentissement de la Chine traduit les blocages que le pays tente de combattre depuis des années. Simone Wapler rappelait cette semaine “l’inquiétude grandissante à propos des mauvaises dettes des collectivités locales. Elles étaient estimées à 1 200 milliards d’euros, mais elles pourraient, en réalité, s’élever à 2 500 milliards d’euros (et donc la Chine aurait une dette publique totale de 3 700 milliards d’euros)”.

Les mauvais indicateurs économiques traduisent également la difficulté d’un passage à un modèle de croissance économique tiré par la consommation interne. Les réformes fiscales qui devront être faites s’avèrent être des obstacles majeurs. Le risque de voir l’économie chinoise cahoter encore quelques mois est réel.

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Toutefois l’évolution de la Chine est une donnée de long terme…

… et deux semaines de perturbations, aussi violentes soient-elles pour les métaux, ne peuvent pas balayer d’un revers de la main la logique de nos investissements.

Une récente étude du Centre de Recherche du Conseil d’Etat chinois est venue rappeler que la Chine allait sans aucun doute poursuivre ses achats de matières premières dans les années qui viennent. Au rythme de 7% de croissance annuelle, la Chine est dans les rails pour atteindre son objectif de doubler son PIB entre 2010 et 2020. En particulier, l’analyse met la lumière sur la poursuite de l’urbanisation de la Chine pour justifier la tendance haussière des métaux.

Si cette analyse d’une des plus importantes instances économique du pays valide la thèse de la fin d’un super cycle des matières premières, tout du moins des métaux, il confirme la poursuite du cycle haussier de la demande. C’est peut-être ce qui explique le rebond cette semaine des métaux industriels.

Les métaux industriels respirent

Les cours des métaux industriels ont légèrement rebondi la semaine dernière sur le London Metal Exchange (LME), le cuivre et l’aluminium reprenant plus de 2% chacun, après avoir lourdement chuté ces dernières semaines. Le nickel affichait une baisse de plus de 8% sur le mois, le cuivre 6%, et l’étain 9%. Si certains traders ont probablement profité de la chute du marché pour rentrer à vil prix sur certains métaux, plusieurs indicateurs sont également venus rassurer le marché sur la demande.

La chute du cuivre à 6 762$ la tonne, était une opportunité trop belle pour les spéculateurs. Cela faisait 2 ans qu’ils n’avaient pas vu ça, et en dépit de stocks déjà élevés de cuivre, les volumes échangés la semaine dernière sur le LME et le COMEX ont frôlé les records. Le même son de cloche a été entendu chez Deutsche Bank, l’analyste Daniel Brebner expliquant qu’“un plancher semble atteint dans le mouvement de chute”.

Toutefois le rebond n’a pas été d’une grande ampleur, la publication de l’indice PMI chinois d’HSBC ayant refroidi les ardeurs. Pour Alex Young de CMC Markets, “ces chiffres manufacturiers confirment une fois de plus que les investisseurs ne peuvent pas faire confiance à la Chine pour revigorer à court terme les marchés des matières premières“.

Les Etats-Unis n’ont pas permis de compenser ce déficit de confiance, puisque la publication de leur croissance au premier trimestre en fin de semaine, 2,5%, s’est révélée inférieure aux attentes. Insuffisant pour créer un rebond durable des métaux.

L’agriculture souffle avant de baisser à nouveau

Bonne nouvelle pour les consommateurs du monde entier, l’agriculture n’est plus en surchauffe. Le maïs, le soja et le blé sont redescendus de leur piédestal. Le maïs en particulier a accusé le coup, avec une baisse de 12% depuis un mois.

Le soja et le blé résistent, avec des baisses de 1% et 3,50%. Et d’après l’USDA, ce n’est pas le rebond de la semaine dernière qui empêchera les cours de baisser encore un peu dans les semaines à venir.

- Cette orientation baissière s’explique d’abord du côté de l’offre.
La récolte 2012-2013 est très bien engagée. La récolte au Brésil sera extrêmement bonne. Le pays, qui termine actuellement sa campagne, produirait 81,5 Mt en 2012/2013, soit deux millions de tonnes de moins que les estimations du département américain de l’Agriculture (USDA), mais supérieur de 25,5% comparé à la campagne de 2011/2012. De même l’Argentine produirait selon l’USDA 51,5 millions de tonnes, soit une hausse de 28,4%. A ces bonnes récoltes se joignent les bonnes prévisions en provenance d’Amérique du Nord et d’Europe, où aucun incident climatique n’est pour l’instant venu perturber les semis.

- Côté demande, le retour de la grippe aviaire en Chine, principal acheteur au monde, ralentit actuellement ses importations.

La grippe aviaire, “couplée avec des données économiques décevantes, ont conduit les traders en matières premières à réduire leurs estimations sur les tonnes de soja que la Chine importera cette année” selon Paul Georgy, président du courtier Allendale.

Selon l’USDA, le maïs et surtout le soja pourraient continuer de baisser encore sur le deuxième trimestre, avant de se stabiliser.

Rebond du pétrole

Le cours du WTI, le pétrole à New York, est repassé au-dessus des 90$ dans la semaine, avant d’être plombé en fin de semaine par le mauvais chiffre de la croissance américaine. Elle s’est affichée à 2,5%, alors que les analystes tablaient sur 2,8%. Toutefois la baisse en fin de semaine du baril s’explique aussi par des prises de bénéfices.

A plus long terme, le baril pourrait être à nouveau sur une tendance haussière, alors que les mauvais chiffres tendent à valider la poursuite des assouplissements monétaires, programmes largement favorables au pétrole.

C’est l’idée développée par Michael Hewson, analyste de CMC Markets, pour qui “le marché reste aidé par l’idée que les banques centrales vont continuer leurs politiques monétaires accommodantes pour encourager la reprise économique”, notamment des deux cotés de l’Atlantique.

Or, la “chasse aux bonnes affaires”

Peut-être plus que tout autre matière première, l’or a bénéficié de la “chasse aux bonnes affaires” selon l’expression de Marius Paun, analyste de Capital Spreads. Le métal jaune s’est effectivement ressaisi la semaine dernière, et “a finalement effacé presque la moitié des pertes enregistrées lors de son plongeon” rappelle Marius Paun.

Il faut également noter que la demande d’or physique, lingots, pièces, bijoux, est également repartie à la hausse. “Les achats se sont également renforcés en Chine et en Inde” note Suki Cooper, analyste de Barclays.

A plus long terme, la confiance renaît doucement. Les mauvais chiffres aux Etats-Unis et surtout dans la zone euro ont confirmé la poursuite de politiques monétaires accommodantes. La perspective de voir la Banque centrale européenne (BCE) baisser ses taux d’intérêt s’est également renforcée, le board de la BCE donnant des signes de plus en plus clairs en faveur de cette politique.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
19 avril
2013
Vendredi
26 avril
2013
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 872 1 922 2,67%
Cuivre* 6 916 7 099 2,65%
Plomb* 2 015 2 055 1,99%
Nickel* 15 225 15 340 0,76%
Etain 20 705 20 800 0,46%
Zinc* 1 875 1 918 2,29%
Pétrole light
(New York 1 mois)
88,08 92,97 5,55%
Or (spot Comex) 1 413 1 474 4,32%
Argent spot Comex) 22,76 24,31 6,81%
Platine (spot Comex) 1 415 1 483 4,81%
Palladium (spot Comex) 670 677 1,04%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,964 7,012 0,69%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
6,196 6,33 2,16%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
13,672 13,86 1,38%
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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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