L’épi de maïs retrouve des couleurs

| |
leadimg

Prudent, le CAC 40 s’est replié sous les 4 000 points cette semaine. A l’origine, une poussée de fièvre sur l’ensemble des places financières jeudi dernier, provoquée en partie par un mauvais indicateur économique chinois. Dax, Footsie et Milan perdent sur la semaine respectivement 1,11%, 1,02% et 4,02%. Si la place financière parisienne peut s’estimer heureuse de ne pas avoir connu le sort de son homologue japonais, -7% jeudi, il faut rappeler qu’elle n’a pas connu non plus son ascension de +80% en six mois. Le CAC 40 n’en a pas moins participé au mouvement de hausse des marchés depuis six mois, et son repli même symbolique sous un seuil psychologique important cette semaine reflète les doutes qui s’insinuent actuellement dans l’économie mondiale.

Les premières tensions viennent des débats au sein de la Fed sur la poursuite du QE3 (quantitative easing 3). L’empoignade au sommet de la Banque semble plus vive que jamais. Il y a deux semaines, c’étaient les déclarations du patron de la Fed de San Francisco qui avaient fait flancher les marchés, au premier rang desquels celui des métaux précieux. Son patron avait émis l’hypothèse d’un arrêt du QE cette année.

Cette semaine, la contre-attaque est venue d’un autre président de la Fed, William Dudley, de la Fed de New York, qui a déclaré qu’il était trop tôt pour savoir s’il convenait de ralentir le QE, affirmant qu’il faudrait peut-être attendre encore trois ou quatre mois pour trancher le débat. Finalement c’est Ben Bernanke en personne qui a apporté un peu plus de confusion au marché. Si le patron de la Fed a déclaré qu’”un resserrement prématuré de la politique monétaire [...] comporterait un risque important de ralentir ou d’enrayer la reprise tout en entraînant un nouvel affaiblissement de l’inflation”, la publication du compte-rendu de la dernière réunion du comité de politique monétaire a toutefois laissé entendre qu’un ralentissement du programme dès juin était possible. Nous le verrons, l’or et l’argent ont mal vécu ces hésitations.

Sur le plan des métaux industriels, les mauvaises nouvelles sont venues d’un autre pays, la Chine. L’indice PMI de l’activité manufacturière d’HSBC pour le mois de mai est tombé sous les 50 points, à 49,6, synonyme de contraction. Il s’agit de la plus mauvaise performance depuis sept mois. Selon Qu Hongbin, principal économiste chez HSBC pour la Chine, cité par Le Monde, cela “reflète le ralentissement de la demande intérieure et des hésitations concernant la demande extérieure”. Le ralentissement s’est également manifesté par une baisse des prêts bancaires. Ces annonces ont ainsi largement participé au repli des minières jeudi, le cuivre chutant par exemple de plus de 3%. Cependant, il reste toujours difficile d’en tirer des conclusions pour l’avenir. Selon les experts de CM-CIC Securities, “ce chiffre fait suite à plusieurs mois de bonnes performances des demandes domestiques, et ne permet ainsi pas de dégager de véritable tendance de limitation de la dépense publique en Chine“. Encore et toujours, la demande intérieure progressera cette année, le niveau des importations restant élevé, mais le rythme de progression restera chaotique. C’est avant tout le marché agricole qui profitera du virage de l’économie chinoise vers le marché intérieur. C’est tout l’objet de la progression de ces marchés.

Notre analyse des matières premières secteur par secteur porte sur les deux dernières semaines, lundi dernier étant férié.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
10/05/2013
Vendredi
24/05/2013
Variation
sur 2 semaines

En $

En $

En %

Aluminium 1 874,50 1 847 -1,47%
Cuivre* 7 376 7 275 -1,37%
Plomb* 2 000 2 057,50 2,88%
Nickel* 15 370 14 835 -3,48%
Etain 20 800 21 150 1,68%
Zinc* 1 868 1 856,50 -0,62%
Acier 165 150 -9,09%
Pétrole light
(New York 1 mois)
95,11 93,54 -1,65%
Or (spot Comex) 1 432,60 1 392 -2,83%
Argent spot Comex) 23,62 22,59 -4,36%
Platine (spot Comex) 1 485 1 557 4,85%
Palladium (spot Comex) 700 730 4,29%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
7,042 6,97 -1,02%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
6,386 6,57 2,88%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
13,982 14,756 5,54%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

Les métaux industriels minés par Pékin
Les métaux n’ont pas connu de grandes évolutions sur les deux dernières semaines. Le cuivre ainsi tourne toujours autour des 7 200 $-7 300 la tonne, l’aluminium autour des 1 800 $, et le zinc 1 860-1 800 $. Comme le résume les analystes de Commerzbank, les cours des métaux de base suivent une trajectoire en “montagnes russes”, le moindre gain étant effacé par une baisse similaire dans les jours qui suivent.

Le cas du cuivre est révélateur. La fermeture temporaire de la mine géante de Grasberg, en Indonésie, ainsi que l’arrêt de la mine de Bingham Canyon aux Etats-Unis auraient pu faire décoller les cours. Or la hausse des cours à 7 533 $ qui s’en est suivi a été effacée quelques jours après. A terme, les analystes soulignent tout de même que “l’offre actuellement réduite [de cuivre] pourrait tout de même permettre de freiner la hausse du surplus sur le marché mondial du cuivre“.

A noter que le nickel, malgré un passage sous les 15 000 $ la tonne, se dirige tout droit vers un changement de tendance. Le resserrement du canal vers les 15 900 $ fera sortir les cours par le haut ou par le bas. J’opterai pour une hausse, compte tenu de la production à perte qu’entraîne un maintien des prix sous 15 000 $.

Les marchés retrouvent l’appétit
Si les cours du blé restent stables, les cours du maïs et du soja se sont appréciés sur ces deux dernières semaines à Chicago. C’est avant tout la confirmation d’une forte demande en produits agricoles qui a fait réagir les marchés. Selon les autorités agricoles américaines, les ventes de soja ont triplé pendant que celles de maïs ont augmenté de 73%. Ce mouvement est d’abord le fait d’un retour plus marqué de la Chine, attirée par les “faibles” prix de ces denrées.

L’ambiance était plutôt ces dernières semaines à décrire un marché agricole en berne. Le boisseau de maïs a perdu 25% de sa valeur depuis l’été dernier. En cause la surface record destinée à la culture du maïs pour la saison 2012-2013 (39 millions d’hectares) et à l’espoir d’une très bonne récolte. Pourtant les cours restent relativement élevés comparés à leur cours historique. La faute au retour des tensions également. Il y a quelques jours encore, les marchés s’inquiétaient d’un retard des semis. Celui-ci a pratiquement été comblé depuis, mais l’inquiétude est encore palpable. Surtout, à la même époque l’année dernière, l’horizon semblait tout aussi dégagé qu’aujourd’hui pour le Midwest, avant que la sécheresse américaine ne s’abatte sur les cultures. Les cours du maïs avaient alors pris plus de 50% en quelques semaines.

[NDLR : Le marché de l'agriculture reste le marché haussier par excellence, indépendant des fluctuations de l'industrie chinoise ou de la dette européenne, tiré seulement par l'appétit d'1,5 milliard d'individus qui gonfleront les effectifs de la classe moyenne d'ici 2050. C'est pour ça que Matières à Profits a décidé de consacrer son numéro de mai à un géant de l'agriculture. Retrouvez plus de détails dans MAP.]

Les platinoïdes sauvent les métaux précieux
L’or et l’argent ont continué leur chemin de croix ces dernières semaines, affichant des baisses respectives de 2,83 et 4,36%. S’ils ont réagi comme les métaux industriels, connaissant des rebonds suivis d’importantes phases de repli, la dynamique globale reste baissière. La perspective d’un arrêt du QE3, que ce soit en juin, en fin d’année ou encore en 2014, pèse irrémédiablement sur les cours.

Comme si le tableau n’était pas encore assez sombre, la demande chinoise commence à fléchir. Les douanes ont annoncé que le pays “n’a importé que 712 tonnes d’argent en avril, le total mensuel le plus faible depuis le début de la publication de ces données début 2009“, selon Commerzbank. La baisse globale de ce marché pourrait laisser croire que la crise des dettes est terminée, et que les marchés n’ont plus besoin de valeurs refuges. L’accélération des politiques monétaires au Japon notamment démontre tout le contraire, faisant des métaux précieux un investissement encore indispensable.

Si les platinoïdes ont subi quelques prises de bénéfices cette semaine, ils affichent pourtant une progression sur les deux dernières semaines. Le retrait des cours en fin de semaine semble davantage être le fait de prise de bénéfices que d’une désaffection des investisseurs. La demande automobile reste forte, et porte les cours des platinoïdes (indispensables pour les pots d’échappement). On note d’ailleurs un regain d’intérêt pour les ETF sur ces métaux, alors que ceux indexés sur l’or et l’argent ne cessent de perdre leur sang.

Baisse modérée pour le pétrole
L’annonce de stocks de pétrole plus élevés que prévu la semaine dernière aux Etats-Unis a été interprétée comme le signe d’un ralentissement de l’économie américaine par certains. Pourtant il en faut plus pour effrayer les marchés, et la baisse du pétrole américain (WTI) est restée relativement modérée.

D’abord parce qu’à la veille d’un jour férié aux Etats-Unis, le Memorial Day, les marchés prennent des positions haussières. Les périodes de grands week-ends sont logiquement favorables à la demande d’essence. Comme l’analyse Rich Illczyszyn, de iiTrader.com, “personne ne veut prendre le risque d’être trop pessimiste” sur cette période. Surtout, les traders restent particulièrement circonspects devant l’état du marché du pétrole. Cet attentisme se reflète dans les évolutions des cours du WTI, qui évoluent depuis maintenant un mois dans un canal extrêmement serré entre 92 $ et 97 $. Toujours pour Rich Illczyszyn, “une telle évolution annonce un fort coup de barre, à la hausse ou à la baisse, d’ici peu“. La poursuite de la baisse du chômage américain pourrait être un fort soutien pour une hausse des cours du brut.

Author Image for Florent Detroy

Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Un commentaire
Laissez un commentaire »

  1. Par pur hasard, je suis tombé sur votre article.

    Dommage qu’il n’y ait pas plus d’analyse pour l’avenir mais juste pour le passé. Or, c’est l’avenir qui compte.

    Il y a plein de chose à dire sur les marchés agricoles. Ne vous limitez pas aux Etats-Unis. C’est dommage que votre titre évoque le marché du maïs et que vous parlez que très peu des cours de ce dernier.

    Bonne journée.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.