Que nous apprend la fusion Glencore-Xstrata ?

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La semaine dernière, le projet de fusion entre les deux géants du négoce et des matières premières a fait un pas de plus, après avoir reçu l’aval de l’Union européenne. Ce projet, décrié depuis le début (le Financial Times titrait en février dernier : “une fusion destinée à dominer le monde”), reste encore aujourd’hui un motif d’inquiétudes.

La fusion des deux acteurs donnera à la nouvelle entité le contrôle d’un tiers du marché du charbon, un probable leadership dans le cuivre, ainsi que des positions fortes sur le zinc et le nickel.

Plusieurs analystes prédisent une série de fusions/acquisitions, grâce à la nouvelle puissance de feu financière du groupe. C’est probablement le but recherché depuis le début par Glencore, qui s’était introduit en Bourse l’année dernière déjà pour dégager du cash et procéder à plusieurs rachats. En début d’année, il s’était notamment renforcé sur les produits agricoles, grâce au rachat du courtier canadien Viterra, bien installé dans les semences, les engrais et les équipements. Selon moi, c’est désormais la mine qui est dans son viseur.

La liste des cibles potentielles est assez précise, et il ne s’agit pas de menu fretin. Le nom de la minière Anglo American, qui pèse 35 milliards de dollars, est fréquemment évoqué. ENRC, First Quatum ou encore Fortescue pourraient également faire partie des cibles.

Récemment, Javier Blas, le spécialiste des matières premières du Financial Times, émettait l’idée que Glenstrata pourrait se tourner également vers le pétrole, alors que le groupe ne possède que peu de positions sur ce marché. Glencore ne possède en effet que quelques participations dans des acteurs mineurs en Afrique, notamment en Guinée équatoriale et au Tchad.

Si j’ai voulu revenir sur cette fusion, c’est qu’elle nous en apprend beaucoup sur la vision que les leaders des matières premières ont de l’évolution des marchés à moyen terme. Cette fusion, qui participe d’une tendance forte cette année (pour plus de détails, je vous renvoie à cet Edito), peut également s’inscrire au sein d’une vision historiquement plus large.

Elle rappelle en effet les deux vagues de fusions de minières qui ont animé les marchés en 1995 puis en 2000-2001. A l’époque, le mouvement de concentration avait été contraint par l’atonie des prix des matières premières. L’opération la plus importante avait été la fusion de BHP et de Billiton en 2001, qui avait permis de créer la plus grande minière au monde.

Ce mouvement avait compensé la chute des cours. En 2000, les prix du cuivre oscillaient entre 1 000-2 000$ la tonne, contre 7 000-8 000$ aujourd’hui. De même, les prix du minerai de fer tournaient autour des 30-40$, alors qu’ils sont bien au-dessus des 100$ actuellement.

Peu de temps après cette dernière vague de fusions, les cours des minerais étaient repartis à la hausse, amenant ces nouveaux groupes à se classer parmi le top 10 des plus grandes capitalisations boursières mondiales.

Aujourd’hui, un scénario similaire se dessine sur les marchés miniers. Nous sommes au creux d’une vague, et les seuils qu’ont atteint les divers métaux, bien que supérieurs aux prix des années 2000, correspondent bien à des seuils “plancher”. Avec l’annulation en cascade de projets miniers récemment, il est probable que les cours restent au minimum de ces niveaux actuels, plus probablement se mettent à remonter lentement à partir de 2013.

Les métaux encouragés
La bonne tenue des métaux cette semaine s’explique par la confirmation que la demande est en train de repartir. D’abord, un indicateur a révélé que la confiance des ménages américains est montée en novembre à un niveau inconnu depuis cinq ans. Côté chinois, l’activité manufacturière, selon la banque HSBC, a connu sa première expansion en 13 mois. Selon HSBC, “les indicateurs aux Etats-Unis comme en Chine sont des signaux de bon augure pour la consommation de métaux de ces deux pays”. Le caractère historique de ces hausses constitue des soutiens tangibles aux métaux.

LA CHINE A LES MOYENS DE SES AMBITIONS…

Mais quelles sont ses ambitions, au juste ? Quel sera le nouvel ordre mondial qui émergera dans les mois et les années à venir ? Comment tirer votre épingle du jeu ?

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Toutefois, il faudra attendre ces prochains jours pour voir l’amélioration se confirmer.

La semaine dernière n’a pas brillé par l’importance des volumes échangée, fête de Thanksgiving oblige. Surtout, une flambée des cours n’est pas d’actualité pour l’instant.

La banque Barclays Capital a rappelé que “le marché est inquiet du gonflement des stocks de métaux en Chine”, et que “l’ampleur des stocks à la Bourse des métaux de Shanghai va probablement retarder et limiter la reprise” des importations chinoises de métaux. C’est tout particulièrement le cas sur le cuivre.

Malgré sa légère hausse cette semaine, la demande en Chine aurait baissé de près de 20%. Toutefois, Goldman Sachs et Barclays se sont voulues rassurantes. A moyen terme, ces deux banques s’attendent à ce que la demande chinoise reprenne rapidement grâce à la nouvelle direction politique. L’ouverture cette semaine de l’”Asia Copper Week” nous en apprendra plus.

Enfin la belle performance du nickel, en hausse de plus de 4%, s’explique par la réduction du surplus de métal annoncé pour l’année prochaine par Standard Bank et BNP Parisbas en 2013.

Les métaux précieux profitent de l’embellie
L’or est repassé au-dessus des 1 750$ l’once dans la semaine, après un rebond vigoureux. C’est d’abord les affrontements au Proche-Orient qui ont poussé les investisseurs à se tourner vers des valeurs refuges. Le mouvement de l’once est bien résumé par Austin Kiddle, analyste du courtier Sharps Pixley, qui explique qu’après la hausse, l’once est revenue à des niveaux plus tempérés, “à mesure que se précisait la perspective d’une trêve”. L’affaiblissement du dollar a également joué un rôle important.

L’once d’argent a suivi exactement le même chemin, mais en restant à des niveaux plutôt soutenus après son envolée. Le métal gris a fini à 34,01$ vendredi dernier, soit un plus haut de mi-octobre.

Les platinoïdes, davantage liés à la demande industrielle, sont ainsi repartis à la hausse, grâce aux bons chiffres en provenance de Chine.

Le soja limite la casse
Le soja connaît décidément des fortunes diverses sur les marchés. Après son pic de l’été, le soja a enchaîné trois semaines de baisse, avant de se reprendre légèrement cette semaine en rebondissant sur des supports techniques. Les nouvelles n’étaient pourtant pas meilleures que les semaines précédentes. Les importations en provenance de Chine, en baisse de 19% entre septembre et octobre, ont confirmé la tendance baissière du marché. A plus long terme l’arrivée des récoltes brésiliennes de soja, attendues comme très bonnes, vont continuer de peser sur le marché.

Les effets de la sècheresse de cet été n’ont toutefois pas été totalement effacés. Le blé affiche à son tour une hausse cette semaine, quoique maigre. Les semis d’hiver ont été affectés par les effets de la sècheresse aux Etats-Unis. Le taux de plantations évaluées comme bonnes/excellentes est de 2% sous le taux de l’année dernière. Surtout, la réduction de la récolte des pays de la mer Noire va commencer à tendre le marché dans les mois à venir.

Le Proche-Orient tend le marché du pétrole
Le Brent de mer du Nord reste étonnement scotché autour des 110$. La récente accélération de la demande en Chine explique en partie la bonne tenue des prix. La Chine a probablement décidé de reconstituer ses stocks, et a affiché une hausse supérieure de 7% comparé à l’année dernière. Plus fondamentalement, ce sont les tensions au Proche-Orient qui continuent d’électriser les cours et de maintenir le baril au-dessus des 110$ à Londres, et 87$ à New York.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
16 novembre
2012
Vendredi
23 novembre
2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 941 1 948

0,36%

Cuivre* 7 583 7 692 1,44%
Plomb* 2 162 2 172 0,46%
Nickel* 15 945 16 595 4,08%
Etain 20 450 20 475 0,12%
Zinc* 1 923 1 941 0,94%
Acier (Méditerranéen) * 300

295

-1,50%
Pétrole light
(New York 1 mois)
88 88,06 0,40%
Or (spot Comex) 1 723 1 748,6 1,49%
Argent spot Comex) 32,53 34,1

4,83%

Platine (spot Comex) 1 561 1 606 2,88%
Palladium (spot Comex) 631 660 4,60%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,390 8,530 1,67%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,300

7,524

3,07%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
13,910 14,26 2,52%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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