WTI : en route pour les 150 $ ?

| |

Le prix du pétrole n’est pas prêt de retomber
Les marchés semblent avoir pricé l’arrêt quasi complet des exportations en provenance de Libye, pensant que la situation pourrait se normaliser assez rapidement dans ce pays. Sauf que c’est tout le contraire qui se profile. Mouammar Kadhafi multiplie les contre-attaques pour s’emparer d’installations pétrolières passées sous le contrôle de ses opposants.

Les troubles en Iran se poursuivent mais ils restent ignorés.

La chute de -11% de la Bourse de Ryad n’alerte pas davantage les opérateurs sur le risque de déstabilisation du pays par les nombreux détracteurs de la famille royale accusée d’être “aux ordres” des Américains.

Le Président (à vie) du Yémen (pays frontalier de l’Arabie Saoudite) pourrait annoncer son départ de façon imminente : chaque dictature qui tombe donne des ailes aux populations du golfe Persique.

▪ En Algérie enfin, peut-être un début de “tache d’huile”…

Dans le même ordre d’idée, il va falloir surveiller de près les ex-républiques soviétiques riveraines de la mer Caspienne et les pays d’Afrique de l’Ouest — surtout ceux qui produisent du pétrole. En effet, la hausse des prix alimentaires constitue un cocktail tout aussi détonnant qu’au Maghreb, sans compter des régimes dont la légitimité est fortement contestée.

Bernanke y met du sien pour “accompagner” la flambée des prix
Et comme si les incertitudes concernant le Proche-Orient ou l’Afrique ne suffisaient pas, Ben Bernanke estimait la semaine dernière devant la Commission bancaire du Sénat américain que la hausse du pétrole — si elle s’avérait durable — pourrait avoir des répercussions négatives sur l’économie… Mais il ajoute que l’envolée des cours ne devrait pas durer et que les prix devraient revenir à la moyenne (80 $ selon nos calculs) d’ici le second semestre 2011.

Il n’envisage donc pas de suspendre le déroulement de son QE2 (450 milliards sur 600 ont déjà été injectés) dont les économistes sont chaque jour plus nombreux à considérer qu’il constitue une part importante sinon déterminante de l’envolée spéculative de l’or noir.

Et ce n’est peut-être que le début d’une spirale infernale…
si nous en croyons les récentes études circulant dans les salles de marchés et qui suggèrent que Ben Bernanke ne compte pas s’arrêter à un QE2 — ni même à un QE3 !

Visez 125 $ le baril en juin
Faisons un rapide bilan : depuis qu’il a confirmé début décembre la mise en oeuvre d’un QE2, le baril est passé de 75 $ à 101/105 $, soit une hausse de plus de 35%.

Compte tenu de la moyenne de progression de 6% par mois depuis la fin de l’été 2010, il pourrait atteindre 120 $ à 125 $ d’ici le mois de juin (et l’achèvement des injections massives de fausse monnaie par la Fed).

Graphiquement, le débordement de la résistance majeur des 92,5 $ testée sans relâche du 23 décembre au 31 janvier libérait un potentiel de hausse jusque vers 103 $.

Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Les objectifs volent en éclats les uns après les autres
Le premier objectif de 103 $ a été atteint, mais le flux constant de “
hot money semble interdire que se déclenche une correction importante : les 95 $ apparaissent désormais comme un support graphique mais aussi et surtout comme un point d’entrée dans l’optique d’une hausse moyen terme.

Dans la foulée, notre second objectif de “combler le gap des 105 $ (gap du 26 septembre 2008) a lui aussi été atteint.
Reste à présent le test du pic des 110 $ du 22 septembre 2008.

Au-delà, la voie est toute tracée…
Au-delà, le baril de WTI devrait s’en aller refermer le gap des 115 $ du 29 août 2008…

Mais si ce scénario survient, c’est bien que l’or noir aura entamé une phase de “hausse maniaque” où le zénith des 122 $ du 22 août 2008 ne constitue plus qu’une simple étape sur le chemin qui mène au retracement des 146 $ du 14 juillet 2008.

Première parution dans le Billet du Trader le 08/03/2011.

Author Image for Philippe Béchade

Philippe Béchade

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la 'voix' de l'actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l'un des tout premiers 'traders' mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.