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Quel scénario pour l’or ? (I)

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“A force d’intervenir ainsi tous les mois, n’avez-vous pas du mal à trouver des sujets ?”, me demandait un lecteur de Vos Finances rencontré lors de la Journée du Patrimoine du 22 juin dernier. Pris dans l’agitation de cette journée, je ne sais plus très précisément ce que je lui ai répondu. L’actualité financière et économique de ces dernières années oscille en effet entre le long fleuve tranquille et la pochette surprise.

C’est un long fleuve tranquille car les décisions de nos élites sont tellement prévisibles que cela en devient lassant. Pour un chroniqueur objectif cette non-actualité est un désert d’inspiration. Ces élites tétanisées par la déflation des actifs refusent l’idée d’un effondrement des indices actions malgré une survalorisation d’environ 40%, ou de laisser le prix de l’immobilier ou des obligations prendre le même chemin. Depuis des années, les politiques menées ont conduit à la formation de bulle de prix dans toutes les classes d’actifs. La seule politique acceptable pour ces élites est de tenter d’endiguer tout renversement de tendance en imprimant un peu plus de papier-monnaie. Cette situation condamnerait un chroniqueur à rabâcher sans cesse la même chose et à passer pour un ennuyeux radoteur. Heureusement, à côté de ce long fleuve tranquille, nous avons droit régulièrement à des événements que même le plus créatif des scénaristes de polars n’aurait pu imaginer.

Ce qu’un scénariste n’aurait pas osé écrire
Madoff, ce nom vous dit sans doute quelque chose. Quel scénariste aurait osé écrire une telle histoire ? Imaginez un instant le synopsis présenté au producteur : un maître-nageur sauveteur devenu président du Nasdaq monte une escroquerie à 65 milliards de dollars dévoilée en 2008. Cerise sur le gâteau, les personnalités des organismes de contrôle qui auraient dû détecter la fraude (signalée par des agents de terrain de la SEC pratiquement dès son origine) ont toutes été reconduites ou promues au sein du gouvernement fédéral.

Bear Stearns, Lehman Brothers, encore des noms que vous connaissez. Qui aurait osé annoncer que ces colosses de la banque d’investissement allaient tout simplement disparaître en laissant aux contribuables de tous les pays une ardoise encore aujourd’hui inconnue ? La vérité sort peu à peu. Lehman aurait truqué ses bilans depuis 2007. Bear Stearns, que le magazine Fortune classait encore en 2007 dans son “America’s Most Admired Companies”, était rachetée pour une poignée de dollars par JP Morgan en mars 2008, causant 490 milliards de pertes dans le monde de la finance. Etonnamment, il aura fallu attendre la fin de l’été 2008 pour apprendre que l’heureux gagnant des 1,7 million de dollars en options de vente sur l’action Bear Stearns (représentant la bagatelle de 5,7 millions d’actions vendues à 30 dollars et de 165 000 actions vendues à 25 dollars alors que l’action Bear Stearns clôturait à 62,97 dollars) était soupçonné de délit d’initié. Une telle opération ne peut en aucun cas relever du flair ou du pari mais d’une mise à mort programmée et concertée avec les autorités de régulation. Bien entendu, le nom du ou des heureux gagnants n’a toujours pas été dévoilé.

Puis nous avons eu la Grèce et Goldman Sachs pris la main dans le pot de confiture en train de trafiquer les comptes de ce pays. Qui oserait affirmer que personne – en particulier au sein des innombrables experts de la Commission européenne – n’était au courant ? Comment peut-on prétendre que la Grèce en est arrivée là sans qu’aucun de nos brillants experts économiques n’ait eu vent de ce qui s’y tramait ? C’est le même Goldman Sachs qui se faisait épingler début 2010 pour sa position pour le moins ambivalente dans la crise des subprime. Qui a entendu parler des suites données à cette affaire ? La Pieuvre a payé une amende de 550 millions de dollars pour avoir la paix. Une misère !

Plus près de nous, vous avez certainement encore en mémoire l’affaire MF Global. La banqueroute de ce courtier en octobre 2011 révèle alors un trou de 1,6 milliard dans les comptes des clients. Cerise sur le gâteau, le groupe CME, dont MF Global est un des acteurs essentiels du processus de compensation, se défausse totalement de ses responsabilités. Selon les clauses affichées par CME, le processus de compensation est inviolable et la sécurité des dépôts des clients assurée (par le CME). Pourtant c’est arrivé !

Les régulateurs américains, SEC et CFTC en tête, ont à cette occasion refait leur numéro de gros bras et affirmé que – “vous allez voir ce que vous allez voir” – tout ceci ne pourrait pas se reproduire.

Le 10 juillet dernier, un autre courtier, Peregrine Financial Group Inc. (PFG), déposait le bilan révélant alors un trou de 215 millions de dollars dans les comptes de ses clients. Pourtant, après MF Global, tout le monde vous avait dit que ceci ne pourrait plus arriver. Wasendorf, le président de PFG, décidé à mettre fin à ses jours, a laissé une lettre dont le texte est repris en partie dans le procès-verbal d’arrestation du FBI (il a survécu à sa tentative). Si vous lisez l’anglais précipitez-vous (faire une recherche avec Google sur “Case 1:12-mj-00131- JSS”). C’est une vraie perle. Dans cette confession il révèle que l’escroquerie serait le fait d’un seul homme : lui seul. Il aurait, depuis une vingtaine d’années, avec quelques outils informatiques grand public (Photoshop, Excel, scanner, etc.), produit de faux relevés de compte et mystifié non seulement ses clients mais son directeur financier et les différents audits effectués par le régulateur. Puis, lorsque la banque via Internet s’est développée, il se serait adapté aisément pour continuer ses maquillages de relevés. Imaginez-vous vraiment le président de PFG en train de faire ses faux relevés avec Photoshop, jour après jour depuis deux décennies ? Alors répondez-moi : quel scénariste aurait osé écrire ça ?

Mais nous n’avions encore rien vu. Depuis des années, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qui semblait impossible : une manipulation des taux interbancaires. Toutes ces voix ont été immédiatement cataloguées par la presse bien pensante dans le panier des théoriciens du complot. Poussée dans ses derniers retranchements, la Barclays avouait pourtant avoir pendant des années manipulé le London Interbank Offered Rate – le Libor. La banque s’est empressée d’accepter les modestes amendes infligées. Le montant total, 455 millions de dollars, est très certainement bien loin des profits engrangés pendant toutes ces années de fraudes (estimés à 15 milliards de dollars a minima). L’enquête en cours révèle jour après jour de nouveaux noms de banques soupçonnées d’être impliquées dans cette rapine (Crédit Agricole, HSBC, Deutsche Bank et Société Générale, selon le Financial Times). A ce stade, on peut se demander comment la Banque d’Angleterre a fait pour ne pas découvrir le pot aux roses. Ne serait-elle pas elle-même un peu mouillée dans l’affaire ? Comment imaginer que les taux interbancaires soient au plus bas alors que les banques n’ont aucune confiance les unes envers les autres ? Paradoxe qui n’a pas réellement interpellé la Banque d’Angleterre semble-t-il.

Quand le marché de l’or est touché…
Les taux du Libor sont la référence pour de nombreux marchés financiers. Pour ce qui concerne les métaux précieux, ils sont utilisés pour calculer le taux auquel le métal physique est prêté aux institutions financières intervenant sur les marchés à terme.

Une autre famille de taux est utilisée sur ce marché : les GOFO – pour Gold forward offered rates – définis au sein de la LBMA (London Bullion Market Association, La Mecque de l’or et de l’argent physiques). Les GOFO représentent (sur différentes maturités de un mois à un an) le taux auquel un détenteur de métal jaune s’engage à prêter son stock de physique en échange d’un montant (swap) en dollar. Les taux d’emprunt de l’or, ou Gold lease rates (GLR), sont donc calculés en déduisant les taux GOFO du Libor. Aujourd’hui les taux GLR de faible maturité sont négatifs. Dit autrement, cela correspond à une situation où le prêteur d’or (principalement les banques centrales) paie les banques accréditées (les bullion banks comme Barclays Bank PLC, ScotiaMocatta, Deutsche Bank AG, HSBC Bank, JP Morgan Chase Bank et UBS AG) pour emprunter du métal précieux. Oui, vous avez bien lu, on les paie pour emprunter de l’or !

Bienvenue dans un scénario…

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Yannick Colleu

Yannick Colleu, de formation Ingénieur et IAE de Paris, est l'auteur d'un guide reconnu sur l'investissement aurifère : Guide d'investissement sur le marché de l'or (éditions Gualino). Il a également signé l'ouvrage Fiscalité des métaux précieux aux éditions de L'Alambic.

En phase avec les grandes idées d'investissement des Publications Agora, il intervient régulièrement dans nos chroniques et lors de nos conférences.

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