Par Alexandre Benazzouz
“Le supercycle coordonné des matières premières de la dernière décennie pourrait bien toucher à sa fin.”
C’est cette hypothèse du responsable de la recherche matières premières de Citigroup, Edward. L. Moirse, qui terrifie actuellement les marchés. Il s’agirait d’une tendance structurelle, dont les matières ne se relèveraient pas, nous prédit le banquier. Tel le troupeau de moutons de Panurge, les spéculateurs ont commencé à fuir en masse ce marché depuis plusieurs mois.
Pourtant la fin d’un supercycle reste largement incertaine. L’opacité autour du ralentissement de la croissance chinoise a eu tendance à faire naître les hypothèses les plus extrêmes.
Si le marché des matières premières semble effectivement rentrer dans une nouvelle phase, son inexorable déclin est loin d’être acquis.
Les opportunités sur les matières sont encore nombreuses. Mais avant de nous positionner, analysons ce qu’il s’est passé depuis le début d’année.
Les contrats à terme, thermomètres du marché
Les contrats à terme (futures) représentent un indicateur pertinent sur la santé d’un secteur.
Un contrat future permet de se protéger contre le risque de fluctuation des prix en permettant de fixer à l’avance le prix de l’actif sous-jacent. Lorsque l’on achète un contrat future, on se protège contre le risque d’une hausse des prix. A l’inverse, lorsque l’on vend un contrat à terme, on se protège contre une baisse. Par conséquent, quand le volume des ventes est supérieur à celui des achats, on peut en déduire que les investisseurs parient sur une tendance baissière du marché.
Or depuis quelques temps, on constate des mouvements de retrait de ces marchés.
Retrait massif des spéculateurs
Selon les analystes de la Commerzbank, les positions à l’achat des spéculateurs ont nettement chuté, alors que les ventes ont considérablement augmenté sur le marché des contrats à terme sur matières premières.
Comme en témoigne le tableau ci-dessous :
|
Matières |
Nombre nets (achat – ventes) |
|
Soja à Chicago |
240 774 (-1 899) |
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Maïs à Chicago |
146 590 (-47 242) |
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Huile de soja à Chicago |
50 250 (-4 013) |
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Blé au Kansas |
-1 495 (-2 168) |
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Blé à Chicago |
-52 340 (-9 876) |
|
Sucre à New York |
81 651 (-9 570) |
|
Coton à New York |
15 450 (-1 247) |
|
Cacao à New York |
-9 317 (-3 298) |
Source : CFTC, 17 avril 2012
Deux commentaires s’imposent :
- D’abord, le nombre de contrats à l’achat diminue pour toutes les matières sans exceptions.
- Ensuite, le déclin est particulièrement marqué sur le marché du blé et du cacao, où les ventes de contrats futures et d’options ont atteint un nouveau record. Les ventes ont été largement supérieures aux achats, d’où les valeurs négatives pour ces matières (-52 340 et -9 317).
De manière globale, la banque néerlandaise Rabobank confirme cette tendance. Selon ses calculs, les spéculateurs ont réduit leurs achats dans les matières agricoles de plus de 80%, passant de 566 000 contrats à 115 000 contrats. C’est la plus forte baisse depuis novembre 2011.
Mais on observe également ce retournement sur le marché actions. Les valeurs matières premières ont fait face à de grosses difficultés en 2011. La tendance semble devoir se poursuivre dans cette première moitié d’année.
Les fonds de matières premières rattrapés par la crise
Cette tendance est illustrée par le fonds “ING Basic Materials Fund Inc.” composé de valeurs telles que Rio Tinto, BHP, Anglo American, Potash Corp ou encore Barrick Gold. Après des rendements de 68% en 2009, 21% en 2010, le fonds a perdu plus de 20% de sa valeur en 2011. Et sur les trois derniers mois, le fonds a enregistré un rendement négatif de 6,39%. De quoi alimenter plus encore le scepticisme sur ce marché.
Désormais, les investisseurs préfèrent parier sur des fonds beaucoup plus généralistes, les “global macro“. Ces fondsregroupent plusieurs classes d’actifs et offrent plus de sécurité grâce à leur diversification.
L’âge d’or des matières premières se fissure-t-il ?
La Chine, premier acheteur mondial de matières premières, a longtemps fait figure de locomotive pour le secteur.
Depuis fin 2011, alors que l’économie chinoise montre des signes de faiblesse, la confiance dans une hausse ininterrompue des matières s’est arrêtée.
Pour reprendre les termes d’Edward L. Moirse, “l‘atterrissage en douceur de la Chine et la perspective d’un rythme de croissance plus faible va provoquer un ralentissement des investissements et une baisse de la demande“.
Depuis le début de l’année, l’évolution des matières premières est effectivement chaotique. La tendance s’est même renforcée depuis le début du deuxième trimestre, avec une accélération de la baisse des prix. L’indice de référence S&P GSCI, qui regroupe 24 matières premières, a ainsi perdu près de 2% en un mois.
Qui plus est la, la volatilité sur ce marché est extrême : spéculation, accidents climatiques, absence de transparence sur les stocks réels…
Tendances baissières et forte volatilité, autant d’éléments qui font que les fonds d’investissement se détachent de plus en plus des matières premières. Pourtant une vision à plus long terme permet de rester confiant sur l’avenir des matières premières.
Les BRICS commencent tout juste leur émergence
Les spéculateurs, le nez collé à leurs écrans, oublient un peu vite que l’entrée en scène des pays émergents ne se résume pas à la seule Chine.
Evariste Lefeuvre, chef économiste de Natixis pour les Etats-Unis souligne que “les autres pays émergents n’en ont pas fini avec la croissance. Les niveaux de PIB par rapport à la richesse par habitant sont encore très faibles“. Brésil, Inde, Indonésie par exemple mettent actuellement leurs pas dans ceux de la Chine. Or je rappelle qu’ensemble, ces seuls trois pays comptent une population plus importante que celle de la Chine.
Métaux, matières agricoles, énergies devraient encore connaître de nombreuses bouffées de chaleur dans les années à venir. L’Edito des Matières Premières & Devises reviendra demain sur les grandes tendances du marché des matières pour l’année 2012.
En effet, c’est maintenant que les meilleures affaires sont à ramasser. Mais sur ces coups-là, il n’y a que les experts, les insiders et les investisseurs avertis qui sauront décrypter les marchés pour vous.
Pour ma part, j’ai décidé de braquer les projecteurs sur une matière particulièrement haussière, le cuivre.
Une matière première à fort potentiel : Le cuivre
Les besoins en infrastructures resteront conséquents. Les besoins en cuivre seront donc énormes.
Rappelons que 85% du cuivre est utilisé pour l’électricité, le bâtiment et l’industrie. Surtout, le marché est en déficit constant depuis plusieurs années. Il manquerait actuellement sur le marché quelque 400 000 tonnes de cuivre.
Car les réserves s’épuisent. Au rythme de consommation actuelle, il reste 31 années de réserves de cuivre qui est une ressource non renouvelable.
Voilà pourquoi le cuivre fait office d’exception et présente des perspectives positives.
Mon pari
Pour profiter des tensions sur le marché du cuivre, plusieurs géants miniers constituent une bonne opportunité d’investissement. Southern Copper Corporation ou Freeport-McMoRan font ainsi partie des grands acteurs du cuivre.
Vous pouvez également choisir d’investir sur une compagnie plus volatile, mais plus profitable, comme Teck Resources. Diversifiée dans le charbon également, cette compagnie a vu son chiffre d’affaires progresser de plus de 20% en 2011.
[NDLR : Le marché du cuivre n'est pas le seul à connaître des tensions sur l'offre : Matières à Profits est revenu en avril sur le marché du zinc, qui devrait entrer en déficit dès 2013. Notre lettre mensuelle consacrée aux matières premières a ainsi repéré pour vous une valeur qui est positionnée à la fois sur le zinc et sur le cuivre. Pour faire coup double : n'attendez pas pour recevoir les conseils et recommandations de Matières à Profits...]
Bon investissement.


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Poursuivre le débat
[...] je l’ai rappelé dans l’Edito des Matières Premières & Devises la semaine dernière, l’heure n’est plus aux records des indices. Seule l’analyse [...]
14 mai 20124:56