Pourquoi la sidérurgie est une industrie d’avenir

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Je ne résiste pas cette semaine à vous parler de l’affaire Lakshmi Mittal versus Arnaud Montebourg. Cette histoire cristallise les grandes problématiques industrielles qui agitent le ministère français de l’Industrie depuis des années. Désindustrialisation, chômage, concurrence des émergents, manque d’innovation… autant de thématiques auxquelles la France est confrontée depuis 20 ans. Pourtant au regard de la situation de Mittal, cette affaire nous apporte une information nouvelle : les groupes émergents sont faillibles.

En effet, comme nous l’apprend le dossier de l’Usine Nouvelle consacré à l’affaire, Arcelor-Mittal n’est pas que le groupe tentaculaire qui rachète à coups de milliards les fleurons industriels des pays développés, aidé par une banque nationale indienne peu regardante sur la rentabilité de ses prêts. L’époque bénie des “vaches sacrées”, comme le note Jeff Largey de la banque Macquarie, est passée. Le groupe traîne une dette de 23,2 milliards de dollars (le titre est d’ailleurs noté comme “spéculatif” par Moody’s), a raté le coche sur le marché de l’inox en ne se désengageant pas assez vite, et a investi dans les mines de fer à partir de 2008, alors que le marché était en haut de cycle.

Le groupe essaie de s’en sortir tant bien que mal. Mais des problèmes de plus long terme le rongent. Sa dépense de R&D reste très faible, et il est paradoxalement peu présent en Inde et en Chine, LES deux marchés de l’acier.

Arcelor-Mittal est donc confronté à des problématiques similaires en tous points aux défis qu’ont rencontré la plupart des groupes occidentaux il y a 20 ans : rester innovant et conquérir de nouveaux marchés. Que le site de Florange ne soit finalement pas nationalisé importe peu. L’enjeu est de savoir quel pourrait être le rôle de Florange dans la sidérurgie dans 10 ans.

Car la sidérurgie, contrairement à ce que l’on entend depuis 30 ans, est une industrie d’avenir. Comme l’explique Jacques Sapir, “contrairement à une idée reçue, la sidérurgie n’est pas une activité du passé, mais une activité d’avenir entraînant dans son sillage des activités connexes à haute technologie”. C’est bien ce qui a poussé ses concurrents à redéployer leurs activités. Ainsi aux Etats-Unis, Thyssenkrupp a récemment renforcé sa présence en construisant une usine géante. De même, l’Américain Nucor a développé une technologie qui permet de créer de l’acier en réduisant les besoins en fer, lui procurant ainsi d’importants gains de compétitivité.

Ces exemples montrent bien que l’industrie des métaux, et les métaux eux-mêmes, restent au coeur de nos économies. Nous en avons un autre exemple avec le rebond la semaine dernière des métaux industriels. La raison est simple, la Chine va mieux. Son indice manufacturier, l’indice PMI, s’est établi à 50,6 en novembre, après 50,2 en octobre, signalant que le secteur semble redémarrer après son soft landing.

Je profite du télescopage de ces deux actualités pour souligner l’importance des métaux aujourd’hui. Dans les pays développés, l’innovation tire le marché vers le haut, alors que la poursuite de l’urbanisation chinoise accroît la demande en métaux. Que ce soit en volume ou en qualité, les métaux restent donc un secteur stratégique, que les débats actuels doivent replacer au coeur de l’actualité économique.

Forte hausse des métaux industriels
En seulement 13 jours, l’indice du transport maritime Baltic Dry a progressé de 19%. C’est un signe incontestable de la reprise des marchés asiatiques. Et comme nous l’avons vu, cette reprise tire vers le haut les métaux.

Les cours ont effectivement commencé à remonter, quoique lentement, dès le début du mois. Ainsi, l’indice des métaux de Londres, le LME, à 3 218 le 1er novembre, a connu une lente mais constante progression qui l’a amené au-dessus des 3 400. Cette semaine a vu plusieurs métaux passer des seuils importants. L’aluminium a ainsi franchi à la hausse sa moyenne mobile à 200 jours, pour toucher les 2 079$ la tonne. Or ce n’est pas le seul empire du Milieu qui a provoqué ces réactions, mais également la situation américaine, grâce à l’apaisement relatif autour de la falaise fiscale. Lorsqu’un compromis entre républicains et démocrates est apparu possible jeudi dernier, le cuivre a bondi 2%, pour passer au-dessus des 7 800$.

On peut s’attendre à une remontée plus forte du cuivre une fois que la croissance chinoise sera confirmée.

L’agriculture sans grande tendance
Les cours des matières agricoles se sont stabilisés cette semaine, bénéficiant de l’optimisme général sur l’état de l’économie, notamment en Asie et aux Etats-Unis. En parallèle, quelques inquiétudes ont surgi sur le maïs, avec des pluies en Argentine qui ont retardé les semis.

Pourtant jusqu’à présent, les conditions climatiques restent clémentes, et il est peu probable que les prix s’envolent à court terme du fait d’accidents climatiques. Pour l’USDA, on constate de toute façon que la demande reste atone sur certaines matières, à l’image du blé. La semaine dernière, les ventes de blé ont reculé de 50% aux Etats-Unis. La faute peut-être à des cours qui restent, même s’ils ont largement baissé depuis cet été, relativement hauts. Seul le soja a vu ses ventes progresser, soutenues par un regain de demande. Les cours ont également profité d’un rebond technique.

Optimisme pour l’or en 2013
Cette semaine, c’est Commerzbank qui a donné de l’optimisme aux investisseurs sur les métaux précieux. Dans une note d’analyse, la banque expliquait la pratique de taux bas dans de nombreuses banques centrales va permettre aux métaux précieux de grimper tout au long de l’année 2013. Ainsi l’once de métal jaune va passer au-dessus des 2 000$ occasionnellement, et participer à fixer le prix moyen de l’once autour des 1 950$.

La banque explique que la production devrait également progresser, mais essentiellement dans des pays déjà fortement consommateurs, à savoir la Chine et la Russie, ce qui ne modifiera pas les équilibres du marché.

L’argent, toujours selon la banque allemande, devrait atteindre les 40$, le platine les 1 875$ et le palladium 85$. L’argent sera en particulier tiré par la demande automobile.

Le pétrole reste bloqué sous les 90$
Le pétrole évolue depuis deux semaines par la seule entremise des nouvelles géopolitiques, l’actualité économique étant contrastée. Comme le soulignait James Williams vendredi dernier, de WTRG Economics, cité par Romandie, “il n’y a pas eu de grandes nouvelles économiques aujourd’hui expliquant ce rebond”. Notamment, les dépenses de consommation des ménages ont reculé aux Etats-Unis en octobre.

A l’inverse, les tensions au Moyen-Orient, renforcées à l’approche d’une réunion jeudi et vendredi du conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont soutenu les cours. Le WTI a même fait un pas de plus vers les 90$. Il reste toutefois encore improbable que les cours poursuivent au-delà de ce seuil. Comme l’explique Robert Yawger, de Mizuho Securities, “le marché reste bloqué depuis la mi-octobre dans une fourchette de prix entre 84 et 90$ le baril”.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
23 novembre
2012
Vendredi
30 novembre
2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 948 2 079

6,72%

Cuivre* 7 692 7 954 3,41%
Plomb* 2 172 2 253 3,73%
Nickel* 16 595 17 255 3,98%
Etain 20 475 21 700 5,98%
Zinc* 1 941 2 044 5,31%
Acier (Méditerranéen) * 295

300

1,69%
Pétrole light
(New York 1 mois)
88,06 88,84 0,89%
Or (spot Comex) 1 748,6 1 718,5 -1,72%
Argent spot Comex) 34,1 33,55

-1,61%

Platine (spot Comex) 1 606 1 607 0,06%
Palladium (spot Comex) 660 681 3,18%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,530 8,530 0,28%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,524

7,564

0,53%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,26 14,6

2,38%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

3 Commentaires
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  1. Je suis d’accord avec votre vision sur l’acier comme sur nombre d’industries traditionelles… Ce peut-être des industries du futur à condition d’investir et d’innover. Là est le problème et la clef de toute activité industrieuse et ce depuis la nuit des temps.

    Le cas Mittal est simple: Un tycoon qui rêve de maitriser la sidérurgie mondiale en jouant au Monopoly et voulant dicter ses couts : Facile, pas beau joueur et trop simpliste… Le plus inquitetant est que fait donc Bruxelles pour empêcher des monopoles qui de surcroit d’un groupe étranger??

    Enfin pour finir avec Mittal, j’entends trop souvent: ” Ce n’est pas rentable car pas au bord de la mer”..!!?? Une réflexion de technocrate qui ne connait rien! Qu’est-ce qui coute le plus cher? faire venir du minerai de fer et de charbon d’Australie sur 25.000 Kms par bateau? Ou faire venir la même chose par train d’Ukraine ou de Géorgie ou que sais-je sur 2.000 Kms??

    Et que dire du recyclage de nos vieilles ferrailles juste à nos portes?

  2. toutes les félicitations du GrameF pour cet article, le GrameF est le groupe de réflexion sur l’avenir de la métallurgie en France, think tank regroupant 35 experts. nous rejoignons complètement vos idées et nous tenons a votre disposition pour nourrir ce débat de réflexions utiles. NB: le nombre de contre vérités publiées sur ce sujet est en effet considérable.

  3. Bonjour,
    je tiens à saluer M. Detroy pour tous les articles (ultra-compacts). Cela fait quelque temps que je le lis et je tiens à saluer toute l’équipe d’Edito Matieres Premières pour leur efficacité .(je préfère la réussite solidaire à l’exploit solitaire)

    Léonard Nimoy.

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