Le chassé-croisé des vacances de Noël n’est pas commun. Il a pourtant eu lieu, entre le secteur des métaux et celui de l’agriculture.
Sur l’année 2012, les deux secteurs se sont opposés en tout point. Pendant “l’atterrissage” de l’économie chinoise, les cours des métaux n’ont pas cessé d’afficher leur fébrilité… avant de s’effondrer franchement aux abords de l’été.
Le cuivre, oscillant entre 8 000-8 500$ la tonne jusqu’en mai, a finalement chuté à 7 500$ pendant l’été. Le nickel, autre métal particulièrement sensible, s’était approché des 15 000$ la tonne pendant la même période. Aujourd’hui, ces métaux entament seulement leur remontée. Le cuivre vient de passer au-dessus des 8 000$ la tonne, alors que la plupart des producteurs de nickel redeviennent tout juste rentable avec une tonne proche des 18 000 $.
A l’inverse, les prix agricoles ont vécu une année historique en 2012, avec l’établissement de prix record, notamment pour le soja au-dessus des 18$ le boisseau. Il est important de noter que ce ne sont que les matières agricoles “traditionnelles”, et non pas les produits tropicaux, comme le sucre, le cacao ou le café, qui ont connu cette fièvre estivale.
Bien entendu, les conditions climatiques historiquement gravissimes aux Etats-Unis expliquent la majeure partie de cette envolée. Pourtant le niveau très bas de certains stocks explique également la sensibilité des prix sur le CME.
Or les tendances sont en train de s’inverser en ce début d’année. L’indice S&P GSCI Agriculture a entamé sa décrue dès octobre dernier. De leur côté, les métaux ont amorcé leur remontée depuis décembre. La raison est encore et toujours à rechercher du côté de la Chine.
Pékin a reporté ou annulé plusieurs contrats d’importations de matières agricoles, notamment de soja, devant les prix trop élevés. A l’inverse, elle a repris l’importation de plusieurs métaux, notamment de fer, permettant une remontée des cours. La tonne de fer a ainsi rebondi à 150$ la tonne aujourd’hui, alors qu’elle était tombée sous les 100$ cet été. La hausse de ce cours est particulièrement importante, car le marché du fer est bien moins financiarisé que celui des autres métaux, et reflète davantage l’économie “réelle”.
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Le retour des métaux s’explique par le passage au vert de plusieurs indicateurs. Les profits des industriels ont affiché une hausse de 23% en glissement annuel, contre 21% en octobre. Les indices PMI (des directeurs d’achat), ont également commencé à rebondir, comme on le voit sur ce graphique.
Pour confirmer cette reprise, plusieurs signes moins “conventionnelles” ont été publiés ces derniers jours, comme la progression des ventes de luxe à partir de novembre à Hong Kong, alors qu’elles baissaient encore de 2,9% en octobre, ou des bénéfices record des casinos de Macao.
Toutefois, l’ensemble des matières est repartie à la baisse en toute fin de semaine dernière, laissant planer le doute d’une possible fin du mouvement haussier. Les métaux doivent encore confirmer.
Les métaux euphoriques, mais…
Avant même la conclusion de l’accord au Sénat américain, l’analyste de J.P. Morgan, Colin Fenton, expliquait que “la stabilisation du marché immobilier aux Etats-Unis et en Chine, la solide reprise de la production automobile américaine, et les dépenses massives dans les infrastructure prévues en Chine l’an prochain vont probablement conforter en 2013 la consommation mondiale de métaux”. L’accord au Sénat n’a donc que renforcé cette impression d’optimisme.
Alors que les métaux ont digéré l’épisode fiscal américain, en retrouvant leur cours de mi-décembre, l’évolution du marché dans les semaines à venir nous indiquera si la reprise de ce marché est durable ou non. Je m’attends personnellement à une poursuite de la hausse, quoique nuancée. Pour Morgan Stanley, les prix des métaux devraient repartir à la hausse surtout à partir du deuxième semestre, même si cette hausse sera freinée par “la surabondance structurelle des stocks mondiaux”.
L’agriculture, encore en baisse
Les principales matières agricoles affichent toutes les mines des mauvais jours, avec des baisses comprises entre 6 et 7% depuis ces trois dernières semaines. Ces résultats ne sont que la poursuite d’un mouvement amorcé depuis septembre. Les raisons sont multiples. Côté fondamentaux, la production des pays du sud, Argentine et Brésil en tête, s’annonce bonne. Côté finance, les investisseurs se sont désengagés des matières agricoles en décembre, pour se réorienter sur le marché action.
Mais le rebond pourrait être proche. Pour la Commerzbank, “la dernière baisse des prix a été exagérée, alors que les risques sur l’approvisionnement, qui ne sont pas écartés, ont été largement ignorés”. Et en dépit de plantations de soja proche des records des années 1930 aux Etats-Unis, les analystes ont arrêté d’enterrer l’agriculture pour ce début 2013. La Société Générale, pourtant parmi les premiers à parier à la baisse à l’automne, a souligné qu’elle restait “prudente sur l’excès d’optimisme” à propos des récoltes américaines. Pour la banque française, la sécheresse de l’été aura des conséquences sur les récoltes de 2013.
L’or assommé par la Fed
Déjà, l’or n’a pas profité beaucoup du rebond des Bourses mercredi dernier. Mais Ben Bernanke s’est employé à couper court à tout optimisme. Les discussions des “dernières minutes” de la réunion de la Fed en fin de semaine dernière ont souligné les tensions au sein de l’institution à propos du programme d’assouplissement monétaire. La possibilité d’un QE4 a semble-t-il été écarté. Ce serait la fin d’un programme mobilisant 85 milliards par mois en achat d’obligations, conduisant à une accalmie sur le front de l’inflation.
Seuls les platinoïdes ont davantage progressé cette semaine, notamment grâce au renouveau de l’industrie automobile, du moins aux Etats-Unis et en Asie. Or les platinoïdes sont essentiels dans les pots catalytiques. Pour Commerzbank, la tendance haussière du marché automobile américain devrait se poursuivre.
Hausse peu durable du pétrole américain
L’autre grand mouvement du mois de décembre concerne la hausse du pétrole à New York, le WTI, qui a pris plus de 6% sur les trois dernières semaines. L’explication est à chercher d’une part dans la timide reprise américaine, et d’autre part dans les problèmes (récurrents) de distribution de pétrole au terminal de Cushing, qui croule sous le brut.
L’effet des “dernières minutes” de la Fed a cependant plombé quelque peu la dynamique haussière. Le possible arrête du QE pourrait renforcer le dollar, et ainsi rendre moins attractif le pétrole. Je ne pense pas que ce mouvement haussier sera durable.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 14 décembre 2012 |
Vendredi
04 janvier 2013 |
Variation
hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 120 | 2 088 |
-1,51% |
| Cuivre* | 8 065 | 8 059 | -0,07% |
| Plomb* | 2 302 | 2 354 | 2,26% |
| Nickel* | 17 775 | 17 400 | -2,11% |
| Etain | 23 175 | 23 925 | 3,24% |
| Zinc* | 2 084 | 2 054 | -1,44% |
| Acier (Méditerranéen) * | 290 |
270 |
-6,90% |
| Pétrole light
(New York 1 mois) |
86,7 | 92,6 | 6,81% |
| Or (spot Comex) | 1 690 | 1 655,1 | -2,07% |
| Argent spot Comex) | 32,19 | 30,05 |
-6,65% |
| Platine (spot Comex) | 1 603 | 1 557 | -2,87% |
| Palladium (spot Comex) | 696 | 682 | -2,01% |
| Blé
(le boisseau sur le Cbot) |
8,16 | 7,51 | -7,97% |
| Maïs
(le boisseau sur le Cbot) |
7,3 |
6,846 |
-6,22% |
| Soja
(le boisseau sur le Cbot) |
15,07 | 13,99 |
-7,17% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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