Depuis le creux atteint en décembre 2008, les cours du caoutchouc ont été multipliés par quatre.
Rien que sur un an, la hausse atteint 60%.
Nous avons atteint un record jamais atteint depuis 60 ans…
Qu’est-ce qui fait courir le caoutchouc ? La tendance va-t-elle se poursuivre ?
Petit tour d’horizon…
Le caoutchouc ?
Cette matière première nous vient de l’hévéa, un arbre que l’on saigne et dont coule le caoutchouc.
Pour information, les futures sur caoutchouc sont notamment cotées en yens/tonne à la Bourse des matières premières de Tokyo, le TOCOM ainsi que sur le Singapore Commodity Exchange (SICOM) en US cents/kg.
Côté demande :
95% de la production mondiale de caoutchouc vient d’Asie. Les principaux producteurs ? La Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie (à eux trois 70% de la production mondiale). De son côté, l’Afrique ne produit que 5% du caoutchouc mondial, mais un caoutchouc de très bonne qualité.
Gants en latex et préservatifs sont les autres grands débouchés de la gomme naturelle.
Les plus gros acheteurs de caoutchouc sont la Chine, l’Allemagne, mais aussi la Corée du Sud, la Russie et Taïwan. Ils importent la matière brute, la transforment puis la réexportent sous forme de produits finis vers le monde entier.
Côté offre :
Les pneus représentent 70% des débouchés du caoutchouc naturel.
Notez également la répartition entre gomme naturelle/gomme synthétique : la gomme naturelle représente 40% de la consommation mondiale de gomme totale (pour mémoire, les pneus sont composés d’un mix de gommes synthétique et naturelle. Impossible pour des raisons d’adhérence de se passer du caoutchouc naturel).
Pourquoi cette flambée des cours ?
1. L’offre est à la peine : les inondations en Asie, notamment en cette période, sont tout à fait exceptionnelles et vont lourdement peser sur la production annuelle. Vietnam, Thaïlande, Malaisie, Indonésie ont été ravagés par le typhon Megi, un typhon d’une puissance jamais vue depuis 20 ans.
2. Le marché sera donc déficitaire. Selon l’association des producteurs de caoutchouc, la production devrait être de seulement 9,4 millions de tonnes pour une demande de quelque 10,3 millions de tonnes.
3. Cerise sur le gâteau, la planète finance se noie dans les liquidités. Notre ami Ben Bernanke a décidé hier soir d’en rajouter une couche de 600 milliards de dollars. Conséquence : les capitaux spéculatifs sont partout, et le phénomène va s’accentuer.
Alors dès qu’une opportunité se profile, les spéculateurs la saisissent. En comme les fondamentaux du caoutchouc sont actuellement très porteurs, les capitaux affluent, se greffent sur la tendance et l’exacerbent.
Mon avis sur la tendance à long terme ?
Je suis positive sur la tendance de fond de ce marché.
1. Soyons clairs. L’offre de caoutchouc naturel est relativement limitée. La demande est tirée par les émergents et sera de plus en plus forte dans les années à venir. Voilà qui devrait assurer une tendance de fond haussière pour les prix du caoutchouc.
La Chine consomme deux fois plus de gomme qu’elle n’en produit. C’est elle qui tire le marché. Imaginez un instant le potentiel de croissance du marché automobile chinois ! 1,22 million de voitures vendues en août. 15 millions de ventes attendues rien que sur 2010. A raison de quatre pneus par véhicule, cela nous donne 60 millions de pneus pour 2010… un marché gigantesque ne serait-ce qu’en Chine, ne serait que sur une seule année, et sans les deux-roues ! (J’aimerais vraiment savoir combien de vélos et mobylettes circulent dans ce "pays des deux-roues" qu’est l’empire du Milieu).
2. Autres relais de croissance : Les techniques médicales et l’hygiène se développant avec la croissance des émergents, la production de gants en latex s’inscrit en hausse de 10% l’an et le marché du préservatif est sur la même tendance. Ce sont des relais de croissance, bien orientés.
3. A retenir également : le champignon microcyclus est un véritable fléau qui ne touche que l’Amérique du Sud où il a décimé les plantations d’hévéas. Impossible de s’en débarrasser. D’où une forte chute de la productivité de la région.
Jamais ce champignon n’avait touché les plantations asiatiques pour l’instant. Mais le risque existe et les rumeurs vont bon train. S’il devait se développer là-bas, ce serait une catastrophe pour les plantations. La production de caoutchouc chuterait alors très fortement et par conséquent les prix s’envoleraient. Et n’oublions pas qu’un hévéa nouvellement planté met huit ans avant de produire.
On a beau chercher des hévéas génétiquement résistant à ce champignon, pour l’instant la science ne l’a pas encore trouvé !
Bref : une grande "épée de Damoclès" au-dessus des cours du caoutchouc…
4. Dernier facteur de hausse du cours du caoutchouc à long terme : sa corrélation avec le cours du pétrole, via le caoutchouc synthétique interposé.
Ainsi, lorsque les prix du pétrole augmentent, la demande pour le caoutchouc naturel augmente. En effet, il devient de plus en plus compétitif par rapport à la gomme synthétique dont les prix augmentent avec ceux du pétrole
Il y a donc une corrélation positive entre les prix du brut et les prix du caoutchouc naturel.
Fondamentalement, et à mon humble avis, les cours du caoutchouc sont dans un trend haussier de long terme. A l’image du blé ou du maïs par exemple.
Et à plus court terme ?
Dans la grande tendance de fond haussière de long terme, s’inscrivent des tendances haussières et baissières de moyen terme. Nous sommes probablement au sommet de l’une de ces tendances de moyen terme.
Alors n’oubliez pas que les cours dépendent surtout de la météo. La saison actuelle est mauvaise. La saison prochaine sera peut-être épargnée par Dame Météo : une séquence moyen terme baissière est probable.
Et c’est justement au bas de cette tendance qu’il faudra se placer si vous voulez investir dans une optique long terme.
Comment investir ?
▪ Pas facile d’investir sur le caoutchouc directement. Mais c’est possible via des trackers notamment. A choisir et suivre de près, pour toutes les raisons que j’ai pu évoquer dans l’un de mes précédents articles sur les ETF matières.
▪ Autre possibilité : suivre les actions des industriels qui produisent, récoltent et traitent le caoutchouc.
▪ Mieux vaut éviter en ce moment les producteurs de pneus et de préservatifs dont les marges sont mises à mal par la hausse du prix de la matière. A moins qu’ils ne puissent répercuter la hausse des cours sur le prix de vente aux particuliers.
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