L’Union européenne a sorti les dents.
Mardi 4 juin, l’Union a annoncé par la voix de son commissaire au Commerce Karel De Gucht qu’elle allait taxer les importations de panneaux solaires à hauteur de 11,8% sur les six mois à venir. Cette décision fait suite à une enquête de l’industriel allemand du photovoltaïque SolarWorld, en perte de 500 millions d’euros sur 2012, qui a apporté les preuves de dumping de l’industrie chinoise. Si aucun accord n’est trouvé avec Pékin d’ici août, les taxes pourraient même monter à 47%.
La réaction chinoise a été immédiate, avec concours de protestations dans les pages du China Daily, menaces de mesures de rétorsion sur le commerce du vin, et opération de charme en Allemagne du Premier ministre chinois Li Keqiang, afin de diviser le camp européen.
Il faut dire que le jeu en vaut la chandelle. En 2011, la Chine a exporté vers l’Europe pour près de 21 milliards de dollars de produits photovoltaïques. Le succès chinois a été à l’image de la déconfiture de l’industrie européenne. Graal des marchés il y a à peine 2 ou 3 ans, le secteur a enchaîné les déconvenues. Dans le désordre, la faillite de l’allemand Q-Cell, le dépôt de bilan du français Evasol ou la reprise in extremis de Photowatt sont venus refroidir les écolo-financiers de s’intéresser à ce secteur.
Est-ce que la nouvelle autorité de l’UE va permettre de redonner de l’air à l’industrie photovoltaïque européenne ?
Rien n’est moins sûr, tant la Chine semble n’être qu’une partie du problème de compétitivité européen. Mais l’industrie de l’énergie solaire reste une activité en croissance, encore faut-il viser le bon maillon de la chaîne industrielle.
Comment la Chine est devenue un leader mondial
A coups de crédits bons marchés et de ventes à pertes, les grands noms du photovoltaïque chinois comme Trina Solar ou LDK Solar ont inondé les marchés étrangers.
Résultat, selon une étude de la société GTM Research, les compagnies chinoises se sont rendues responsables de 65% de la production mondiale grâce à la chute spectaculaire de leur prix. Cette montée en puissance de la production a même créé une hypertrophie de l’offre, les capacités de production de ces acteurs étant actuellement 50% supérieures à la demande mondiale.
La chute des prix a participé à peser sur les épaules des producteurs occidentaux. Pour prendre un exemple en dehors de l’espace européen, le géant norvégien du solaire REC a annoncé en fin d’année dernière une perte brute d’exploitation. Résultat, REC a fermé ses usines européennes et ne produit désormais qu’aux Etats-Unis et à Singapour.
Des mesures de rétorsion s’imposent-elles ?
Pour éviter que les fabricants européens ne se retrouvent tous au bord de la faillite, plusieurs industriels ont fait un lobbying intense auprès de Bruxelles pour imposer des mesures anti-dumping. Pourtant les divisions entre acteurs sont très vite apparues.
Français et Italiens, favorables à l’action du Commissaire européen pour protéger leurs entreprises, se heurtent désormais aux Britanniques, aux Suédois, et aux Allemands qui craignent de voir leurs relations commerciales avec la Chine affaiblies. Les camps sont relativement bien identifiés. Si le ministre du Redressement productif français, Arnaud Montebourg, déclarait la semaine dernière que la Commission ne fait que “faire respecter la loyauté de la concurrence”, le Financial Times dénonçait cette semaine “la dangereuse escalade commerciale” de l’UE.
Ces acteurs auraient été bien inspirés de regarder du côté des Etats-Unis avant d’afficher leur division.
Les Etats-Unis, chantre du protectionnisme
En octobre 2012, le département du Commerce américain a multiplié par 5 les taxes douanières contre les importations de panneaux photovoltaïques chinois.
Huit mois après l’instauration de barrières tarifaires, force est de constater que l’échec est cuisant. Paradoxalement l’objectif premier a été atteint. Les importations américaines de cellules chinoises ont effectivement chuté, de 60% entre novembre et décembre 2012.
Par contre, les importations en provenance de Taïwan ou de la Malaisie ont explosé ! Les industriels américains ont tout simplement contourné les mesures du département américain. Mieux, l’Usine Nouvelle révèle que la Chine s’est concentrée sur les activités d’assemblage des cellules photovoltaïques, pour contourner à son tour les taxes américaines sur les seules cellules.
Cet exemple nous apprend une chose, les marchés sont désormais trop internationalisés pour véritablement être contournés. Mais d’autres solutions existent pour soutenir le photovoltaïque européen.
Le protectionnisme éducateur ou ignorant
Le protectionnisme éducateur est une expression utilisée par l’économiste allemand Friedrich List pour désigner le laps de temps pendant lequel une industrie trop jeune doit encore être protégée de la concurrence internationale.
Cette protection pourrait s’avérer décisive pour l’industrie européenne, qui plus est attaquée de manière déloyale par les entreprises chinoises dopées aux anabolisants financiers. Mais une question doit inévitablement être posée : si les taxes américaines ou européennes permettent de donner un prix au panneau photovoltaïque chinois proche de son prix de production, l’offre européenne serait-elle pour autant aussi compétitive que l’offre chinoise ?
Je crains que non.
Quelles sont les armes de l’Union européenne
Bien sûr les sociétés chinoises ont profité des largesses financières de l’Etat central, mais selon l’analyse de Paolo Frankl dans un entretien au Monde.fr, responsable de la division énergies renouvelables à l’Agence internationale de l’énergie, la réussite chinoise dans le photovoltaïque est due d’abord à sa capacité à “créer d’énormes économies d’échelle et donc de baisser les coûts de fabrication. Le coût du travail, très bas, lui a aussi permis d’abaisser les prix”.
La production de panneaux photovoltaïques classiques est déjà une activité de pays en développement. Ce n’est plus sur ce chaînon que les pays occidentaux réussiront à concurrencer des pays asiatiques. D’ailleurs, les compagnies chinoises souffrent elles-mêmes de la chute des prix, la faillite de Suntech cette année n’étant qu’un indice parmi d’autres.
Je vois deux pistes pour profiter de la situation actuelle sur le marché du solaire occidental :
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Misez sur les installateurs
C’est la conséquence de la chute des prix des panneaux solaires, la demande en équipements photovoltaïques notamment aux Etats-Unis est en train de remonter. Se vantant d’avoir “un client toutes les 5 minutes”, l’installateur de panneaux solaires SolarCity (SCTY : NASDAQ) est en train de profiter à fond du retour de l’activité.
-
Les nouvelles technologies
C’est le seul credo du marché des producteurs de panneaux sur lequel les acteurs occidentaux peuvent rivaliser. Ainsi l’américain First Solar (FSLR : NASDAQ) et le français Saint-Gobain (SGO :NYSE) ont-ils misé sur les technologies de cellule de deuxième génération, celle dite des “couches minces”. En attendant la 3ème et la 4ème génération, qui occupent encore nombre de laboratoires de recherche.
[NDLR : Matières à Profits surveille depuis l'année dernière une des valeurs françaises les plus prometteuses en termes de photovoltaïque. Si la société spécialiste d'une technologie d'avenir a déjà signé plusieurs contrats à l'étranger, la montée en puissance de ses ventes en Europe attendue pour la fin d'année contribuera à faire décoller le titre. Pour en savoir plus sur cette pépite tricolore, abonnez-vous à Matières à Profits.]
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 31/05/2013 |
Vendredi 06/06/2013 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 898 | 1 968 | 3,69% |
| Cuivre* | 7 312 | 7 315 | 0,04% |
| Plomb* | 2 207 | 2 191 | -0,72% |
| Nickel* | 15 752 | 15 105 | -4,11% |
| Etain | 20 850 | 21 090 | 1,15% |
| Zinc* | 1 907 | 1 935 | 1,47% |
| Acier | 150 | 155 | 3,33% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
92,73 | 95,5 | 2,99% |
| Or (spot Comex) | 1 395,60 | 1 382 | -0,97% |
| Argent spot Comex) | 22,63 | 21,875 | -3,34% |
| Platine (spot Comex) | 1 475 | 1497 | 1,49% |
| Palladium (spot Comex) | 755 | 764 | 1,19% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
7,12 | 6,864 | -3,60% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,674 | 6,526 | -2,22% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
13,272 | 13,112 | -1,21% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



La production des cellules photovoltaïques est un activité relativement “low tech” facile à développer dans un pays comme la Chine, mais elle ne survit avec ses volumes actuels que grâce aux subventions européennes. Celles-ci coutant extrêmement chères seront tôt ou tard limitées (comme en France fin 2010). La Chine tente juste de négocier le naufrage prochain de ce pan de son industrie…