“Elle fait encore ses dents”. Ash Sharma, consultant chez IHS Research, ne donnait pas des nouvelles de sa petite dernière lorsqu’il fut interviewé par le Financial Times en août dernier, mais donnait son analyse sur l’industrie du photovoltaïque. Pour le consultant, directeur des recherches sur le secteur du solaire, “l’industrie semble chaotique, mais il faut se rappeler qu’elle est encore dans l’enfance”.
Depuis quelques années, l’industrie est effectivement rentrée en crise. Est-ce un caprice d’enfant ? Une crise d’adolescence ? Quoi qu’il en soit les compagnies du secteur ont été laminées. Concurrence des pays émergents, concurrence des énergies fossiles et réduction des aides publiques, tout a concouru pour faire plier le secteur. Une cascade de faillites l’année dernière a fini de faire passer le goût de l’écologie aux investisseurs.
Mais l’année 2013 ressemble à l’année du rebond. Le cours des compagnies du solaire croissent à nouveau, les capacités installées sont attendues en forte hausse et les marchés recommencent à y croire.
Une énergie qui se développe toujours plus vite…
Il y a à peine 10 ans, la puissance installée dans le monde en énergie solaire était de 2,8 gigawatts (GW). C’était à peine l’équivalent de six centrales à charbon. Aujourd’hui, elle est de 102 GW.
Evolution mondiale des capacités en panneaux photovoltaïques installées dans le monde, entre 2000 et 2012 en mégawatts (MW)

Et la progression n’est pas finie. D’ici 2016, la puissance installée atteindra 200 GW, soit un doublement par rapport à 2012.
… aidée par une chute des cours
Ce décollage a été porté par une chute, voire un effondrement, du prix des panneaux photovoltaïques. Il est amusant de rappeler que dans les années 1970, un panneau solaire coûtait 70$ le watt. Aujourd’hui, il coûte 80 centimes. Bien entendu, le gros de la baisse des prix s’est produit sur les cinq dernières années.
La baisse a été si forte qu’aujourd’hui, il est plus intéressant pour les industriels de pays où l’énergie est chère d’installer des panneaux photovoltaïques sur leur toit pour leur propre consommation que d’acheter de l’énergie photovoltaïque à des grandes centrales solaires gérées par des utilities. Ils économisent également au passage les coûts de raccordements au réseau national.
C’est ce qui explique en partie la grogne des utilities. Neuf grands énergéticiens européens, représentés par GDF Suez et ENI, ont demandé mardi dernier à l’Union européenne de freiner leur soutien aux énergies renouvelables. Pourtant le rôle des subventions est de moins en moins important dans le développement de cette énergie.
L’ère de l’énergie solaire “dé-subventionnée”
“Nous sommes à un tournant où maintenant la demande [en énergie photovoltaïque] est tirée par le froid plutôt que par les subventions, et c’est un game changer”. Cette déclaration n’est pas le fait d’un groupe partisan, mais de Jason Channel de la banque Citigroup. Son analyse est d’ailleurs suivie par d’autres grands de la finance, comme UBS, qui parle désormais d’une unsubsidised solar revolution.
C’est ce qui explique que de nombreux fonds sont revenus sur ce secteur. Ainsi le fonds Glennmont, anciennement BNP Paribas Clean Energy Partners, a levé 650 millions cette année pour investir dans les infrastructures énergétiques.
Ne vous méprenez pas, le risque n’a pas complètement disparu. En juillet dernier, l’Espagne est revenue sur ses aides aux rachats de l’énergie photovoltaïque. La perte pour le secteur a été de 2,7 milliards d’euros. De même, la consolidation du secteur en Chine a pris du retard. Alors que les principales faillites dans les pays développés ont été annoncées l’année dernière, la Chine n’a connu sa première faillite que tout récemment, avec celle de SunPower.
Mais l’énergie solaire est là pour rester, et l’éclatement de la bulle dans les pays occidentaux a été salutaire. “Le marché a été assaini, les nouveaux entrants savent désormais à quoi s’attendre”, rappelle Daniel Bour, de l’Observatoire de l’Energie solaire.
Voici trois façons de profiter de l’éclaircie du solaire :
- Les producteurs
Principales victimes de la concurrence des panneaux chinois, les constructeurs occidentaux sont aujourd’hui en train de rebondir grâce à la bonne rentabilité de certaines installations, notamment en Amérique du Nord. La compagnie verticalement intégrée Canadian Solar (CSIQ : Nasdaq) récolte actuellement les fruits de sa stratégie. Le groupe a bondi en Bourse cet été après l’annonce de la vente de plusieurs de ses centrales photovoltaïques.
- Les installateurs
J’étais revenu sur le profil de ces entreprises dans un édito en juin dernier. Les installateurs de panneaux photovoltaïques profitent des avantages du secteur, la hausse des installations, sans en avoir les inconvénients, la concurrence sur les coûts de production. Ainsi SolarCity (SCTY : Nasdaq) vient de gagner plus de 200% depuis le 1er janvier.
- Les loueurs
Dernier profil apparu, les loueurs désignent les sociétés qui louent les meilleurs terrains aux utilities de l’énergie pour construire des centrales, qu’elles soient à énergie fossile ou renouvelable. Matières à Profits consacrera dans les mois à venir un numéro spécialement dédié à ce type d’acteur. Tout comme les installateurs, ils bénéficient des avantages du solaire sans en supporter les risques.



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