Fret : La bulle a éclaté. Faut-il rentrer en bas de cycle sur le secteur ?

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Le marché du fret maritime s’enfonce dans des eaux de plus en plus sombres.

Alors que le charbon explose, que les cours du blé et du maïs n’ont jamais été aussi hauts, que le monde entier s’arrache le cuivre et le fer, les transporteurs maritimes font triste mine.

L’excès de navires noie le marché depuis deux ans.

Mais attention, le secteur est vaste. Ces quelques lignes vous feront vous positionner sur les routes maritimes les plus fréquentées. Donc rentables !

Le secteur s’enfonce dans les abysses
Il serait difficile de trouver un groupe de titres plus meurtri que celui des vraquiers.

Les vraquiers sont ces bateaux qui transportent le minerai de fer, le charbon et les céréales.

Or leurs tarifs d’acheminement ont été décimés.

Pour vous donnez une idée de la chute, l’action DryShips, véritable baromètre de l’industrie, a baissé de 95% par rapport à son pic de 2007.

Les poids lourds tirent le secteur par le fond
Les nouveaux modèles de vraquiers, les navires Capesize, sont trop gros pour passer le canal de Panama et le canal de Suez.

Leur « gigantisme » les a donc empêchés de s’adapter aux changements du marché et aux nouvelles voies d’approvisionnements après 2008.

Conséquence, les tarifs du Capesize sont passés en dessous des coûts de gestion des navires.

Le secteur subit encore les conséquences de la crise
Comme ses navires, l’industrie des vraquiers doit anticiper longtemps à l’avance les virages de l’économie internationale.

Or la crise économique a été beaucoup trop rapide pour le secteur. Les commandes ont ainsi continué à être livrées bien après le début de la crise.

Du coup, 2010 restera l’année où le plus grand nombre de navires aura été livré dans l’Histoire !

Cette année va voir les derniers arrivages de bateaux commandés avant la crise de 2008. La flotte devrait ainsi encore augmenter de 15% en 2011 !

Chute logique du BDI
Les tarifs d’acheminement ont donc retrouvé les niveaux équivalents au pire de la crise financière.

Le Baltic Dry Index (indice des prix pour le transport maritime en vrac de matières sèches) a chuté de 60% depuis un an !


Cours du BALTIC DRY INDEX sur un an (BDIY:IND)

Cette chute a entrainé une vaste recomposition du secteur.
Deux tendances sont à l’œuvre :

Devant la chute de la rentabilité, certains armateurs changent de stratégies. De plus en plus de navires sont envoyés à la ferraille. Un propriétaire d’un navireCapesize peut débourser jusqu’à 25 000 $ par jour pour entretenir son navire. Il peut aussi choisir de l’envoyer à la ferraille et récolter 10 millions de dollars.

Vous hésiteriez ?

La deuxième tendance est plus radicale : La multiplication des faillites. La deuxième plus importante compagnie de vraquiers de Corée du Sud a finalement choisi de se retirer du marché. La compagnie avait été déficitaire sur six des sept derniers trimestres.

Donc, tout va mal ?
Après une chute aussi forte du BDI, il n’en fallait pas plus pour annoncer le crash imminent du marché des matières premières…et par extension des marchés actions.

C’est d’ailleurs ce qu’il s’était passé en 2008.

Mais n’allons pas trop vite en besogne. Il ne faut pas oublier que le BDI reflète l’état de l’offre… et de la demande. Or la demande se porte bien, et c’est un euphémisme ! Le problème du fret vient donc uniquement de l’offre excédentaire.

Les tendances lourdes des matières premières porteront le marché
Tous les grands marchés émergents ont besoin de minerai de fer, de charbon et de céréales, de cuivre… Voilà pourquoi les principales routes maritimes se dirigent désormais vers la Chine, qui représente un tiers du commerce en vrac.

Aux cotés de la Chine, les autres pays d’Asie et du Moyen Orient redessinent la route des céréales. Le Brésil et les Etats Unis repositionnent actuellement la route de leurs exportations céréalières.

On est ici devant des tendances lourdes. Aucune d’elles ne prendra fin de sitôt.

Visez les compagnies de taille moyenne
Toutes les compagnies ne souffrent pas de la bulle des vraquiers géants, les fameux capesize.

Des compagnies comme Navios Maritime ou Global Ship Lease ont réussi à traverser la crise sans trop de dégâts. Deux points les ont sauvés :

Les contrats de long terme les ont protégés de la chute des prix.
Leurs bateaux de petite taille leur ont permis de mieux adapter leur route.

Le bon moment pour rentrer sur le marché : entrer en bas de cycle
Sur le long terme, l’industrie va petit à petit revenir à flot sous le triple effet de la mise à la ferraille, des faillites et de l’absence de nouveaux navires.

Porté par une demande en matière premières qui ne se démentira pas, le secteur pourrait être une bonne idée d’investissement aujourd’hui.

Je vous conseille de cibler les petites sociétés qui n’ont pas versé dans le gigantisme.

 

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Chris Mayer

Chris Mayer est le rédacteur en chef de la lettre d'information Capital & Crisis, ainsi que du système de trading Crisis Point Trader. Ses analyses des problématiques financières ont été reprises maintes fois dans de nombreuses publications, et notamment dans le très réputé Grant's Interest Rate Observer.

Chris a commencé sa carrière dans le secteur bancaire, et plus précisément dans la banque d'affaires, après avoir obtenu un MBA en finances. Plus tard, il a commencé à rédiger Capital & Crisis, une lettre d'information mensuelle lui permettant de développer son point de vue très personnel de manière régulière et approfondie. Passionné de vieux livres, d'investissements à l'ancienne et de théories classiques, Chris correspond parfaitement à la stratégie développée dans cette lettre.

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