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La France fait le grand écart… gazier

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La France est coupée en deux.

Fin février, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), véritable deus ex machina du marché de l’énergie en France, a révélé une décorrélation croissante entre les prix du gaz dans le sud et le nord du pays. Le point d’échange (PEG) nord, a affiché une stabilité des prix, autour de 27 euros le MWh, alors que le point sud affichait sa détermination à passer définitivement au-dessus des 32 euros MWh.

Source : CRE

Cette situation révèle les perturbations qui bouleversent depuis quelques années le marché du gaz, et dont nous voyons actuellement les premières conséquences.

Oui, on se rend compte que cette situation s’explique par des évolutions régionales, voire internationales majeures. Car depuis que le marché du gaz est passé d’un marché régionalisé à un marché globalisé, n’importe quel événement mondial est devenu potentiellement déstabilisateur pour la France. Ce qu’il se passe au Japon ou dans le golfe de Guinée a désormais un impact sur le prix de la bonbonne de gaz chez la ménagère de Sail-sous-Couzan ou l’industriel d’Epinal.

Certains acteurs ont réussi toutefois à se placer avant tout le monde sur les marchés en plein expansion.

Une architecture saturée…
Le marché du gaz n’est pas homogène en France. Faiblement producteur, le pays compte presqu’exclusivement sur le gaz naturel importé pour sa consommation. Deux transports sont alors utilisés : par gazoducs, depuis Dunkerque, Taisnières, Obergailbac, Oltingue, Lacal, et par méthaniers, transportant du GNL (gaz naturel liquéfié). Ce sont alors les terminaux de regazéification de Fos-sur-Mer et de Montoir-de-Bretagne qui reçoivent et redistribuent le gaz.

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Jusqu’à présent, l’homogénéité du marché du gaz était assurée par les liaisons nord-sud du réseau gazier. Mais depuis quelque temps, ces connexions sont saturées. Ainsi les prix au nord et au sud sont davantage déterminés par les évolutions de leurs fournisseurs propres.

… et des problèmes géopolitiques
Et c’est dans le sud que les cargaisons de gaz ont le plus tangué ces derniers temps. D’abord, l’Algérie a commencé à limiter ses exportations de gaz. Or le gaz algérien représente 12% de la consommation française. Le Nigeria a également annulé plusieurs exportations de GNL, contribuant à limiter l’offre.

Mais ces deux facteurs n’ont pas à eux seuls fait décoller les prix de la cargaison de gaz. La raison principale de la hausse des prix tient en un seul mot : Fukushima. Pour compenser l’arrêt du Japon de la cinquantaine de réacteurs nucléaires après la catastrophe de Fukushima, le pays a recouru massivement aux importations de gaz. C’est ce qui explique le décollage des prix du MWh, en violet sur le premier graphique, qui a atteint les 52 euros.

Dans le nord au contraire, les cargaisons par gazoducs en provenance de Norvège et de Russie sont restées stables, ce qui a contribué à faire progresser le spread (écrat) nord/sud des prix du gaz.

Un marché en voie de scission
Malheureusement, la France est une victime indirecte des transformations agitant l’ensemble du marché du gaz. Le Japon n’est que la pointe de l’iceberg. Depuis plusieurs années, la demande en GNL en Asie progresse fortement, de l’ordre de 7% par an, alors qu’elle stagne en Europe et s’effondre aux Etats-Unis (du fait des gaz de schiste). C’est avant tout la demande asiatique en gaz qui soutien les prix du GNL. Certains producteurs majeurs de gaz sont même en train d’orienter leur production vers les marchés asiatiques, alors qu’elle était à l’origine destinée aux marchés occidentaux. Certains acteurs gaziers européens, comme GDF Suez, ont lancé un vaste programme de réorientation de leurs activités vers l’orient. Toutefois la transhumance vers l’Asie est longue, et un acteur comme GDF est encore trop dépendant du marché européen.

D’autres acteurs au contraire se sont positionnés bien plus vite sur le marché asiatique. J’en retiendrai deux :

  • Shell

Depuis que BP est resté englué dans les eaux troubles du golfe du Mexique, c’est Shell qui a récupéré le rôle d’”aventurier” des Majors du marché des hydrocarbures. Si la compagnie anglo-néerlandaise vient d’essuyer un échec dans l’Arctique, elle est à l’inverse bien positionnée sur le marché du GNL.

Shell est le premier producteur de gaz GNL au monde. Il est surtout solidement installé en Australie, aux avant-postes pour répondre à la demande asiatique. Tout récemment, Shell a poussé son avantage en achetant les actifs sur le GNL de Repsol pour 6,7 milliards de dollars, alors qu’ils étaient convoités également par le chinois Sinopec, Gazprom et l’indien Gail.

  • Novatek

La Russie est géographiquement très bien placée pour profiter, à l’instar de l’Australie, de la demande en GNL asiatique. Fin février, Gazprom a donné le coup d’envoi de la construction d’une usine de liquéfaction de GNL sur la presqu’île de Lomonossov près de Vladivostok, dans l’Extrême-Orient russe. Elle commencera à fonctionner en 2018. Ce projet fait partie d’un déplacement des projets gaziers russes vers l’orient.

Toutefois, pour jouer le GNL en Asie, je ne miserai pas forcément sur Gazprom. Outre le fait d’avoir la réputation d’être mal gérée depuis des années, la compagnie est en train de se faire concurrencer par d’autres compagnies russes, qui ont en plus les faveurs de l’Etat. Il s’agit de Rosneft, et surtout de Novatek dans le gaz. Voici une comparaison des cours sur 3 ans de Gazprom (RX :GAZP) en orange et de Novatek (RX :NVTK) en vert.

Mon conseil
Il existe une quantité d’angles pour aborder le marché du gaz naturel liquéfié. La compagnie Shell présente actuellement la façon la plus sûre d’investir sur ce marché en limitant le risque, du fait de sa diversification dans le pétrole. Novatek est en revanche une exposition plus directe, même si le marché russe en rebutera plus d’un.

Enfin j’ai repéré une façon plus originale de profiter de ce marché. Il s’agit d’investir moins sur le gaz que sur les bateaux qui le transportent, les fameux méthaniers. Ainsi une compagnie comme Teekay (NYSE:TGP) est une valeur à surveiller.

[NDLR : Défis et Profits a intégré fin 2012 une des valeurs les plus prometteuses dans le secteur du transport de GNL. Actuellement dans une phase haussière, la valeur possède un potentiel de +120%. Pour plus de détails, retrouvez Défis et Profits.]

Bon investissement.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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