Revirement stratégique : la bataille pour les shales gas fait rage

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Poursuivons notre point sur la stratégie de diversification des compagnies pétrolières, commencé la semaine dernière…

Le deuxième secteur dans lequel les pétroliers se réfugient est la production de gaz. Et là, beaucoup de choses à dire vous allez voir. C’est passionnant.

Le gaz possède en soi plusieurs atouts. Ses ressources sont abondantes (67 ans de réserves selon l’IFP) et sa combustion est moins polluante que le pétrole. Son potentiel est énorme car il est appelé à remplacer le charbon dans la production d’électricité.

Dès les années 2000, les majors ont anticipé un développement du marché. Mais cela ne les a pas empêché de faire fausse route…

Le Qatar, l’étoile montante du gaz
Début des années 2000, le Qatar était devenu le nouvel eldorado du gaz. Disposant des troisièmes réserves mondiales, le pays était prêt à inonder le monde de gaz grâce à ses méthaniers GNL.

Le GNL était alors considéré comme LA percée technologique qui allait révolutionner le secteur : en fluidifiant les échanges, le GNL allait briser l’autisme dans lequel les trois marchés gaziers vivaient (Etats-Unis, Union européenne et Japon).

En accroissant l’offre de gaz, les prix allaient baisser et la consommation augmenter. Un secteur d’avenir, en somme…

Les majors se sont ruées sur le GNL
Les majors avaient correctement anticipé ces changements. Disposant de la technologie et des ressources pour exploiter les champs gaziers géants, les majors s’étaient lourdement positionnées dans l’exploitation des champs gaziers géants qataris, comme le North Field.

Shell, Exxon Mobil, Total ou encore ConocoPhillips sont aujourd’hui présents au Qatar.

Du coup, elles ratent le tournant des gaz non-conventionnels !
Les pétroliers sont tous passés à côté de la vraie révolution, qui se déroulait sous leurs yeux : les gaz non-conventionnels, ou shalse gas.

A posteriori, l’explication est simple : les majors s’étaient préparés tout au long des années 90, grâce aux méga-fusions du secteur, à développer un nombre restreint de projets colossaux.

Manque de chance, l’avenir était dans la multiplication des petits projets !

Les Etats-Unis en profitent, bientôt l’Europe
Les gaz non-conventionnels, comme les “coal bed méthane” (grisou) ou les tigh gas (gaz difficilement exploitable), comptent désormais pour 20% de la production de gaz aux Etats-Unis. Cette production pourrait monter à 50% d’ici 2030. 80% en 2050.

En Europe, l’exploration pourrait bientôt commencer en Pologne et en Hongrie.

La bataille fait rage : Marcellus et Barnett éclipsent North Field
Depuis deux ans, les pétroliers essaient de rattraper leur retard sur le marché exponentiel des shales gas. A coups de milliards, les pétroliers achètent à prix d’or ce que de petits indépendants ont découvert bien avant eux.

Les champs gaziers de Marcellus et de Barnett, au Texas, sont devenus les nouvelles poules aux oeufs d’or… gris.

Les Etats-Unis deviennent le nouvel eldorado
La première major à se positionner sur ce marché fut Shell, en 2008. Puis en 2009, le pétrolier rachetait East Ressources, société spécialisée dans l’exploitation de shales gas.

BP l’a rejoint en investissant 1,75 milliard de dollars dans Chesapeak, société pionnière dans l’exploitation des shales gas au Texas. Eni et StatoilHydro se positionnaient la même année dans la même région.

En 2010, c’est au tour des groupes japonais Mitsui et Mitsubishi d’investir aux Etats-Unis, en s’associant respectivement avec Anadarko et Schlumberger.

ExxonMobil officialise l’union entre pétroliers et shale gas
Toute tendance de fond est balisée historiquement par un acte fondateur. Le rachat d’XTO par ExxonMobil en 2009 constitue cette borne.

Depuis son mariage avec Mobil en 1999, Exxon n’avait jamais déboursé autant pour une acquisition. La pépite qui a fait tourner la tête du géant américain, pour 41 milliards de dollars, est spécialisée dans l’exploitation du gaz non-conventionnels aux Etats-Unis.

Total attrape le bouquet
A la suite d’Exxon, Total a à son tour mis un pied dans le secteur des shales gas aux Etats-Unis. Le groupe français a investi en début d’année 800 millions de dollars dans Chesapeake.

Le groupe vient également de s’associer à Devon, autre société pionnière dans l’exploitation des shales gas.

Mettre la main sur la technologie
Si les majors ont raté le développement du shale gas aux Etat Unis, elles n’ont pas l’intention de rater le décollage de la production dans les autres régions du globe.

L’objectif des investissements des majors dans Chesapeake, Devon ou East Ressources est bien d’acquérir la technologie des forages horizontaux (destinés aux shales gas), et ainsi de participer au développement du marché à travers le monde.

Les majors se positionnent en dehors des Etats-Unis
Plusieurs dizaines de régions sont en train d’être sondées. Les principales cibles sont : l’Europe, l’Inde, la Chine et l’Australie.

En Europe, ExxonMobil et Chevron sont désormais très actifs dans la prospection de gaz, en Allemagne et en Pologne notamment. Total et Devon sondent actuellement le sud de la France.

En Asie, Shell s’est associé à Petrochina et BP à Sinopec pour à leur tour explorer les sous-sols chinois. Le pétrolier indien ONGC vient d’annoncer une collaboration avec l’Américain Atlas Energy dans l’exploration de son sous-sol.

En Australie, ConocoPhillips a déjà commencé à développer un gisement de shales gas.

Gardez à l’esprit que l’arrivée de ces nouvelles ressources gazières a cassé les prix du gaz, de 70% à 75%, sur le marché spot américain. C’est pourquoi la rentabilité de ces gisements pourrait bien se trouver dans d’autres régions du monde.

J’attendrais pour ma part le développement des gisements en Asie pour commencer à investir sur des pure player des shale gas.

Affaire à suivre donc… et de près !

Article édité le 02/09/2010.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.