En 2006, l’Angleterre a été touchée par une des plus graves sècheresses en 30 ans. Les autorités se sont activées dans tous les sens pour réduire la consommation de ses citoyens. L’interdiction de l’arrosage notamment aurait permis de réduire de 2% la consommation d’eau. Pourtant, de nombreux analystes ont expliqué après coup qu’une action aurait été beaucoup plus efficace pour économiser l’eau : rénover les conduites d’eau !
Le site strategy-business expliquait que l’équivalent de 10 millions de baignoires par jour s’écoule des canalisations de Londres… qui datent de l’ère victorienne ! Le plus étonnant dans ce type d’histoire, c’est la réaction des habitants. A la surprise succède l’incrédulité. Comment est-ce possible que la cinquième puissance du monde n’ait pas rénové ses infrastructures depuis l’ère coloniale ?
Nous sommes persuadés que la modernisation de nos infrastructures va de paire avec notre développement, et nous oublions que c’est avant tout une question de volonté et de décisions d’investissements. Et la France n’est pas épargnée par ce genre d’oubli. Rappelez-vous, l’hiver 1999. Des tempêtes avaient balayé la France, déracinant des forêts entières et privant de courant des milliers de foyers. EDF avait alors fait le portrait de ses vigoureux électriciens allant braver le froid pour rétablir le courant. L’électricien s’était bien gardé de dire que c’est en partie du fait du sous-investissement dans les réseaux que les lignes étaient tombées en panne.
Je ne veux pas jeter la pierre sur EDF, ni sur n’importe autre quel groupe. Simplement, il faut se faire à l’idée que nous avons besoin d’investir constamment dans nos infrastructures. Ainsi selon un rapport récent de l’OCDE, 71 000 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures seront nécessaires dans les 20 prochaines années. A plus long terme, les besoins vont augmenteront encore plus vite, alors que le monde atteindra 8 milliards d’individus en 2050 et que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le taux d’urbanisation dépassera 50%.
Des centaines de compagnies bénéficieront de cette manne. Mais attention, tous les pays ne seront pas capables d’investir !
La fée électricité malmenée en Inde
S’il est une infrastructure dont la détérioration est particulièrement visible, c’est bien l’électricité. Récemment, ce sont des millions d’Indiens qui se sont retrouvés sans courant après un des plus grands black-out de l’Histoire. 600 millions d’Indiens ont été plongés dans le noir, 400 trains ont été immobilisés, ainsi que tous les métros de la capitale New Delhi.
L’Inde cumule d’autres handicapes, à l’instar de l’approvisionnement en eau. A Bombay par exemple, l’accès à l’eau est restreint. L’eau est disponible seulement quelques heures par jour.
La comparaison est cruelle avec son voisin chinois. L’Inde ne dépense que 6% de son PIB dans les infrastructures, contre 20% en Chine. Pourtant, on sait que c’est avant tout les difficultés de gouvernance qui freinent les investissements et les reformes en Inde. Le pays est en ça le symbole des pays émergents, et de leurs difficultés à répondre aux besoins grandissants d’une population de plus en plus riche.
Un problème de croissance accélérée…
Effectivement, le problème des infrastructures est partagé par les grandes capitales des pays émergents, dont les populations ont explosé ces dernières décennies.
Ainsi au Caire, les approvisionnements en eau à partir du Nil ne suffisent plus à assurer l’approvisionnement. L’eau est fournie à très basse pression, et contient un taux élevé de plomb. Encore plus inquiétant, la corrosion des conduits débouche sur la contamination de l’eau fraîche par les eaux usées. Le choléra et d’autres maladies peuvent se développer ainsi à grande vitesse.
On peut imaginer que certains de ces pays résoudront ces problèmes à l’avenir. Avec une amélioration de leur gestion de la ville. Mais la question des infrastructures est également un choix, sinon, comment expliquer que les pays développés connaissent également des coupures d’électricité ?
… et de choix politiques
En 2006, une coupure d’électricité a laissé 100 000 personnes du quartier du Queens à New York dans le noir. Les deux millions d’habitants du quartier ont appris alors que leur réseau électrique avait parfois plus de 60 ans d’existence. J’aurais également pu parler du black-out géant de la Californie en 2000, pourtant l’Etat le plus riche des Etats-Unis.
Le cas des Etats-Unis éclaire bien l’aspect politique des infrastructures. Le pays se caractérise par des écarts de richesse particulièrement flagrants, qui se retrouvent dans l’accès aux infrastructures. Celui-ci dépend tout simplement du prix que vous êtes prêts à y mettre.
En 1999, les autorités de l’Etat de Washington avaient coupé délibérément l’électricité dans le quartier ouvrier de Washington Heights, afin de garder du courant pour d’autres quartiers plus cossus.
Pourtant cette stratégie d’une société à deux vitesses commence à coûter de plus en plus cher, et les mentalités sont en train d’évoluer.
Le sous-investissement coûte cher
En 2009, l’American Society of Civil Engineers (ASCE) a noté la qualité dés infrastructures américaines par un “D”, soit la pire note. Certains analystes ont commencé a souligner le coût pour les citoyens de ce sous-investissement. A Boston par exemple, le site strategy-business a calculé que chaque année, les habitants payaient 23 millions de dollars pour de l’eau qu’ils ne consommaient pas ! La faute à la vétusté des canalisations. Certaines conduites d’eau dataient de 1860.
L’ASCE a tiré la sonnette d’alarme sur le coût global de ce sous-investissement. Elle a calculé que le déficit d’investissement dans les infrastructures pourrait coûter 876 000 emplois et 897 milliards de dollars d’ici 2020.
L’association a mis le doigt là où ça fait mal : les infrastructures déterminent le niveau de croissance soutenable des pays.
Les infrastructures, c’est d’abord de la croissance
Dans le simple cas de l’eau, les besoins sont énormes, mais les gains potentiels sont tout aussi importants. Sur le simple cas des Etats-Unis, selon l’ASCE, la modernisation des canalisations pourrait faire économiser 541 milliards de dollars aux citoyens américains et protéger 700 000 emplois d’ici 2020.
Si le cas des Etats-Unis est particulièrement important, nombre de villes partagent ce sous-investissement. Le Caire, Los Angeles, Pékin, Paris, Moscou, Bombay, Tokyo, Washington ou encore São Paulo connaissent des problèmes d’infrastructures, que ce soit dans l’électricité, le transport ou les canalisations d’eau.
Mon conseil
Pour le cabinet d’étude Booz Allen Hamilton, 41 000 milliards devront être dépensés dans les infrastructures entre 2005 et 2030. Les infrastructures de l’eau attireront la majorité des investissements, avec des dépenses de l’ordre de 22 600 milliards de dollars.
Le défi des infrastructures
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Comme le montre ce tableau, l’Asie représentera la majorité des investissements dans l’eau, ainsi que dans l’électricité.
C’est pourquoi je vous recommande de regarder d’un peu plus près le secteur des fournisseurs d’eau pour les collectivités. Les Etats-Unis et l’Europe abritent les multinationales les plus efficaces dans la distribution d’eau.
[NDLR : Florent a révélé à une poignée de lecteurs privilégiés une recommandation actuellement en hausse de 11% -- qui pourrait vous permettre de bénéficier de la tendance haussière sur le secteur de l'eau ! Il est encore temps d'en profiter -- pour cela : il suffit de continuer votre lecture...]
Bon investissement !



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