La disponibilité de l’eau, vous le savez, est un des plus grands défis auquel l’humanité doit faire face.
Il va bien falloir que les pays s’entendent pour la gérer, à moins de s’engager sur la voie des conflits. Je ne vous parle pas là d’événements de science-fiction pour le XXIIe siècle, mais bien d’échéances proches parce que le statu quo n’est pas tenable.
L’OCDE exhorte à réformer la gestion de l’eau, car selon un récent rapport, 3,9 milliards d’hommes (environ 40% de la population mondiale) vivront dans des zones soumises à un stress hydrique important d’ici 2050.
D’après la Banque mondiale, l’utilisation de l’eau a augmenté deux fois plus vite que la population mondiale au cours des 50 dernières années, et la Banque calcule que la demande en eau devrait doubler tous les 21 ans. Naturellement, il faut s’en réjouir sur le plan humanitaire : ce sont des vies préservées, des maladies évitées, de l’hygiène et du confort pour davantage de gens et une production agricole plus efficace.
Un développement de moins en moins soutenable
Mais dans le même temps, il faut bien comprendre que le phénomène va s’accélérer dans les toutes prochaines décennies, avec le développement de nombreux pays émergents (ou pas encore émergents). Leur croissance va accentuer la pression sur la demande en eau et créer plus de pollution, menaçant alors la disponibilité d’eau de bonne qualité.
Beaucoup de pays sont déjà touchés par le stress hydrique, de manière plus ou moins forte. Et ce n’est pas que l’apanage des pays en voie de développement. La Grande-Bretagne fait l’expérience d’un déficit pluvieux ; la France voit ses nappes phréatiques dangereusement basses. La liste de pays confrontés à de telles situations serait longue. Ce n’est évidemment rien à côté de ce qui se passe en Afrique par exemple…
De la pénurie annoncée naissent les opportunités d’investissement
Une crise majeure…
Je vous expliquais le mois dernier dans Défis & Profits que, aussi incroyable que cela puisse paraître, seulement 0,25% de l’eau présente sur la planète est utilisable. Une situation que la pollution ne fait que dégrader et qui est encore aggravée par des infrastructures insuffisantes ou défectueuses. Ce qui fait que l’eau pourrait bien être considérée à court terme comme une ressource non renouvelable.
La prise de conscience réelle date à peu près du début de ce siècle. Il faudra, dès lors, une dizaine d’années pour que le lien soit fait avec les changements climatiques, que des objectifs soient fixés, que des données soient plus disponibles en dehors des pays de l’OCDE, que la salubrité des ressources et la gestion des eaux pluviales deviennent plus cruciales, que le financement de l’eau devienne un problème plus pressant, que la technologie s’empare d’une partie de la gestion de l’eau.
… que vous pouvez participer à résoudre
Mais à toute crise ou défi son lot d’opportunités : le marché de l’eau est un marché de services de 500 milliards de dollars par an. Surtout, il connaît une croissance annuelle de 5 à 7% d’après la banque PICTET – qui a un fonds sur l’eau très performant. Et le contexte politique est devenu plus favorable, puisque c’est de plus en plus le secteur privé qui prend la relève sur un marché initialement détenu et géré par des entités publiques.
Une profonde mutation est en cours.
Ce n’est pas pour un futur lointain mais pour demain – c’est-à-dire d’ici 2020. Voici les tendances qui vont prendre corps et composer le nouveau paysage du secteur de l’eau :
=> L’idée de la gratuité de l’eau est progressivement abandonnée.
Le principe du “tout le monde paie” est communément admis, y compris par une nouvelle génération d’agriculteurs. Le prix de l’eau sera ajusté (à la hausse, bien sûr) plutôt sur sa valeur que sur son coût. Des statistiques économiques précises seront disponibles ;
=> L’eau sera considérée comme une matière première.
Elle sera donc gérée comme une matière première finie. La réutilisation deviendra nécessaire pour assurer la pérennité des ressources (récupération des eaux pluviales, séparation des eaux usées, passage de l’assainissement au traitement des eaux usées, recyclage…), de même que l’efficience et les techniques associées.
Des réseaux intelligents avec compteurs et moniteurs seront mis en oeuvre dans les pays émergents. Le recyclage sera un must pour cette ressource limitée afin, en outre, de protéger l’environnement ;
=> La Chine sera le principal acteur du secteur de l’eau… mais est-ce vraiment une surprise ?
Par ailleurs, il y aura un équilibre entre les acteurs des pays de l’OCDE et le reste du monde. Via des partenariats public-privé, le secteur privé sera un acteur en progression, passant de 13% de parts de marché au niveau mondial à 21%, aspiré vers le haut par les émergents qui poursuivent leur rattrapage ;
=> Des applications spécialisées apparaîtront.
Comme la récupération de la chaleur, l’utilisation des boues d’épuration comme source d’énergie (biogaz), le traitement des eaux de process pour la récupération de métaux et de minéraux. En alternative au chlore, la sécurité de l’eau et la santé publique sera assurée par les UV, l’ozone et d’autres procédés d’oxydation ;
=> Les gouvernements, enfin conscients, poursuivront des politiques en faveur de la préservation de l’eau.
Les lois ou les directives ne manquent pas : aux Etats-Unis, Safe Drinking Water Act, Clean Water Act ; en Europe, Directive Cadre sur l’eau, remplacement des tuyauteries en plomb, traitement des eaux usées urbaines ; en Chine, 12e Plan à cinq ans sur les ressources en eau et l’irrigation, objectifs prioritaires sur le traitement des eaux usées.
Quelles perspectives du secteur de l’eau pour l’investisseur ?
Le marché des infrastructures liées à l’eau est considérable : selon PICTET, il y a un besoin de 1 000 milliards de dollars par an d’investissement. Sans surprise, c’est chez les émergents et en particulier en Chine que les efforts seront les plus conséquents.
Si on prend les investissements dans l’énergie, les transports rails/routes, les ports et aéroports, l’eau, ce dernier secteur absorbera 66% des investissements en Amérique du Sud, 57% en Asie, mais tout de même 56% en Amérique du Nord et 49% en Europe, comme en Afrique. Toutefois, les montants ne sont pas les mêmes : sur 25 ans, 15,9 trillions de dollars en Asie, 9,2 trillions de dollars en Europe, 7,5 trillions de dollars en Amérique latine, et seulement… 1,1 trillion de dollars en Afrique.
Quel secteur doit attirer nos investissements ?
C’est vers les services que l’investisseur a le plus intérêt à se tourner.
C’est pour cela que, dans Défis & Profits, je vous ai proposé le mois dernier d’investir dans la première compagnie américaine des eaux régulées.
Car rappelez vous, les tarifs de l’eau progressent plus vite que l’inflation, au moins dans les pays avancés ; cerise sur le gâteau, le prix de l’eau affiche une croissance beaucoup plus régulière que celle du pétrole par exemple.
Bon investissement.
Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 26/04/2012.


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