Les Bourses mondiales se sont synchronisées.
Cette semaine, le doute n’est plus permis, la fébrilité de la Zone euro fragilise l’ensemble des marchés de la planète. Comme pour embrasser dans un seul chiffre cette tendance baissière des places financières mondiales, le FMI a publié cette semaine des prévisions de croissance pour 2012.
Elles ont bien entendu été revues à la baisse. Le monde n’augmentera sa richesse que de 3,3%, contre 4% initialement prévus.
C’est en particulier la Grèce, ou plutôt la gestion du cas grec, qui donne le tempo des Bourses. Et derrière se joue le cas des euro-obligations et l’affrontement des pour et des contre en Europe. C’est bien entendu autour du couple franco-allemand que se cristallise cette opposition.
Mais le gouffre paraît peut-être plus large qu’il n’est en réalité. Il est intéressant à cet égard de lire le témoignage de Sylvain Broyer, adjoint au chef économiste de Natixis, basé à Francfort, dans Les Echos de vendredi. Celui-ci explique que les Allemands pourraient revoir leur position sur les euro-obligations en cas de progrès sur l’union fiscale. Pour lui, tant que l’autonomie budgétaire prévaut en Europe, “pas d’euro-bonds”.
En attendant, faut-il s’habituer à vivre dans un “triste monde tragique” ? Non, car les signes de reprise commencent à bourgeonner, que ce soit le lent rétablissement du marché immobilier américain, les investissements de Goldman Sachs dans les énergies renouvelables, ou l’ouverture du marché chinois au investissement étrangers.
Comme le rappelle l’économiste Bruce Kasman de J.P. Morgan cette semaine, la production pourrait repartir cet été avec la baisse des stocks, et en cas de stabilisation de crise européenne. Il y aura des “opportunités intéressantes”.
En attendant, les marchés baissent. L’euro a atteint les 1,2516$ jeudi dernier, et l’indice des directeurs d’achat de Markit pour la Zone euro en mai est tombé à 45,9. A court terme, peu de mesures d’urgence peuvent être prises, car si le temps politique est long, le temps européen est carrément distendu.
Les marchés des matières n’attendent ainsi pas de miracle. Métaux, énergie et même agriculture sont en baisse cette semaine.
Les métaux attendent un geste de Pékin
Les métaux ont été les principales victimes du ralentissement, notamment chinois. Pourtant, selon la banque Barclays, le ralentissement de l’empire du Milieu n’est pas aussi intense que ce que l’on peut lire au regard des importations de métaux. Si les importations de cuivre ou de nickel ont effectivement chuté, la bauxite est restée très demandée souligne la banque britannique.
Ainsi le cuivre a perdu 7% sur un mois, déçu par un septième mois de contraction de l’activité industrielle chinoise. Toutefois l’annonce imminente d’investissements dans les infrastructures de Pékin pourrait faire rebondir violemment le métal rouge. Morgan Stanley table d’ailleurs sur une reprise de la demande pour la deuxième moitié de l’année.
L’aluminium, bien que redescendu en dessous des 2 000$ la tonne, pourrait être tombé à ses plus bas. Après l’Américain Alcoa, le Norvégien Norsk Hydro et le Russe Rusal, c’est au tour de la Chine de mettre ses capacités de production en sommeil. Le marché pourrait devenir tendu rapidement.
Le zinc à l’inverse n’a pas connu de repos dans sa chute, entraîné vers le bas par la baisse des importations chinoises. Le mouvement est toutefois passager, dû à des opérations de maintenance imprévues.
A noter également que les prix négociés du minerai de fer ont perdu plus de 10% la semaine dernière, probablement après l’annonce de l’annulation de certains contrats d’importation par la Chine.
On achève bien l’agriculture
Même l’agriculture est partie à la baisse cette semaine, alors que plusieurs signaux auraient pu déclencher un mouvement haussier.
Le maïs n’en finit pas de faire le yoyo autour du seuil des 6$ le boisseau. Le boisseau se négocie actuellement autour de 5,80$. Pourtant, en baisse de 14%, les prévisions sur la production chinoise ont déçu cette semaine et auraient pu provoquer une hausse des cours. En effet, de nouveaux achats de la Chine en Argentine la semaine prochaine sont attendus.
Le pic de fièvre du blé semble être passé, le boisseau s’éloigne des 7$. Malgré les craintes de sécheresse en Russie, la production du pays est ressortie stable. Toutefois, l’International Grains Council a averti que les stocks mondiaux de blé sont en forte baisse. Le marché va rester tendu encore quelques semaines en attendant que la production mondiale, en hausse, ne vienne définitivement apaiser les cours.
Le sort s’acharne par contre sur le soja. Après les sécheresses, l’Argentine subit actuellement des inondations. En baisse de 18%, la récolte du pays pourrait encore être revue à la baisse. Le soja est la matière haussière des mois à venir.
L’or attend son heure
L’or a connu un petit rebond, cette semaine. La poursuite le mois dernier des achats des banques centrales, mexicaine, kazakhstanaise et ukrainienne notamment, ont soutenu les cours autour des 1 500$ l’once.
Les analystes s’attendent toujours à une remontée, d’autant plus que des mesures de relances monétaires sont attendues, en Europe ou aux Etats-Unis. Les conditions sont également bonnes pour l’argent. La Chine vient de créer un produit d’investissement sur l’argent, ce qui va renforcer la demande en argent, déjà bien stimulée par les industriels.
En ce qui concerne les platinoïdes, les prix du platine pourraient ponctuellement augmenter, alors qu’une nouvelle grève a éclaté dans la plus grosse mine du monde, à Rustenburg, en Afrique du Sud. Les perspectives à plus long terme ne sont cependant pas positives. Le marché reste en surplus, à cause du double effet de l’arrivée de stocks sur le marché, et l’augmentation du recyclage.
Le Brent testera-t-il le seuil des 103$ ?
La chute du pétrole ne s’arrête plus. Le WTI est passé rapidement sous les 90$ cette semaine, avant de remonter légèrement au-dessus, alors que le Brent semble se diriger tout droit vers les 100$. Nous revenons légèrement en dessous du prix moyen du baril en 2011.
C’est d’abord le renchérissement du dollar qui a dissuadé les investisseurs d’acheter de l’or noir. La poursuite de la crise grecque décidera de l’orientation des cours du Brent. Un passage en dessous des 103$ sera un seuil important à franchir.
A noter que l’Oil & Gas Journal, ici, a annoncé que la production de pétrole de schiste pourrait rendre les US bientôt indépendant. Le WTI, le pétrole à New York, pourrait creuser ainsi l’écart avec le Brent, d’autant plus que les stocks ont retrouvé leur niveau record de 1990.
Le pétrole coulé par le ralentissement et les stocks américains
| Cours à 3 mois |
Vendredi 18 mai 2012 |
Jeudi 24 mai 2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 055 | 2 008 | -2,29% |
| Cuivre* | 7 744 | 7 612 | -1,70% |
| Plomb* | 1 957 | 1 945 | -0,61% |
| Nickel* | 17 140 | 17 000 |
-0,82% |
| Etain | 19 425 | 19 690 | 1,36% |
| Zinc* | 1 919 | 1 878 | -2,14% |
| Acier (Méditerranéen) * | 429 | 379 | - 11,66% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
91,48 | 90,63 | -0,93% |
| Or (spot Comex) | 1 589 | 1557 | -2,01% |
| Argent spot Comex) | 28,43 | 28,32 | -0,39% |
| Platine (spot Comex) | 1 464 | 1 414 | -3,42% |
| Palladium (spot Comex) | 613 | 613 | 0,00% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
7,10 | 6,73 | -5,21% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,41 | 5,84 | -8,89% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
14,20 | 13,78 | -2,96% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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