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Pétrole de schiste : Savez-vous pourquoi les révolutions sont fatigantes… et profitables ?

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Pardonnez-moi ce petit trait d’humeur aujourd’hui, mais l’espace d’un instant, je me suis mis à la place d’un producteur de pétrole. La sensation de malaise que j’ai tout de suite ressenti est facile à expliquer. Une nouvelle fois, le marché du pétrole était en train de se transformer, une nouvelle fois, les pétroliers vont devoir se reformer. Honnêtement, j’ai l’impression que le secteur du pétrole est plus imprévisible que celui de l’agriculture, c’est vous dire.

Après avoir dû affronter l’arrivée des énergies renouvelables, les icebergs de l’Arctique, les chaleurs à plus de 3 000 mètres de profondeur des gisements offshores et la concurrence des gaz de schiste, voilà que l’arrivée du pétrole de schiste modifie une nouvelle fois la donne.

Ne vous trompez pas, tous les pétroliers ne profiteront pas de l’essor du pétrole de schiste. Tous ne sont pas au bon endroit, et tous n’ont pas les technologies appropriées. Encore une fois, des projets vont devoir être abandonnés en catastrophe, des économies vont devoir être réalisées, et de nouveaux investissements planifiés.

Devant tous ces changements, on pourrait se demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Le cabinet PricewaterhouseCooper (PwC) répond sans ambages : OUI !

+3,7% de croissance supplémentaire
Le cabinet PricewaterhouseCooper s’est penché sur le potentiel du pétrole de schiste (shale oil) dans une étude très fouillée, Shale oil : the next energy revolution. Son analyse a déclenché un sentiment au-delà de l’optimisme, de l’euphorie.

Selon le cabinet, l’exploitation du pétrole de schiste pourrait apporter à la croissance mondiale entre 2,3 et 3,7% de croissance en 2035 ! C’est entre 1 700 et 2 700 milliards de dollars injectés dans l’économie mondiale en plus.

Car la production de pétrole de schiste démarre tout juste, et sa montée en puissance va avoir des conséquences pour l’ensemble de l’économie. Actuellement autour de 1,6 million de barils produits aux Etats-Unis, la production mondiale pourrait atteindre les 14 millions de barils par jour en 2035. Ce n’est pas moins de 12% de la production totale.

Titre : Production de pétrole par type de ressources

Production de pétrole par type de ressources

Source : PricewaterhouseCooper

Selon d’autres calculs effectués par l’Energy Information Administration, l’Agence américaine de l’énergie, c’est 33 milliards de barils qui sommeilleraient dans le sous-sol américain.

Ce changement a été également abordé par l’Agence internationale de l’énergie en novembre dernier. Lors de la présentation de son dernier rapport annuel le World Energy Outlook, l’Agence parisienne a frappé les esprits en pronostiquant que Washington sera indépendant en pétrole d’ici 2017, lorsque les Etats-Unis seront devenus le premier producteur de pétrole au monde. Pour vous donner une idée de l’ampleur du changement, dans son rapport de 2011, l’AIE affirmait encore que l’Arabie Saoudite serait le premier producteur de pétrole en 2035.

Au total, PwC et l’AIE ont mis l’accent tout particulièrement sur deux conséquences de cette évolution :

  • La géopolitique

Si PwC ne s’est pas penché sur les conséquences directes en termes de commerce eu pétrole, l’Agence internationale de l’énergie, dont la mission est de préserver les intérêts des pays occidentaux, l’a fait.

LA grande évolution est simple : L’indépendance énergétique des Etats-Unis va se traduire par une forte baisse des importations de pétrole, notamment en provenance du Moyen-Orient.

Cette annonce est arrivée en même temps que celle de l’armée américaine annonçant la réduction de sa présence dans le golfe Persique. Il n’en fallait pas plus pour faire un lien entre baisse des importations et baisse de l’intervention de l’armée dans le Golfe.

Si des raisons économiques expliquent également ce retrait, la baisse des importations seraient de toute façon un coup dur pour l’Arabie Saoudite, qui est encore le gendarme de la région.

  • Les prix du pétrole

PwC a posé le premier diagnostique sur les prix. Le cabinet a surtout pris à contre-pied les estimations de l’AIE. Pour elle, les prix du pétrole pourraient encore atteindre les 133 $ le baril en 2035. Or pour PwC, les prix pourraient tomber dans un canal 83-100 $ le baril.

Le cabinet souligne cependant que tous les pays ne seront pas logés à la même enseigne. Ainsi les pays les plus importateurs profiteront de gains pour leur PIB de l’ordre de 4 à 7%, comme le Japon et l’Inde. L’Europe, la Chine et les Etats-Unis ne profiteraient que de 2 à 5% de gains.

Mon conseil
Le rapport de PwC a la particularité de mettre l’accent sur les projets en cours à travers le monde sur le pétrole de schiste. Des projets sont en train de naître en Argentine, au Chili, en Russie, ou encore en Nouvelle-Zélande. Comme pour le gaz de schiste, les Etats-Unis ne garderont pas longtemps leur monopole de production.

Toutefois, comme dans les gaz de schiste, c’est aux Etats-Unis qu’il faudra venir chercher les technologies d’exploitation. D’ailleurs c’est dans le Dakota du Nord et au Texas, les deux “spot” du pétrole de schiste US, que sont en train d’être perfectionnées les technologies.

Il faut donc s’attendre prochainement à une vague de rachat de ces petites et moyennes compagnies pétrolières par les géants du secteur. Elles possèdent les technologies et les hectares, deux bien indispensables à quiconque veut investir dans le shale oil. Elles sont donc actuellement des valeurs rares, et doivent impérativement figurer sur votre radar d’investissement.

[NDLR : Matières à Profits a repéré pour vous une société logée au coeur d'un Etat à la pointe sur les shale oil. Encore inconnue, elle pourrait bien devenir la cible d'une OPA généreuse d'un géant du secteur, comme ExxonMobil ou Total. MAP livrera le nom de cette valeur dans son prochain numéro à paraître à la fin de ce mois. Pour plus de détails, retrouvez MAP.]

Bon investissement.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Un commentaire
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  1. C’est marrant comment la courbe pour le pétrole conventionnel descend, puis remonte à partir de 2015.
    Les réserves s’épuisent un peu partout, il n’y a pas de raison que ça remonte.
    Le pétrole est un enjeux trop important pour dire la vérité à son sujet…

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