Moyen-Orient : le brut continuera de couler à flot ; l’industrie pétrolière est à l’abri

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Au sud de la Méditerranée, les révolutions se succèdent. Pour le meilleur. En espérant, comme la mariée, que le pire ne sera pas à l’ordre du jour.

Le pétrole voit ses cours s’envoler à chaque menace sur un régime autoritaire, dans un Etat producteur.

Encore, un cynisme inhumain des marchés, me direz-vous.

Pas vraiment.

“Logique économique”, vous répondrais-je…

Comment réagir face aux événements ? Je vous donne mon point de vue “terrain”… puis d’investisseur.

Islamisme voilé ?
Pilote pour les compagnies pétrolières en Libye, Algérie, Soudan et en Arabie Saoudite, depuis six ans, je peux vous faire profiter de mon expérience de terrain.

Au jour le jour, dans la rue, pas de répression, ni d’Etat policier, ni de police religieuse ou politique.

En fait, pour vous donner un exemple, rien ne m’a plus surpris que Khartoum.

Je pensais y voir l’islamisme radical dans toute sa splendeur : interdictions de tout faire, pire qu’en Arabie, police religieuse visible et prompte à frapper toute femme non voilée intégralement, plus agressive que sous Khomeiny, etc.

Et bien, aucune ville du monde arabe fermée au tourisme de masse parmi celles que j’ai pu voir, n’est aussi libérée. Jeunes filles et femmes avec des décolletés très suggestifs, entre copines, parlant un anglais que bien des Européens rêveraient de maîtriser… L’alcool est cher mais présent dans tous les restaurants, à condition de commander en utilisant le “mot de passe” correspondant à votre boisson préférée… Aucune force de police visible sinon aux carrefours encombrés pour réguler la circulation.

Khartoum ressemble à une ville agréable pour le Français ou l’Américain, malgré les menaces entre les gouvernements et les manipulations de la population locale.

Il en va tout autrement en Libye
La répression de Khadhafi sur son peuple a bien changé avec le temps. Il y a l’illuminé sanguinaire d’avant 1986, et le “leader assagi” à la suite du bombardement ordonné par Reagan contre lui.

Sa grippe sur le pouvoir est complexe, très complexe.

La terreur, à la Saddam Hussein ou à la Amine Dada des années 70, a fait place à un régime autoritaire façon Tunisie depuis 1986.

Ce qui n’empêche pas massacres, tortures et bombardements des civils.

Ces horreurs épisodiques sans logique sont la marque de ces cinglés.

Etat de suspicion généralisé
En Libye, mes collègues évoquaient la crainte des gens de faire quoi que ce soit (barbecue en l’occurrence) de peur d’être dénoncé. Impossible de faire confiance à qui que ce soit, impossible de s’amuser, même sans intention de nuire au régime.

Un état de suspicion généralisé, digne de l’Union soviétique de Staline, ou de l’Allemagne de l’Est sous l’emprise de la Stasi. Pas de répression ouverte ou de police omniprésente, juste le déni de vivre “normalement”. Cette autocensure avait empiré dans les années 2000.

Montée en puissance des imams
Pourtant, Khadhafi ne menaçait plus grand monde, et surtout, il avait laissé les imams prendre le contrôle de la population après 1986.

L’observateur extérieur que je suis, a vu la mosquée dominer toute la vie des Libyens, y compris loin de Tripoli, jusque dans les confins du désert, au sein de l’entreprise italienne du pétrole.

Sur le champ pétrolier était construit une église pour le personnel italien dans les années 60, église aujourd’hui remplacée par une mosquée ; laquelle, quand j’y étais, a doublé de taille pour accueillir TOUT le personnel.

L’islam version Khomeiny est omniprésent en Libye, depuis longtemps.

Mais rassurez-vous…

L’industrie pétrolière est à l’abri !
La révolte libyenne n’est pas le fait des “barbus”. C’est clairement un soulèvement populaire, d’une population désoeuvrée malgré tous les postes garantis par l’industrie pétrolière (Khadhafi impose 8 Libyens sans aucune compétence pour un étranger employé : l’exploitation pétrolière compte donc 90% de personnels très bien payés pour ne rien faire !).

Ici, en Algérie, ou ailleurs dans le monde pétrolier, chacun sait que tout régime “nouvellement démocratique” qui émergera, ne changera rien aux contrats avec les grandes entreprises du secteur.

Si depuis la première crise du pétrole, malgré les nationalisations massives de l’époque à la création de l’OPEP, les majors sont revenues sur les principaux sites pétroliers, il y a une raison.

Elles sont les seules capables d’investir suffisamment pour la prospection ET la production
Les seules compétentes techniquement aussi.

Même le néo-tsariste et ultra-nationaliste Poutine recherche les coopérations avec les firmes occidentales avec lesquelles il a des intérêts économiques.

Ce n’est pas un hasard : s’il pouvait se passer de ces témoins gênants, il n’hésiterait pas, croyez-moi !

Quand vous tirez TOUTE votre richesse d’une seule ressource, VOUS ne pouvez vous en passer ! Pas vos clients…

Même des “barbus” incultes et revanchards savent que leur porte-monnaie sera mieux garni avec la bénédiction des majors, “suppôts” des “grands” et “petits satans”.

Une fois au pouvoir, l’argent prime sur les discours politiques enflammés d’antan
Les plus révolutionnaires et les anti-américanistes savent aussi que leur économie est inféodée au pétrole.

Mieux vaut donc garantir les investissements des grandes multinationales en vue de fournir un revenu au nouveau pouvoir en place, que de se couper les vivres !

La rue et l’armée (des fonctionnaires, payés sur le budget de l’Etat, je vous le rappelle) pourraient sinon remettre en cause ces nouveaux régimes !

E réalisme est implacable…

Et l’Arabie Saoudite ?
La grande menace… Les “experts” du monde arabe (stratégistes, politologues, etc.) nous expliquent que la hausse irrationnelle des prix du pétrole tient à la possible contagion au premier producteur du monde.

Quand bien même le pouvoir en place chuterait, le nouveau pouvoir (même si c’est un califat islamique) en viendrait malgré tout à vendre sa production aux “Infidèles”!

Dans ce cas extrême en revanche, les remous changeraient complètement la donne pendant des mois. Préparez-vous alors à 300 $ le baril, voire 500 $ pendant une courte période.

Brut à plus de 100 $ = récession = chute du cours…
Enfin, hors de toute considération politique, stratégique ou d’équilibre entre la consommation et la production de pétrole, nous savons bien qu’un baril à plus de 100 $ nous conduit droit à la récession globale, Chine comprise !

Si le monde pouvait vivre avec une énergie si coûteuse, les alternatives au pétrole auraient déjà remplacé le précieux liquide. En effet, nombre d’entre elles ont des coûts de production légèrement au-dessus de la barre fatidique des 100 $.

Nul besoin de réchauffement climatique ou de fibre écolo pour éveiller l’homme à un monde sans pétrole, s’il coûte plus de 100 $…

Alors le cycle finit par se renverser : la récession appelle une forte baisse de la demande. Les marchés paniqueraient alors à l’envers et le pétrole reviendrait sous les 40 $ — prix qui me semble refléter la “réalité” de l’offre et de la demande mondiales, au plus près.

Mais je ne fais pas le prix du pétrole…

Pouvons-nous en profiter ?
L’instabilité est certaine pendant les transitions démocratiques. Les cours du baril vont donc augmenter et baisser dans des proportions inconnues.

Pouvons-nous en profiter ?

Si l’on suit le train de la peur du marché, nous devrions nous positionner à la hausse. Un warrant call pour un cours de 140 $ du Brent, puis passé les 140 $, un call à 200 $ semble possible

Mais attention… Passer de 80 $ à 120 $ le baril en l’espace de quelques semaines, et le Brent ne suit plus aucune logique…

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Jouez les mouvements violents, pas le sens de l’Histoire
Dans l’industrie, on est bien placé pour savoir que seuls les médias télé croient à la fin du pétrole pour bientôt ! Nous serons tous enterrés bien avant cette fin annoncée. Chine et Inde n’y suffiront pas, loin de là. Dommage pour les véhicules électriques, plus élégants du point de vue de l’ingénieur avec un penchant écolo (une autre de mes facettes).

Les événements étant révolutionnaires, prédire leurs ampleurs, comme leurs soubresauts, est mission impossible.

Donc on jouera les mouvements violents, pas le sens de l’Histoire.

Si vous en êtes capables, faites-le !

Après l’effervescence, retour sur les 90 $
Pour ma part, je me contenterais d’accompagner la hausse pendant les émeutes. Et, surtout, de parier sur un baril à la baisse.

Toutefois, ces stratégies sont dangereuses. Je me garderais d’y investir plus de 1% de mon patrimoine. Une fois retombées les tensions dans les rues, l’alarmisme médiatique aux oubliettes, la raison devrait “ramener” le cours du baril de Brent sous les 90 $.

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Rafael Michaut

Rafael Michaut est un baroudeur qui aime à parcourir la planète. Un "original" qui ne fait rien comme personne. Un amoureux des marchés aussi, puisqu'il investi depuis toujours, pour compte propre.

Aviateur émérite, téméraire, il n'hésite pas au péril de sa vie à ravitailler les zones les plus reculées, à transporter des hommes d'affaires dans les pays les plus dangereux.

Son parcours "hors norme" est tout à son image. Rafael est curieux de tout, extrêmement critique, fin observateur.

Toujours à l'affût d'idées d'investissements auquel personne ne pense, il voit ce que les autres ne voient pas. Une aubaine!

Parce qu'il vit "en dehors des sentiers battus" il pense différemment, et nous fait part de ses approches et points de vue originaux.

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