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L’étau se resserre autour des terres rares

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Depuis quelques temps, les dirigeants du monde entier s’en inquiétaient. Les industriels tiraient régulièrement la sonnette d’alarme….mais il est peut-être trop tard : la Chine vient encore de réduire ses exportations de terres rares.

L’enjeu est tout simplement vital pour nos économies. Les terres rares feront les révolutions industrielles de demain. Plus un produit est innovant, plus il demande de terres rares. Et cela concerne tous les secteurs : aéronautique, automobile, raffinage, défense, électronique, énergies vertes, etc.

Et nous sommes tous dépendants de la Chine…

La Chine est l’Arabie saoudite du XXIe siècle
Le père du modèle économique chinois, Deng Xiaoping, a comparé un jour la position de son pays sur les terres rares à l’Arabie saoudite avec le pétrole.

Mais son pouvoir est bien plus grand. Si l’OPEP produit 40% du pétrole dans le monde, la Chine produit 95% de terres rares ! Terres rares indispensables et non substituables

La Chine règne sans partage sur les terres rares depuis 30 ans
La Chine a compris avant tout le monde son avantage. A partir des années 70, l’objectif de Pékin est clair : devenir l’unique producteur de terres rares au monde.

La stratégie est simple. Il faut asphyxier progressivement les autres pays producteurs en produisant à bas-couts. Qui plus est, les mines de terres rares sont polluantes et très couteuses. Les occidentaux sont alors soulagés de pouvoir externaliser ces contraintes en Chine.

Rien ne justifie plus économiquement la poursuite de la production de terres en occident. Les Etats-Unis, alors premier producteur, ferment leur principale mine californienne de Mountain Pass.

10% de réduction par an depuis 2006
La stratégie chinoise évolue pendant les années 2000. A partir de 2006, la Chine, qui produit 95% des terres rares, commence à réduire ses quotas d’exportations. Chaque année, c’est entre 5% et 10% des quotas d’exportation qui sont supprimés. Surtout, la Chine exporte les métaux les plus chers, les métaux lourds. Principale conséquence, les prix des métaux légers partent en flèche.

Le néodyme par exemple atteint 32 000 dollars la tonne en août 2010, soit une augmentation de 60% en un an !

- 70% d’export annoncé en juillet
En 2010, la Chine change de braquet. Les quotas d’exportation pour le second semestre sont réduits carrément de 70% !

La Chine franchit rapidement une nouvelle étape. En septembre, les deux plus grandes économies du monde sont privées de terres rares. Deux coupures, une cause : la politique.

- Le Japon d’abord, qui a "la mauvaise idée" de rappeler sa souveraineté sur un archipel d’îles que la Chine revendique.

- Les Etats-Unis à leur tour. Le motif politique est encore plus flagrant. La Chine aurait réagi à une enquête américaine sur des subventions illégales accordées au secteur de l’industrie verte chinoise.

La Chine marche dans les pas de la Russie, et ce n’est pas fait pour nous rassurer.

La Chine a l’intention de maintenir ses restrictions
Une autre raison se cache derrière l’arrêt des exportations : les ambitions chinoises. Sur le long terme, la Chine a bien l’intention de monter en gamme. Le plan 2006-2020 met l’accent sur le développement scientifique et technologique. Secteurs visés : micro-électronique, aéronautique, aérospatiale et nouveaux matériaux.

Que des secteurs gros consommateurs de terres rares !

Or la Chine a peur d’épuiser ses ressources. Ses réserves ont déjà baissé de 37% entre 1996 et 2003. Elles pourraient être épuisées d’ici 15 à 20 ans si le rythme d’exportation n’évolue pas.

Des centaines de milliards de dollars en jeu
L’enjeu économique pour nos économies est gigantesque !

Le marché des terres rares n’est pas un marché immense. Au mieux il atteint les deux milliards de dollars. Mais de ce marché dépendent des milliards de dollars !

Pour produire plus léger, plus résistant, plus " éco-compatible ", les terres rares sont indispensables. Les marchés de demain, comme les industries vertes (voitures vertes, éolien, lampes LED…), ne décolleront qu’à condition de posséder des terres rares.

L’électrochoc
L’embargo chinois sur les terres rares doit nous servir d’électrochoc. Avec une demande mondiale en terres rares qui croît de plus de 10% par an, nous sommes obligés de trouver des gisements ailleurs.

Et le plus étonnant, c’est qu’ils existent !

La Chine produit 95% des terres rares dans le monde, mais ne possède qu’un tiers des ressources.

Quid des deux tiers restants…

Ou sont les chevaliers blancs ?
Les grands consommateurs se tournent vers une poignée de pays.

Les BRIC possèdent tous des ressources importantes. Dans le cas de la Russie, il faut élargir à la Mongolie, au Kazakhstan et au Kirghizstan.

Le Japon et la Corée, qui consomment à eux deux un cinquième de la production mondiale, ont commencé à discuter avec le Vietnam. Plusieurs groupes européens, comme Volkswagen et Rhodia, se tournent actuellement vers l’Australie.

Moi, je vous conseillerais de regarder vers deux zones : l’Amérique du Nord et l’Australie. Ces pays ont déjà identifié des gisements, et possèdent les infrastructures et le personnel pour les exploiter.

Tous ces gisements ne seront pas opérationnels avant 2012/2014. Attendez-vous donc à voir les cours s’envoler rapidement, car la demande mondiale doit doubler d’ici cinq ans.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.