Et si le marché des métaux devenait une vaste foire d’empoigne ?

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leadimg

Les terres rares n’ont peut-être été qu’un ballon d’essai pour la Chine. Rappelez-vous, les terres rares sont une poignée de métaux, une quinzaine pour être précis, qui sont devenus en l’espace de quelques années indispensables à notre quotidien.

A partir de 2010, la Chine, le premier producteur au monde, a commencé à limiter ses exportations. Problème, non content d’être le premier producteur, les pays industriels se sont rendu compte qu’elle était le seul producteur. Pékin produit 95% des terres rares dans le monde.

S’en est suivi une explosion des prix, de 100, 200 voire 600% en une seule année pour certaines de ces terres rares.

Aujourd’hui, la Chine est en train de reproduire ce schéma pour un grand nombre de métaux. Nous découvrons, ahuris, qu’elle est le premier et quasi unique producteur de dizaines d’autres métaux. Pire, certains pays sont en train de l’imiter.

Voici une petite revue des métaux dont le prix pourrait potentiellement exploser dans les mois à venir.

Qui seront les prochaines terres rares ?
Le rapport de l’USGS, la United States Geological Survey, publié en janvier sur l’état des marchés des métaux aux Etats-Unis et dans le monde a identifié un grand nombre de métaux “critiques”.

Pour la précision, un métal est “critique”, lorsque ses approvisionnements sont susceptibles d’être interrompus. Le problème peut venir d’un souci logistique, l’Etat n’ayant pas les moyens d’acheminer sa production vers les ports d’exportation par exemple. Il peut également être politique. L’Etat peut vouloir garder sa production pour ses usines, comme dans le cas des terres rares. Mais en remontant la source de la “criticité” d’un métal, un critère est déterminant : la concentration de la production.

Plus un métal est produit par un nombre réduit de pays, plus le risque que le problème logistique ou politique ne pèse sur les cours est grand.

L’USGS a ainsi passé au crible 80 métaux. Au menu des métaux dits “critiques” figure en bonne place une dizaine de métaux dont la production est extrêmement concentrée. Ils ont été divisés en deux parties. D’une part les métaux dont la production est concentrée par un seul pays (à gauche). D’autre part les métaux dont la production est concentrée par trois pays (à droite) :

% dans la production totale
par le premier producteur

% dans la production totale
par les 3 premiers producteurs

Métaux et minerais

%

Métaux et minerais

%

Yttrium

99

Yttrium

100

Niobium

91

Beryllium

99

Beryllium

87

Niobium

99

Rare Earths

86

Helium

98

Tungsten

85

Vanadium

97

Antimony

83

Rare Earths

96

Bismuth

81

Bismuth

96

Helium

78

Iodine

96

Mercury

75

Strontium

96

Platinum

72

Wollastonite

96

Nous savons que le marché de certaines terres rares est encore largement vulnérable. C’est le cas de l’yttrium et du niobium. L’USGS révèle également que la production des petits métaux comme le bismuth, l’hélium et le mercure est très (trop) concentrée.

Mais il s’agit de petits métaux, dont l’importance pour l’industrie n’est pas indispensable. En revanche, un autre métal critique est en train de devenir stratégique, c’est-à-dire indispensable, le tungstène.

Le tungstène ne sert pas que dans les ampoules
Le tungstène est proche en taille des marchés des petits métaux, puisque sa production tourne autour de 73 000 tonnes par an. Selon Patrice Christmann, responsable de la stratégie Ressources minérales au sein du BRGM, le bureau des ressources géologiques et minérales, un métal est considéré comme rare lorsque sa production tombe sous les 100 000 tonnes par an.

La Chine a produit 85% du tungstène dans le monde, soit 62 000 tonnes en 2012. Or l’empire du Milieu a récemment imposé des taxes à l’exportation. Son ambition n’est pas de faire monter les prix, mais bien d’utiliser ce métal pour créer des produits de plus hautes valeurs ajoutées, comme les alliages.

Les prix sont donc sur une voie ascendante. S’ils ont longtemps oscillé dans un canal 25-35 $, désormais, la norme est davantage 45-55 $ la tonne. Et les mesures chinoises ne risquent pas d’arranger les affaires des consommateurs étrangers.

Titre : Prix du tungstène sur 8 ans, tonne en dollar

Prix du tungstène sur 8 ans, tonne en dollar

Résister à cette hausse des prix conduirait logiquement à ouvrir de nouvelles mines dans le monde. Le problème est que les producteurs suivant la Chine, la Russie et le Kazakhstan, ne sont pas des modèles d’ouverture.

Ainsi pour les investisseurs qui sont tentés de jouer la hausse des prix du tungstène, seul le Canada est en train de voir les projets de nouvelles mines s’ouvrir.

Warren Buffett mise sur le tungstène
Le Canada produit 2 000 tonnes de tungstène par an, en partie grâce à North American Tungsten (TSXV : NTC). Il s’agit du seul pays sur lequel investir. Pour les plus joueurs, d’autres petites minières sont en train de développer de nouvelles capacités de production. Investir dessus pourrait constituer un pari audacieux, mais peut être payant dans les années à venir. EMC Metals’ (TSXV : EMC) est en train d’ouvrir une mine au Nevada par exemple.

Pour finir de vous convaincre de l’importance du tungstène, je me contenterai d’évoquer seulement le cas de la mine de Sangdong, en Corée du Sud. Cette mine, arrêtée il y a plusieurs années, est en train de reprendre vie grâce aux investissements de la minière cotée à Toronto Woulfe Mining (TSXV : WOF). L’année dernière, le groupe IMC a acquis 25% du capital de ce projet. Or IMC n’est autre qu’une filiale de Berkshire Hathaway, le fonds de Warren Buffett.

Le cas du tungstène est en train de devenir un cas d’école, à l’instar de ce qu’étaient les terres rares il y a 2 ans. Mais le tungstène n’est pas le seul métal à risque aujourd’hui. La Chine fait peser une épée de Damoclès sur un grand nombre d’autres métaux, comme l’antimoine, le vanadium ou encore le strontium.

Malheureusement, cette politique est en train de faire des émules, notamment en Inde.

L’Inde serre la vis du chrome
En début de mois, le gouvernement indien a publié sa National Steel Policy 2012, son document d’orientation sur le secteur de l’acier. Selon ses calculs, il s’attend à un bond de 228% de la demande d’acier entre 2012 et 2026. Soutenir les sidérurgistes indiens est donc au coeur de la politique du pays. Or un métal est indispensable à l’acier, le chrome.

Le chrome associé au fer permet de produire des aciers qui résistent davantage à la corrosion, et rajoute un fini brillant. Actuellement, l’Inde est le deuxième producteur de chrome au monde selon l’USGS, avec 3,8 millions de tonnes produites par an. L’Inde en exporte 400 000 tonnes. Or ces exportations ont commencé à baisser du fait des besoins des sidérurgistes à venir. New Delhi a déjà annoncé que les exportations seront réduites de 17,5% sur l’année. Actuellement au creux de la vague, une remontée des prix du chrome est prévisible dans les prochains mois.

Mon conseil
Comme dans le tungstène, les gisements alternatifs aux gisements indiens de chrome ne sont pas nombreux. Et comme dans le tungstène, les pays également producteurs ne sont pas des modèles de stabilité. Il s’agit de l’Afrique du Sud et le Kazakhstan.

Ainsi le Canada est une nouvelle fois la planche de salut de tous les sidérurgistes du monde entier. En particulier, c’est la région du “Cercle de feu” de la province de l’Ontario qui est en train d’être prospectée.

Une société minière est déjà impliquée dans la production de chrome, Cliffs Natural Resources (NYSE : CLF). Grâce à son gisement de Black Thor, la société pourra bientôt produire 2,3 millions de tonnes de chrome, soit bien assez pour satisfaire les besoins chinois. Petite précision toutefois, Cliffs est avant tout une compagnie impliquée dans le fer et le charbon, les deux éléments essentiels pour fabriquer de l’acier.

Pour les investisseurs qui recherchent une meilleure exposition au chrome, KWG Resources (TSXV : KWG) peut être une option. Toutefois cette petite compagnie est tout juste en train de développer ses gisements. Il faudra s’armer de patience.
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Bon investissement.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Un commentaire
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  1. Guy Galarneau sur 28 juin 2013 à 4:36

    J’aimerais avoir votre opinion sur Orbite aluminae inc

    Merci

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