Les marchés des matières premières viennent de vivre un mini-krach. Aidés dans leur chute par un raffermissement du dollar, l’indice RJ CRB des matières premières a perdu 7,9% en une semaine. Avant de rebondir fortement hier.
C’est l’argent et le pétrole qui ont sifflé la fin de la récré, avec une chute respective de 14% et 28% sur la semaine dernière. Le mouvement a ensuite fait tache d’huile et s’est étendu au sucre, au cuivre, à l’or, au nickel et au maïs. La céréale a suivi le mouvement, avec une baisse de 8% en une semaine.
Pourtant les matières agricoles se distinguent par leur modération. C’est particulièrement le cas avec le maïs. Comparé à l’argent (-25%), ou à l’étain (-13% en 5 jours), le maïs a peu corrigé.
C’est bien l’amplitude de ce mouvement qui est intéressante. Si certaines matières ont décroché fortement, d’autres ont simplement corrigé.
Il faut donc être capable de séparer le bon grain de l’ivraie. Or justement, le maïs est dans une dynamique haussière particulièrement forte, avec des fondamentaux très solides.
Une résistance “impressionnante” du maïs
Après le mini-krach des marchés, la Deutsche Bank s’est étonnée de la résistance du maïs. Cette résistance était même considérée comme “impressionnante vu les importantes positions à la hausse détenues par les investisseurs spéculatifs sur ce marché“. Ils n’ont pas lâché le maïs, contrairement au brut ou à l’argent.
En effet, le marché du maïs à Chicago n’a pas été gonflé à coups d’anabolisants financiers, comme c’était le cas en partie pour le pétrole ou certains métaux précieux.
La hausse sur plus d’un an des cours du maïs était saine, portée par des fondamentaux réellement haussiers.
2010 a déjà été une année record
En 2010, le maïs a pris +88%. La hausse a été particulièrement forte. Sur la même période, le blé a pris +49%, et le soja, +38%.
Cette dynamique, qui s’est poursuivie sur 2011, s’explique par ce qui est le fil rouge des matières premières depuis quelques années :
- faiblesse chronique des stocks ;
- forte demande des émergents et explosion de la demande “éthanol” ;
- offre qui a du mal à suivre.
+11% pour le maïs en avril
En avril, cette dynamique s’est encore accélérée. Pourquoi ?
Les investisseurs ont longtemps ignoré les problèmes d’inondations aux Etats-Unis. Puis soudainement, ils se sont réveillés.
Les retards pris dans les semis ont subitement été jugés inquiétants. En tant que premier producteur mondial de maïs et plus gros exportateur mondial, des retards mettent en effet en péril 29% de la production américaine de maïs.
En effet, impossible de semer : il pleut trop, la terre est détrempée. Les semis pourriraient immédiatement. Donc les agriculteurs attendent…
Les cours du maïs ont donc pris 11% pour le seul mois d’avril, avant d’être emportés par la déferlante de vendredi.
Mais le marché reste clairement orienté à la hausse.
Les inondations compromettent la récolte américaine
Aujourd’hui, tous les yeux restent braqués sur la Corn Belt.
Depuis que le rapport Crop Progress a révélé fin avril que seulement 13% des semis ont été semés, le monde agricole se demande comment les agriculteurs vont pouvoir rattraper le retard.
Pour vous donner un ordre de grandeur, 40% des semis étaient déjà semés les années précédentes à la même époque, selon l’USDA.
Les professionnels du secteur estiment qu’il faudrait des récoltes record en termes de rendement pour que la situation s’améliore. Or pour l’instant, le froid et l’humidité ne semblent pas disparaître.
Un marché déficitaire
Cette situation devrait conduire tout droit le marché vers le déficit.
Au niveau mondial, la production est attendue à 847 millions de tonnes. C’est tout de même une augmentation de 4,7% par rapport à l’année dernière.
Mais cette bonne progression ne devrait pas réussir à répondre à la demande mondiale. Celle-ci devrait s’établir à 854 millions de tonnes.
Le marché va encore une fois rester en déficit cette année.
Et cette fois-ci, la faiblesse des stocks ne permettra pas de les ponctionner pour satisfaire la demande. Et ça, c’est un élément de stress majeur pour les marchés.
Les stocks reviennent à leur niveau de 2008
Les stocks mondiaux de maïs ont fortement baissé depuis l’année dernière, passant de 119 millions de tonnes à 111 millions de tonnes.
Dans leur ensemble, tous les stocks céréaliers mondiaux sont sur le déclin. Ils devraient retrouver leurs niveaux de 2007-2008 une fois la saison 2010-2011 achevée.
Aux USA, le stock atteint un point bas depuis 1995/96. Ce qui fait tomber le ratio stock/consommation à 5,5%. Autrement dit, l’Oncle Sam n’a que 20 jours de maïs en stock.
La Chine bientôt importatrice
Un malheur n’arrivant jamais seul, la Chine devrait augmenter ses importations de maïs.
Longtemps exportatrice, la sécheresse actuelle qui frappe la Chine pourrait avoir raison de la relative auto-suffisance chinoise en maïs.
Ses importations devraient passer de 1,296 million de tonnes à 1,5 million de tonnes en 2011 selon l’USDA.
Les importations pourraient même atteindre les 2 millions de tonnes selon le consultant international en agriculture John C. Baize and Associates.
Mon conseil : achetez du mais sur tout repli.


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