Jouez le 3e printemps de hausse du sucre

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La US Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain des marchés des matières premières, vient d’annoncer que les positions longues des investisseurs sur le marché du sucre avaient augmenté de 60% en une seule semaine.

Cette augmentation des positions est un signal clair : les investisseurs anticipent une tendance haussière sur le marché du sucre.

Le sucre évolue près du niveau de sa résistance, autour de 23-24 cents la livre :

Or sur les deux dernières années, les premiers mois ont toujours été propices à des flambées des cours. Après un pic à 0,30 cents début 2010, et 0,33 cents début 2011, les cours en ce début d’année pourraient ainsi rapidement atteindre des niveaux équivalents. Soit une hausse de 25% en prévision !

Pourquoi ?

Parce qu’un scénario similaire aux deux années précédentes est en train de se reproduire.

C’est le moment ou jamais de vous positionner.

Une production qui peine à remonter
L’année dernière, le Brésil a pris conscience que son agriculture sucrière arrivait à bout de souffle.

L’âge moyen des cannes à sucre, au-dessus de cinq-six ans, condamne le pays à une baisse des rendements d’année en année. C’est pourquoi la présidente brésilienne Dilma Rousseff a annoncé un vaste plan de modernisation des plantations l’année dernière.

Le problème, c’est que replanter de nouvelles cannes prend du temps. En attendant, le Brésil est à la merci de perturbations météorologiques.

Or c’est exactement ce qui est en train de se passer.

Sécheresse au sud, humidité au centre
C’est le scénario que le Brésil est une nouvelle fois en train de vivre. Or pour que sa production de sucre soit dynamisée, il faudrait de la sécheresse au centre, et de l’humidité au sud. Tout l’inverse !

Malheureusement, ce phénomène météorologique commence à être connu, il s’appelle La Niña.

Nous avons déjà eu l’occasion de parler de ce phénomène. Il a déjà endommagé 30% des récoltes argentines, et créé de fortes tensions sur le marché du maïs et surtout du soja.

Or la sécheresse en Argentine a contraint l’humidité à se maintenir sur le Brésil. Cette abondance de pluie pourrait faire des ravages sur les plantations de cannes à sucre du centre sud. Cette région produit 90% du sucre brésilien.

Déjà l’année dernière, ces pluies n’avaient pas permis à cette région, pour la premières fois en 10 ans, à augmenter sa production.

Avec la répétition de ce scénario, l’année 2012 promet d’être également à haut risque pour les régions productrices.

Un mois d’attente à l’entrée des ports brésiliens
En plus d’une dégradation de la production brésilienne, les pluies pourraient également perturber le timing de la récolte. Celles-ci ne pourraient commencer que début mai.

Ainsi, comme l’année dernière, il risque de se former tout le mois d’avril des embouteillages de vraquiers autour des ports brésiliens, ces bateaux attendant vainement les premières cargaisons de sucre.

Cette attente risque de peser sur les cours du sucre. D’autant plus que les autres producteurs ne sont pas encore capables de compenser ces retards.

L’Inde n’est pas prête à prendre le relais
L’année dernière, c’est vers l’Inde que les consommateurs se sont tournés. Le pays est le deuxième producteur de sucre au monde. Et sa montée en puissance a fait espérer qu’il prendrait le relais du Brésil.

Pourtant, il est encore trop tôt pour se tourner vers l’Inde.

En 2010, l’Inde produisait à peine plus de 50% de la production brésilienne, à 17,3 millions de tonnes, contre 35,8 pour le Brésil. Et ses perspectives d’évolutions restent lentes. La production indienne est encore trop vulnérable aux phénomènes de la mousson. Surtout, sa production reste faiblement modernisée, ce qui limite ses gains de productivité d’une année sur l’autre.

Enfin un dernier point pourrait conduire le sucre à décoller cette année, la concurrence de l’éthanol.

Les Etats-Unis externalisent leur production d’éthanol
Depuis le 1er janvier 2012, le Congrès des Etats-Unis ne verse plus d’aides aux producteurs d’éthanol.

Le Congrès s’est enfin rendu compte que la production d’éthanol à base de maïs d’une part réduisait les volumes de maïs disponibles sur les marchés alimentaires (40% de la production américaine était destinée aux biocarburants) et d’autre part n’aidait pas efficacement à réduire les émissions des CO2 liées au transport.

Le paradoxe, c’est que les Etats-Unis ont conservé leurs ambitions environnementales. Les constructeurs de voitures sont toujours contraints de produire des moteurs toujours moins polluants.

Ce qui signifie que la demande en éthanol va continuer à progresser. Simplement, le carburant sera importé.

Devinez d’où ? Du Brésil !

Pour se préparer à cette nouvelle demande, la BNDES, la Banque brésilienne de développement, a décidé en juin dernier d’accorder des prêts pour un montant de 22 milliards de dollars aux acteurs de l’éthanol. Objectif, booster la production.

Mon conseil
Avec la baisse des rendements brésiliens et la baisse de la part des plantations destinées à l’alimentaire, les cours du sucre sont actuellement en train de se redresser. Ils ont pris 4,7% depuis le début d’année.

Dans les semaines à venir, si les perturbations du marché brésilien venaient à se confirmer, la situation pourrait se tendre jusqu’en mai, pour la période du ramadan.

Pour profiter de toute hausse des cours dans les semaines à venir, je vous conseille de vous positionner sur un producteur de sucre non-brésilien. Une compagnie américaine productrice de sucre comme Alexander & Baldwin pourrait ainsi profiter de cette situation.

Une autre idée d’investissement est de se positionner sur un producteur d’éthanol au Brésil. Des sociétés comme Cosan font actuellement figure d’ExxonMobil de l’éthanol.

En attendant, gardez un oeil sur la météo brésilienne.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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