La chute de la Grèce ferait office, comme Lehman en son temps, de déclencheur d’une nouvelle dépression des marchés.
C’est bien l’analyse que font nombre d’investisseurs, alors que l’étau se resserre autour d’Athènes. Le dernier fait inquiétant en date est la dégradation de 16 banques espagnoles par Moody’s. L’agence de notation vient couronner une série de mauvaises nouvelles, après l’échec des dernières élections en Grèce et la publication par Bruxelles de mauvaises prévisions de croissance. Car de croissance, il n’y a aucune trace. La récession plane à nouveau sur l’Europe, avec un recul du PIB de 0,3% pour 2012 pour la Zone euro. La France n’échappe pas à la dégradation des prévisions, avec, selon Bruxelles, une croissance de 0,5% pour 2012 contre 2% prévus auparavant.
La mauvaise passe que nous traversons actuellement pourrait durer jusqu’à fin juin. Le 17 juin pour être exact. La Grèce organisera à cette date de nouvelles élections. Et ces élections pourraient bien se transformer en référendum pour ou contre le maintien dans la Zone euro. Après une première phase centrée sur l’équilibre des budgets européens, une deuxième focalisée sur la solidité des banques, nous allons peut-être rentrer dans une troisième phase, celle de la viabilité de l’ensemble de la zone.
La Grèce fait le tour du monde
Les investisseurs sont particulièrement inquiets car la sortie de la Grèce commence sérieusement à se matérialiser. Après le Bank run, la fuite des capitaux, le vote du 17 juin pourrait sonner le glas de l’intégration européenne de la Grèce.
Les institutions d’ailleurs s’y préparent. Le FMI a suspendu ses aides à la Grèce, et l’Union européenne attend désormais d’y voir plus clair pour reprendre le contact avec Athènes. De leur côté, les Grecs pourraient vouloir expulser définitivement les nervis de la Commission européenne, identifiés de plus en plus aux politiques de rigueur imposées par l’Europe, en votant pour les extrêmes le 17 juin. Le peuple grec pourrait alors rappeler que, comme le dit Alain Joxe directeur d’études à l’IHESS, “l’esclavage pour dette” était déjà combattu pendant l’antiquité.
Face à un choc grec, nul doute que les Etats agiront. Pour Sylvain Boyer, adjoint chef économiste chez Natixis, “l’imminence d’un défaut grec renforce la probabilité d’un LTRO”, soit une injection monétaire en Europe. La situation est similaire aux Etats-Unis. A la question “les Etats-Unis pourront-ils échapper à un QE3″, Cécile Chevré, dans la Quotidienne d’Agora, répond sans ambages “non”. Selon elle, cette troisième relance monétaire pourrait intervenir après les élections américaines en fin d’année.
Avec les manifestations de plus en plus visibles du ralentissement en Chine, au Brésil et en Inde, ce mois de mai s’avère définitivement dangereux.
Les matières reflètent bien la déprime actuelle. L’agriculture a toutefois surpris tout le monde cette semaine, en effectuant un rebond parfois à deux chiffres.
Les métaux en chute libre
Le cuivre ne pouvait résister à l’ambiance dépressive de cette semaine sur les marchés. Le métal a perdu plus de 3,08%. Surtout que la menace d’une grève longue au Pérou a vite été écartée après qu’un accord a été trouvé sur les retraites.
Moins financiarisé, donc moins réactif, l’aluminium a bien résisté, avec une hausse de 1%. L’annonce d’une réduction de la production de Rusal, le géant de l’aluminium russe, a calmé le marché. Ensuite, les fondamentaux se sont révélés étonnement bons. Comme le souligne l’analyste du marché Harbor Intelligence : “la demande physique pour l’aluminium brut s’est améliorée en Chine et aussi aux Etats-Unis”
Si le plomb et l’étain viennent quant à eux de traverser un trou d’air, la panique sur le marché des métaux reste exagérée. Ainsi la banque Macquarie est venue apporter un peu d’optimisme la semaine dernière. Le service recherche de la banque a expliqué que les fondamentaux des métaux ne justifiaient pas une telle baisse. Pour la banque, la correction actuelle doit même être considérée comme une opportunité d’achat, car le troisième trimestre 2012 pourrait sonner l’heure de la reconquête des métaux.
Les métaux précieux toujours boudés
L’or vient de toucher son plus bas niveau de l’année, à 1 550$ l’once. La chute du métal jaune continue de surprendre, alors que la situation en Europe se dégrade. “C’est certainement le résultat d’une amélioration de la confiance dans le dollar, qui en fait actuellement l’actif de qualité”, analyse Jeffrey Currie de Goldman Sachs. Pourtant la santé chancelante des Etats-Unis pourrait rapidement inverser la tendance, et amener les spéculateurs à revenir sur l’or contre le dollar.
Une hausse de l’or est donc probable, surtout que la demande physique se porte bien. Selon les derniers chiffres du FMI, les Banques centrales ont ajouté près de 58 tonnes d’or dans leurs coffres en mars. Le FMI lui-même a déclaré qu’il avait l’intention de renforcer ses réserves en or pour faire face à l’augmentation des risques.
Sur les platinoïdes, si les analystes préfèrent toujours le palladium au platine, la banque Macquarie a prévenu que la hausse des coûts de production dans les mines sud-africaines devrait permettre au platine de résister sur l’année.
L’agriculture a contre-courant
Le blé a explosé depuis une semaine, avec un gain record de quasiment 19%. Ce sont les craintes d’une sécheresse en Russie qui ont rallumé les craintes sur l’approvisionnement du marché. Le blé était déjà sur les écrans radar des investisseurs, alors que l’USDA avait prévu une division par deux de la récolte ukrainienne.
Le maïs et le soja, après leur baisse inattendue de la semaine dernière, ont vite rebondi, et retrouvé leurs niveaux d’avril. Le maïs a rebondi classiquement sur les 6$ le boisseau, et est reparti à la hausse.
Le marché du soja a, quant à lui, bénéficié de prévisions plutôt stables à moyen terme. Alors que l’Argentine a l’intention d’augmenter sa production pour la saison 2012-2013, avec une hausse de 11% des semis, l’augmentation attendue des importations chinoises maintiendra une forte demande sur le marché. Toutefois, c’est toujours la météo qui aura le dernier mot sur les cours en 2013.
Le pétrole continue de baisser
En chute libre depuis deux semaines, le pétrole a surréagi devant l’accélération de la crise européenne. Ainsi le Brent est tombé en dessous des 110$, sous le double coup du ralentissement de l’activité industrielle en Europe et dans les pays émergents. Le WTI perd encore 3% de son côté.
Note discordante, l’Agence internationale de l’Energie (AIE) a prévenu que la demande de pétrole est en train de redémarrer. L’augmentation de la consommation de 1,2 million de barils cette année pourrait soutenir les cours.
La Russie rallume l’inquiétude sur le blé
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 11 mai 2012 |
Vendredi 18 mai 2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 031 | 2 055 | 1,18% |
| Cuivre* | 7 990 | 7 744 | -3,08% |
| Plomb* | 2 064 | 1 957 | -5,18% |
| Nickel* | 17 055 | 17 140 | 0,50% |
| Etain | 20 300 | 19 425 | -4,31% |
| Zinc* | 1 931 | 1 919 | -0,62% |
| Acier (Méditerranéen) * | 464 | 429 | -7,54% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
94,8 | 91,48 | -3,50% |
| Or (spot Comex) | 1 573 | 1 589 | 1,02% |
| Argent spot Comex) | 28,47 | 28,43 | -0,14% |
| Platine (spot Comex) | 1 457 | 1 464 | 0,48% |
| Palladium (spot Comex) | 594 | 613 | 3,20% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
5,97 | 7,10 | 18,93% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
5,80 | 6,41 | 10,52% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
13,86 | 14,20 | 2,45% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois
[N'oubliez pas que nombre de matières premières sont condamnées à devenir de plus en plus rares – ce qui pourrait fortement pousser leur prix à la hausse – quasiment du jour au lendemain ! Ce phénomène fulgurant a un nom : "l'effet 5 dernières minutes" : découvrez à quoi vous attendre pour votre quotidien et comment profiter de cet effet 5 dernières minutes...]


Laissez un commentaire