Découvrez l’arme secrète de Sharp

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Le Japon ne fait plus recette. Cette année, les anciennes gloires japonaises des années 1990 n’ont eu de cesse d’annoncer des résultats en chute libre. Panasonic devrait encore enregistrer 10 milliards de dollars de pertes sur l’année fiscale, alors que Sony a une nouvelle fois annoncé des pertes pour son deuxième trimestre de l’année fiscale. De même, le chiffre d’affaire de Nintendo a fondu en à peine deux ans. Sharp n’a bien entendu pas été épargné. Le brillant inventeur des téléviseurs à cristaux liquides (LCD) prévoit une perte nette de 450 milliards de yens (5,45 milliards de dollars) sur l’exercice fiscal.

Les Echos rappelaient ce matin que selon Richard Katz, l’éditeur de l’Oriental Economist Alert, entre 2000 et 2010, la production d’électronique japonaise a plongé de 41%. Pourtant ce serait aller un peu vite que d’enterrer ces géants, qui ont démontré, nonobstant leurs récentes pertes, leur capacité à innover ces dernières années.

C’est notamment le cas de Sharp qui vit actuellement la fin de cycle du marché de l’écran plat. Ce mois-ci, le constructeur a dévoilé son plan de reconquête du marché : le lancement de la nouvelle génération d’écrans, les écrans IGZO.

Leur particularité, un alliage de métaux unique au monde, décuplant les performances des écrans. Mais le pari de Sharp est risqué, car un de ces métaux est une denrée rare.

Aujourd’hui, je vous propose d’investir sur l’indium, la clé de la renaissance de Sharp.

L’indium rend plus clair
La technologie IGZO est basée sur des semi-conducteurs constitués d’indium, de gallium et d’oxyde de zinc. Grâce à cet alliage unique, Sharp peut ainsi offrir une image de très haute définition, tout en améliorant la sensibilité des écrans et en réduisant leur consommation d’énergie (comparé aux écrans LCD).

Ces performances ont notamment attiré le producteur de semi-conducteur américain Qualcomm, qui pourrait investir près de 10 milliards de yens prochainement dans le Japonais pour obtenir la clé de cette technologie.

Cette fameuse clé, c’est l’indium. Il devient transparent au contact de l’oxygène lorsqu’il est sous forme d’oxyde. Associé à sa forte conductivité électrique, le métal a envahi en un éclair nos téléphones et nos écrans plats pour les rendre plus nets et plus intelligents. Grâce à ces propriétés, l’indium devrait à l’avenir être de plus en plus utilisé dans l’électronique mobile ou des technologies avancées de semi-conducteurs, voire les LED ou les OLED. Vous l’avez compris, depuis quelques années, l’indium est devenu l’alpha et l’oméga des nouvelles technologies. Le problème, c’est que ses réserves sont particulièrement faibles.

L’indium, indispensable mais rare
Devant l’explosion de la demande en indium avec le décollage de l’industrie électronique, les prix ont décollé brutalement à partir de 2004.

Prix de l'indium

La raison est simple, les mines n’ont pas su répondre à l’explosion de cette demande. Pire, l’Europe a accentué sa dépendance à l’international lorsque Metaleurop, le premier producteur d’indium européen, a fermé brutalement en 2003. Résultat, les concurrents de Metaleurop ont accru leur part de marché, au premier rang desquels la Chine.

La Chine, encore et toujours
L’indium fait parti des 14 métaux identifié comme “critiques” par la Commission européenne l’année dernière. Ces métaux sont classés selon leur disponibilité (stabilité politico-économique des pays producteurs, niveau de concentration de la production, possibilités de substitution…) et les conséquences de leur exploitation sur l’environnement.

Un point a amené la Commission européenne à s’intéresser à l’indium, le rôle dominant de la Chine sur ce marché. Pékin produit 50% de l’indium dans le monde, ce qui a poussé l’institution à tirer la sonnette d’alarme.

Les investisseurs se sont alors penchés à nouveau sur les mines d’indium en Europe.

L’Europe réamorce sa politique minière
A la question faut-il rouvrir les mines [en France], Jack Testard et Michel Bonnemaison répondent “c’est évident”. Paru dans un article du Monde en octobre dernier, cette citation mettait bien en exergue l’optimisme des mineurs pour le potentiel français.

Les deux anciens du BRGM expliquaient ainsi que qu”il existe des gisements métalliques exploitables sur notre territoire”, et qu’il était même possible de trouver des métaux stratégiques, “comme l’indium ou le germanium. Et avec de bonnes teneurs, en plus !” La pénurie d’indium qui se profile pourrait donc avoir des conséquences jusqu’en France. Mais avant de vous conseiller d’investir sur une micro minière au fond de la Bretagne, j’ai repéré pour l’instant une valeur beaucoup plus sûre… venue de Belgique.

Mon conseil
Le mineur Nyrstar, coté à Bruxelles, est spécialisé dans la production de zinc. Or de l’aveu même de ses dirigeants, Nyrstar est un “petit producteur” comparé aux grosses minières de zinc dans le monde. Ainsi la société a décidé de se spécialiser dans l’exploitation des sous-produits du zinc. Or un des principaux sous-produits du zinc n’est autre que l’indium !

Début 2011, Nystar a donc annoncé la réouverture d’une mine de zinc et d’indium, sur le site d’Auby, en France. Nyrstar possède depuis septembre 2012 la capacité de produit 40 tonnes “d’or gris” par an.

Alors que la demande d’indium pourrait rapidement faire retourner les prix vers les 800$ le kilo, la part de son exploitation dans le résultat de Nyrstar pourrait rapidement décoller. Il est temps de garder un oeil sur ce titre prometteur.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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