Après avoir rédigé l’article que vous venez — peut-être — de lire sur les conséquences de dégradation de la note souveraine de la France, j’ai eu comme un coup de déprime. Je me suis donc rendue à la machine à café du bureau où je me suis jetée sur les chocolats et les spéculoos rapportés par une de mes collègues de son récent week-end à Bruxelles. Manifestement pas la seule à être attirée par les délices belges, j’y ai découvert d’autres rédacteurs des Publications Agora, consolant une légère dépression dans les calories et la caféine.
Que voulez-vous, le temps est gris, les nouvelles économiques moroses, la crise de l’euro refait parler d’elle alors qu’aucun accord sur le versement de la nouvelle tranche d’aide à la Grèce n’a été trouvé… Bref, nous déprimons un peu. Et comme à chaque fois que le moral est au plus bas, nous avons tendance à nous parler de ce que nous aimerions faire en cas de faillite de la France. Eh bien figurez-vous que la plupart d’entre nous ont plus ou moins sérieusement réfléchi à ce que nous souhaiterions faire pour gagner notre vie dans un monde post-crise économique apocalyptique.
Certains veulent se reconvertir dans le vin (on aura toujours besoin d’alcool et in vino veritas), dans l’agriculture… et quant à moi… je me mets à rêver de posséder mon propre potager, voire — depuis un récent séjour dans la région de Chavignol — un élevage de chèvres dans le but de produire de délicieux petits fromages. Je pourrais même faire l’acquisition de quelques chèvres cachemire qui me permettraient d’arrondir mes fins de mois en tricotant de douillets cache-nez, bonnets, mitaines et écharpes…
J’en étais là dans mes sombres réflexions sur le déprimant cours du monde quand je suis tombée sur un article du Figaro : le National Geographic a lancé un jeu concours dont le gros lot est un véritable abri anti-atomique. Le gagnant se verra livrer un magnifique abri en béton capable de l’accueillir avec quatre autres candidats à la survie post-apocalyptique.
Une sacrée bande d’illuminés, certes… Mais dans des temps d’incertitudes, le réflexe de l’humain urbanisé est d’assurer sa survie, en particulier alimentaire. De plus en plus de Français se mettent donc à rêver de posséder un petit bout de terrain, et d’y faire pousser haricots, tomates, courgettes et pommes de terre.
Jardin à la française
Le jardinage est une passion toute française. Alors que depuis les années 1990, les dépenses des ménages consacrées à la jardinerie (et aux animaux, les deux étant liés dans les statistiques de l’Insee) avaient tendance à baisser, elles se sont repris depuis la toute fin des années 2010, passant de 11,9% des dépenses culturelles en 2000 à 13,9% en 2010.
De manière générale, la maison — dont le jardin — est le deuxième poste de dépense après l’alimentation.
Près de 80% des Français disposent d’un espace de “jardinage” dans leur résidence principale, que cela soit un jardin, une terrasse ou un balcon pouvant recevoir des plantations. Et 72% ont dans leurs critères principaux pour le choix d’un logement la présence d’espace vert.
Comment expliquer un tel engouement ? J’en parlais plus haut, la passion du jardinage est en partie explicable par la crise et des besoins économiques.
A cela s’ajoute évidemment une prise de conscience écologique et environnementale. Le développement de l’agriculture biologique ou raisonnée ainsi que de l’agriculture de proximité en sont la preuve. Et nombre de Français se sont convertis aux joies du potager dans l’espoir de nourrir — du moins en partie — leur famille avec des produits “sains” et de saison. Parmi mes amis, trentenaires et nouvellement parents, c’est même parfois devenu une passion. Ils discutent rempotage, vous font visiter leurs plantations et sont devenus amis avec le voisin d’à côté, 80 ans au compteur, mais grand spécialiste des petits pois devant l’Eternel.
Des plants en or
Cet engouement peut paraître anecdotique. Il n’en est rien… même en termes économiques. Entretenir un jardin coûte cher : graines, plants, fertilisants, engrais, insecticides, outils et appareillages diverses et variés, des gants de jardinage au système électronique d’arrosage. Le jardin est un marché qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
D’autant plus que les particuliers ne sont pas les seuls à être épris de nature et de plantation. Les collectivités locales sont elles aussi de grosses consommatrices. Pas une petite ville qui ne cherche à obtenir le label de “ville fleurie” grâce à des parterres ou des rues fleuries ?
Le marché français du jardinage pèse donc un peu plus de 7,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010.
Comment investir autrement dans le potager ?
Une étude réalisée par le cabinet d’analyse Xerfi-Precepta démontre que si la croissance du secteur a atteint 2% l’année dernière, elle devrait culminer à 1,5% cette année.
Comment expliquer ce tassement alors que médias, études et statistiques nous serinent que les Français, rendus casaniers par la crise et inquiets pour leur qualité de vie, se réfugient dans les valeurs sûres telles que le rempotage ?
Eh bien, tout d’abord, par la crise. Nombre de Français ont l’impression de voir s’effriter leur niveau de vie.
Même chose pour nombre de collectivités locales qui cumulent les problèmes financiers : moindres rentrées fiscales, montée de l’endettement, voire pertes financières importantes liées à des investissements spéculatifs à haut risque. Obligées de faire attention à leurs dépenses, elles ont tendance à moins fleurir leurs ronds-points.
Certaines entreprises du secteur ont donc de plus en plus de mal à s’en sortir. En avril dernier, Compo France, fabricant et distributeur de compost et d’engrais — dont Algoflash — devait supprimer 71 emplois. En cause, la baisse importante de la consommation d’engrais en France.
Cependant, essoufflement ne veut pas dire crise du secteur. Loin de là, n’oubliez pas que la croissance est quasi nulle et que 1,5% de croissance dans un environnement à 0% ou 0,4% c’est très bien.
Les distributeurs s’efforcent de relancer les ventes, en particulier en prenant le tournant d’Internet. Le marché de la distribution est en effet largement dominé par les grandes surfaces de bricolage (Leroy Merlin, Bricorama…) qui représentent 29% des ventes, puis par les grandes surfaces alimentaires (comme Carrefour, Auchan, avec 21% du marché), les jardineries (20%).
S’il y a un point sur lequel, ce marché de la jardinerie est très en retard, c’est l’e-commerce – qui ne représente qu’1,5% des ventes. Gamm Vert, propriété de la coopérative InVivo, malheureusement non cotée, le numéro un français des jardineries, vient donc de mettre la main sur le site plantes-et-jardins.com, premier site français d’e-commerce spécialisé dans le jardinage et qui affiche un chiffre d’affaires de 12,5 millions d’euros en 2011 et peut se prévaloir d’1,5 million de visiteurs uniques par mois.
Les distributeurs ne sont donc pas intéressants mais il existe une autre piste plus alléchante : l’outillage.
Le groupe français Exel Industries (FR0004527638 - EXE), leader mondial des techniques de pulvérisation de précision, vient d’acquérir Hozelock, numéro un de l’arrosage en Grande-Bretagne et qui pouvait se targuer d’un chiffre d’affaires annuel de 95 millions d’euros. Exel Industries a quant à lui annoncé, un chiffre d’affaires annuel record à 525,4 millions d’euros (+22,3% sur un an) et poursuit une active politique de rachats et de diversification.
La direction d’Exel Industries a justifié le rachat de en expliquant : “Le marché grand public est moins sensible aux variations conjoncturelles que l’agriculture ou l’industrie. Cette acquisition nous permet donc de maintenir une croissance rentable et durable sur le long terme”. Preuve que le secteur du jardin est loin d’être mort et continue de produire de belles pousses.
Exel nous semble donc une société intéressante pour ceux d’entre vous qui veulent faire entrer du vert en portefeuille.
Première parution dans la Quotidienne d’Agora du 21/11/2012


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