La course aux terres rares est lancée !

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Avons-nous encore besoin des terres rares chinoises ?

La question peut apparaître incongrue, les pays développés étant habités depuis l’année dernière par un besoin frénétique de forer. Objectif, produire des terres en dehors de Chine.

Pourtant un pays a montré la voie : le Japon. En 2009, Tokyo avait subi les foudres de Pékin après un accrochage en mer entre deux navires. Les exportations de terres rares vers le Japon s’étaient alors considérablement taries, geste qui avait été considéré comme des représailles de la part de Pékin.

Actuellement, alors que Tokyo est à nouveau à couteaux tirés avec Pékin sur la même question, le pays est moins vulnérable. Tout simplement parce que le pays compte pour moins de 50% sur la Chine pour ses approvisionnements, contre 90% en 2009.

Le Japon a réussi à s’extraire des griffes du dragon, nous verrons comment. L’essentiel est que des solutions de remplacement existent. Même si aucune n’est pour l’instant la panacée.

C’est pourquoi miser sur les terres rares reste risqué. Par contre, les gains pourraient être gigantesques pour vous !

Recherche terres rares désespérément
Tel pourrait être le leitmotiv des politiques minières de la grande majorité des pays développés. Depuis un an, les grandes capitales soulèvent le moindre recoin de terres de leur territoire dans l’espoir d’y découvrir quelques grammes de terbium, niobium ou dysprosium. L’objectif, est simple, diversifier la production et retrouver une autonomie face à la Chine.

Nouveaux projets miniers de terres rares à travers le monde

Source : BRGM

D’abord, ce sont les Etats-Unis qui ont réagi en réactivant leur mine de Mountain Pass en Californie. Puis l’Australie s’est réveillée à son tour, et a remis en fonction une de ses mines dont le minerai sera traité en Malaisie.

Ensuite, c’est l’Europe qui s’est mise à fouiller son sous-sol. En Allemagne, la région de la Saxe est devenue un haut lieu de la recherche en terres rares. Le Groenland envisage également d’accorder des licences d’exploitations minières. En France même, pourtant peu consommatrice, les nodules polymétalliques (concrétions rocheuses au fond des océans) commencent à être sondés.

La substitution, l’eldorado ?
Deux autres solutions ont été choisies par les Etats consommateurs. C’est peut-être là qu’ils feront la différence avec la Chine.

▪ Le recyclage

C’est la voie qu’a choisi le Japon. En mars dernier, Honda a annoncé le recyclage des batteries de ses modèles hybrides et électriques, très consommatrices en terres rares. Premier constructeur automobile à s’engager sur cette voie, le Japonais a déclaré un taux de recyclage de 80%.

Pourtant comme le rappelle au Monde John Seaman, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), “ce recyclage coûte très cher, alors que les prix du marché devraient baisser“. Pire, les compagnies les plus efficaces et les moins chères dans le recyclage ne se trouvent pas au Japon… mais en Chine !

▪ La substitution

Devant la hausse des prix et les risques politiques des terres rares, les industriels ont lancé ces dernières années des recherches pour consommer le moins de terres rares possibles.

Rhodia est s’engagé dans la récupération des terres rares contenues dans les ampoules et les batteries. Enfin General Electric (GE) met en avant la faible consommation de ses éoliennes en terres rares. Le remplacement des terres rares par d’autres métaux est également une piste recherchée. Honda a commencé à travailler sur des moteurs sans aimants.

Les terres rares vont rester essentielles
On peut se demander pourquoi tant de projets ont vu le jour, alors que les prix des terres rares ont fortement baissé pendant l’été 2011.

Indice des prix des terres rares de Bloomberg

Voici deux raisons qui permettent de répondre :

▪ “On ne se fera pas avoir deux fois !”

C’est à mon avis la réponse que font actuellement les gouvernements du monde en entier face à cette question. Rappelez-vous, c’est l’argument des prix qui avait poussé les Etats-Unis à laisser la Chine s’emparer du marché des terres rares dans les années 1990. Aujourd’hui, après 10 ans de dépendance envers la Chine, les gouvernements ne vont pas recommencer la même erreur. Ils soutiendront vaille que vaille les minières non-chinoises.

▪ Certains de ces métaux vont rester indispensables

C’est notamment le cas des terres rares “lourdes”. La décision est passée relativement inaperçue, mais lors de l’inflexion de la politique chinoise de quotas au printemps dernier, la Chine a créé de nouveaux quotas. Ainsi ceux de terres rares “lourdes” sont gérés dorénavant de manière différente des quotas terres rares “légères”. Or les quotas des lourdes sont restés extrêmement faméliques. Et c’est normal, ce sont ces terres rares les plus chères et les plus stratégiques !

Par exemple, le néodyme est une des terres rares “lourdes”. Or ce métal est à la base de la construction des éoliennes et des voitures électriques !

Mon conseil
Le marché des terres rares constitue plus que jamais une opportunité pour les investisseurs, car rappelez-vous, la demande en terres rares augmente toujours de 6% par an. Cependant, il s’agit de miser sur la bonne minière… voire sur la bonne terre rare !

Ce sont d’abord les producteurs de terres rares “lourdes” qui profiteront de la hausse du marché. Ainsi une minière comme Quest Rare Minerals pourrait à l’avenir profiter de la hausse du marché. Cette minière canadienne est en train de développer un gisement au Canada dont 30% des ressources seraient des terres rares lourdes.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

2 Commentaires
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  1. Je souhaiterais juste faire une petite rectification à l’article publié :
    Le Néodyme (Nd) n’entre pas dans la catégorie terre rare “lourde” mais plutôt “légère”.
    Etant donné que certaines de vos sources viennent du BRGM (i.e. carte projets miniers dans le monde), vous pouvez toujours vérifier auprès d’eux s’il vous venait un doute quant à ma rectification. Mais le BRGM n’est pas la seule source qui vous confirmera mes dires !!

  2. Un oubli.
    Terres rares dites lourdes “lourdes” :
    Terbium, Dysprosium, Erbium, Holmium, Thulium, Ytterbium, Lutetium, Yttrium
    Celui dont vous vouliez certainement parler est le Dysprosium qui est ajouté au Nd dans les aimants pour des raisons de température de Curie, d’augmentation de coercivité magnétique et d’un léger mieux à la résistance à la corrosion. Cet élément se trouvera en déficit de production dans un futur proche, tout comme le Terbium et l’Europium (qui lui est une terre rare dite “médium”).

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