Chroniques émergentes : la Chine a faim de terres

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Au Moyen Age, être “sans terre” n’avait rien d’une marque d’estime. Pensez à ce pauvre Jean sans Terre – qui a inspiré la personne du mauvais prince Jean dans Robin des Bois. Il a commencé sa carrière en perdant le duché de Normandie et l’a conclue avec une révolte de la noblesse contre lui.

Devra-t-on bientôt affubler la Chine de ce sobriquet de sans terre ? Allons bon, me direz-vous, la Chine ne manque pas de terres. Avec 9,5 millions de km2 de surface, l’empire du Milieu ne manque pas de place pour s’ébattre – et pour loger ses 1,3 milliard d’habitants.

Peut-être pas pour les loger effectivement, mais pour les nourrir, c’est une toute autre affaire. La Chine représente environ 9% des terres arables de la planète… mais doit nourrir environ 20% de la population mondiale (estimée à 7 milliards d’individus).

Ajoutez à cela que la surface de terres arables disponibles en Chine tend à s’amoindrir. Plusieurs facteurs entrent en jeu :

  • Le premier d’entre eux est l’urbanisation croissante qui empiète sur les campagnes, grignote champs, vergers, potagers. Depuis 1997, c’est 8,2 millions d’hectares de terre qui ont ainsi disparu, recouverts par des centres commerciaux, des zones industrielles, des routes et des immeubles.

  • Le second facteur est la pollution. Après des décennies de désintérêt presque total pour les conséquences de son développement sur l’environnement, l’empire du Milieu prend progressivement consciences des néfastes entraînés par l’exploitation de son sous-sol et de son industrialisation galopante.

Une enquête diligentée par Pékin en fin d’année dernière révélait que 10% des terres arables étaient polluées par des métaux lourds (mercure, plomb…). De manière générale, 37% de ces terres seraient “dégradées”, c’est-à-dire polluées, soit, comme nous l’avons vu, par des métaux lourds, soit par l’utilisation industrielle d’engrais.

Or c’est un fait qui ne vous aura pas échappé si vous êtes un lecteur régulier de nos chroniques des émergents, les Chinois bouleversent leurs attitudes alimentaires et sont en train de devenir des carnivores convaincus. Pour élever porcs, veaux et poulets qui finiront dans leurs assiettes, il leur faut non seulement des surfaces de plus en plus étendues dédiées à l’élevage mais aussi suffisamment de céréales pour engraisser les futurs sacrifiés à l’appétit carnivore de l’empire du Milieu.

Et pour cela, il faut toujours plus de terres cultivables.

Si la Chine manque de terres, en revanche, elle ne manque pas de moyens financiers. Problème/solution : elle loue donc des terres pour y cultiver de quoi nourrir sa population. Un phénomène appelé le land grabbing.

Son terrain de jeu préféré : l’Afrique.

[NDLR : Dans son numéro de mars 2012, notre spécialiste des investissements "émergents" a réalisé un dossier très complet sur les ressources africaines. Une valeur en particulier a retenu son attention pour sa solidité et son potentiel de hausse de 30% : profitez sans plus attendre de cette opportunité...]

“Scramble” sur la terre
La Chine n’est pas la seule à louer des terres. Des pays comme les Emirats arabes recourent à la même pratique. De même que des compagnies occidentales. Le land grabbing concernerait environ 60 millions d’hectares (soit plus la superficie de la France métropolitaine, à 55 millions d’hectares), dont les deux tiers sont situés en Afrique. Une pratique qui a pris son envol après la crise alimentaire de 2008 et qui est en pleine expansion : le Liberia vient accepter de louer 20 000 hectares de terres.

Comment fonctionne le land grabbing ?

Soit directement (les Etats louent leurs terres), soit par l’intermédiaire de grandes banques d’affaires ou de compagnies étrangères qui sont chargées d’une concession et se chargent de louer ces terres.

La Chine loue ainsi des terres en Zambie, au Zimbabwe, en Ouganda et en Tanzanie, bref dans le Sud-Sahara. Pourquoi avoir choisi l’Afrique ? Parce que les terres sont nombreuses, souvent riches mais mal exploitées et enfin vraiment très bon marché par rapport au prix moyen d’un hectare de terres arables dans le monde.

Des accords politiquement explosifs
Sur le papier, le land grabbing peut paraître un accord gagnant-gagnant. Les pays en mal de terres à exploiter peuvent pallier leurs problèmes d’approvisionnement agricoles. Quant aux pays loueurs qui, généralement, ne roulent pas sur l’or, les bénéfices semblent à première vue non négligeables :

- un apport financier indéniable
- une promesse de développement économique : certains loueurs promettent d’embaucher les populations locales, de développer des activités économiques ou de construire des infrastructures.

Dans les faits… c’est plus discutable. Les emplois créés ne sont pas à la hauteur des attentes et, comme le rappelle une enquête de la BBC, de nombreux projets (en particulier d’exploitations tournées vers l’éthanol) sont tombées à l’eau. Dernièrement, des plaintes de villageois expulsés de leurs terres se sont multipliées.

Et surtout, la portée politique de ces locations de terres “Le problème est que les transactions faites dans le cadre du land grab sont des bombes à retardement, porteuses de conflits et de répercussions qui se feront sentir sur des dizaines d’années. La FAO a parfaitement bien résumé la situation : des terres qui, jusqu’à il y a peu, n’attiraient que peu ou prou l’attention sont désormais recherchées par des investisseurs internationaux. (…) C’est une question brûlante, car la terre est une composante essentielle de l’identité, de la subsistance et de la sécurité alimentaire’”.

Comment profiter de l’intérêt renouvelé pour les terres ?
Vous l’aurez sans doute compris, je ne vais pas vous proposer d’investir sur le land grabbing. Non, car il y a bien plus simple et bénéfique de profiter de ce retour à la terre… sans investir à l’autre bout de la terre : la forêt française.

Je vous en avais parlé dans une précédente Quotidienne, après quelques années difficiles pour le secteur (à cause des tempêtes de 1999 et 2009), aussi bien le prix du foncier forestier que le cours du bois repartent à la hausse.

Historiquement, le foncier forestier rapporte des rendements allant entre 2% et 4% par an en moyenne. En outre, la forêt bénéficie actuellement d’un statut fiscal à part : “Défiscalisation à l’achat, réduction de l’ISF, taxation douce des plus-values et surtout droits de succession réduits, voilà certains des avantages fiscaux dont bénéficier avec le foncier forestier. Un seul exemple : les droits de succession et de transmission.

Depuis plus de 80 ans, la transmission reste soumise à des droits de mutation de 5,09% ! Et dans le cas d’une succession, 75% de votre forêt échappera à tout droit”.

“Ces ‘cadeaux fiscaux’ ne sont pas le fruit d’une générosité désintéressée de l’Etat français mais plutôt de sa volonté d’éviter le morcellement du patrimoine forestier français et de favoriser son exploitation et sa bonne gestion. Ce qui est bon signe pour vous : ces avantages fiscaux ne devraient pas disparaître de si tôt”.

Un avantage alors que la fiscalité sur l’épargne se fait de plus en plus lourde.

La forêt française, l’une des plus étendues d’Europe, offre donc de nombreux avantages pour l’investisseur désireux de s’assurer un rendement sûr sur le long terme – et profiter du renouveau de l’intérêt pour la terre. Irène Brihat et Fabrice Coletto Labatte ont élaboré un rapport qui vous explique comment investir dans la terre ; quelles espèces, régions, forêts privilégier ; quels avantages fiscaux espérer… Bref, ils vous donnent toutes les clés nécessaires pour investir profitablement dans nos forêts. A découvrir ici…

Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 15/03/2012.

Author Image for Cécile Chevré

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