Par Bruno Collin
Odyssey, exploitant d’épaves
La société Odyssey Marine Exploration (OME), établie à Miami et spécialiste mondiale en matière de recherche d’épaves anciennes, a officiellement annoncé avoir retrouvé l’épave du navire britannique HMS Victory et ses quatre tonnes d’or.
Dans ses cales, quatre tonnes de pièces d’or
Ce bateau avait coulé lors d’une violente tempête dans la Manche, près des îles anglo-normandes, le 4 octobre 1744. Il transportait alors 1 150 personnes et membres d’équipage ainsi que d’importantes richesses… dont quatre tonnes de pièces d’or chargées au Portugal pour le compte du roi George II.
Ce trésor est aujourd’hui estimé à plus de 140 millions d’euros
Pourquoi n’a-t-on retrouvé cette épave que deux siècles et demi plus tard ? Parce que le lieu exact du naufrage avait été mal estimé. En effet, les chercheurs d’Odyssey l’ont découverte, en grande partie par hasard, à près de 100 km du site présumé. L’équipe de recherche a pu remonter à la surface deux des 110 canons de bronze que comportait ce vaisseau et en confirmer l’identité.
Bataille juridique en vue pour asseoir son droit sur l’épave
Odyssey a pris le soin de faire enregistrer sa découverte auprès du tribunal fédéral de Tampa, précisant qu’elle se situait en dehors des eaux territoriales britanniques et même françaises. Cette démarche a pour but d’affirmer son droit sur cette épave.
La phase initiale d’exploration semble pour l’essentiel terminée, mais les suites risquent d’être tout aussi compliquées. Car, s’agissant d’un ancien bâtiment militaire, compte tenu du prestige du navire et de la valeur qu’il représente, le gouvernement britannique affirme haut et fort son droit de propriété. D’ailleurs, la Royal Navy pourrait décider d’en réaliser elle-même l’exploration.
Chasseurs de trésor ou pilleurs d’épaves ?
Ce n’est pas la première fois que Greg Stemm, PDG d’Odyssey, est accusé par certains archéologues d’être un charognard des mers.
En mai 2007, il avait annoncé la découverte, dans l’océan Atlantique, d’une autre épave recélant le plus important trésor sous-marin jamais découvert : 17 tonnes de pièces d’argent et d’objets en métal précieux, représentant environ 500 millions de dollars.
Le titre Odyssey s’envole de 59% sur l’Amex
Excellente surprise que cette information, jusque-là tenue secrète, et dont la conséquence immédiate a été l’envol du titre d’OME de 59% sur l’American Stock Exchange. Un coup médiatique et financier pour une société qui, depuis 2005, traversait quelques difficultés. Cette opération, menée dans un total secret et baptisée Cigne noir, n’avait été révélée qu’après le rapatriement discret des objets en Floride.
Opération illégale
Immédiatement, le gouvernement espagnol, présumant des recherches illégales soit dans ses eaux territoriales, soit sur une épave espagnole, avait demandé l’ouverture d’une instruction contre Odyssey pour "délit contre le patrimoine culturel national".
En effet, le navire d’exploration de la société Ocean Alert avait été observé à de nombreuses reprises dans la région de Gibraltar, où il aurait déployé une intense activité et, surtout, régulièrement déconnecté son système d’identification automatique, afin de disparaître des écrans radars. Pour tenter de faire pression sur les Américains, la marine espagnole tenta à plusieurs reprises de l’arraisonner pour le fouiller. Sans succès !
Des trésors d’ingéniosité
En attendant de pouvoir exploiter son épave, les dirigeants d’OME ont signé des contrats de partenariat avec 13 grandes sociétés comme Volvo, Coca-Cola ou Toys"R"Us. Mais le plus intéressant pourrait être celui qu’il a conclu avec Buena Vista, branche distribution de Disney, qui aurait acquis les droits d’un film et de livres sur l’opération Cigne noir (allusion cinématographique à une superproduction américaine de 1940 avec Tyrone Power et Maureen O’Hara).
Odyssey a tenu une conférence de presse la veille de la sortie, en Amérique, du film Pirates des Caraïbes et de la diffusion par la chaîne Discovery d’un documentaire télévisé sur le Victory.
Finalement, le trésor n’est peut-être pas là où on l’aurait l’imaginé !
Rappel du droit international
Les dirigeants d’OME affirment que les épaves ont été découvertes dans les eaux internationales et ne relèvent donc de l’autorité d’aucun pays. Néanmoins, le doute subsiste car la société refuse de préciser leurs positions exactes. Et pour cause, l’emplacement est crucial.
Deux possibilités :
- jusqu’à 24 milles marins des côtes, nous nous trouvons dans la zone des eaux territoriales. Dans ce cas, le trésor revient au pays qui en a l’usage ;
- jusqu’à 200 milles, les règles sont moins nettes, mais favorables au pays le plus proche pour récupérer le pactole.
Dans les eaux internationales, la proie revient à celui qui la découvre, sauf si un pays peut prouver qu’il arborait son pavillon au moment du naufrage. Car, en 2004, les Etats-Unis ont adopté une loi interdisant aux entreprises américaines de repêcher le contenu d’un navire englouti sans l’autorisation de son pays d’origine. En contrepartie, les Etats-Unis considèrent avoir des droits exclusifs sur toutes les épaves de navires ou d’avions ayant affiché leurs couleurs.
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