Combien de temps dure un vol de poulet ?

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Guido Mantega, le bouillonnant ministre des Finances brésilien, l’a pourtant affirmé cette semaine, son gouvernement prendra les mesures nécessaires pour “assurer une croissance de long terme” à son pays.

La question ne cesse pourtant pas d’être posée : la croissance brésilienne n’est-elle pas condamnée à connaître des “envolées de poulet” ? On comprend que l’image soit offensante. Nous avons tous vu un jour une poule ou un poulet essayés de voler, et je pense que nous sommes tous d’accord : c’est ridicule.

Cette cruelle comparaison a été faite la semaine dernière alors que l’on annonçait une croissance de 1% de l’économie brésilienne sur les six premiers mois de l’année. Après les 7,5% de 2010, ce n’est pas tant la faible croissance que l’ampleur du décrochage qui inquiète.

Le gouvernement brésilien a récemment annoncé une série de mesures visant à relancer la machine. Des subventions à la consommation d’électricité ont notamment été annoncées. Il n’est pas certain que ces mesures suffisent. L’économie du pays reste prisonnière de faiblesses historiques qui semblent encore une fois hypothéquer ses chances de décollage.

Pourtant un secteur sera sauvé des eaux en cas de déluge, la mine. Trop peu connu, le secteur minier brésilien est parmi les plus riches au monde.

La mine brésilienne, c’est notre investissement du jour.

La fuite en avant de 2009
Comme beaucoup de pays, émergents et émergés, les mesures de relance économique votées en 2009 ont permis au Brésil de retrouver des niveaux de croissance comparables à ceux d’avant 2008. A la différence près que les effets ont été de courtes durées.

En 2008, c’est déjà sur la classe moyenne qu’avait été bâti le plan de relance. L’effort d’investissement public avait été concentré sur le bâtiment, l’industrie automobile et l’agriculture. Avec le lancement de la Bolsa Família, une aide aux plus défavorisés, toutes les classes sociales avaient participé à l’effort de relance.

Résultat, la croissance du PIB du pays a effectivement connu un nouvel envol en 2009, mais surtout en 2010 et début 2011. Alors que la croissance fléchissait une nouvelle fois fin 2011, le gouvernement a appliqué la même recette, redonner du pouvoir d’achat aux citoyens. Comme le soulignait Goldman Sachs début 2012, la consommation a été soutenue par une croissance à deux chiffres des salaires au dernier trimestre 2011. Pourtant ce soutien une nouvelle fois n’a pas fait long feu, alors qu’aucune reprise de l’activité internationale n’est venue aider l’activité brésilienne.

Goldman Sachs a abaissé ses prévisions de croissance de 3,5 à 3,1% pour 2012 récemment. Avec une croissance de 1% sur les deux premiers trimestres, la banque américaine a peut-être pêché par excès d’optimisme.

Un système difficilement soutenable
Cet énième atterrissage “de poulet” a très vite été comparé à l’envol du faucon chinois, celui de l’hirondelle indienne… voire celui de l’ours russe. Planant au-dessus des 10% avant 2008, leur croissance ne s’est pas effondrée en quelques années. Le Brésil est-il vraiment ce pays d’avenir, “et qui le restera” décrit par Georges Clemenceau ?

Le Brésil a effectivement plusieurs problèmes structurels qui handicapent lourdement sa croissance. D’abord, il n’est pas un pays attirant. Pour paraphraser l’auteur du tube planétaire “La fille d’Ipanema”, investir au Brésil “n’est pas pour les débutants”. L’économie est encore lestée d’innombrables règles bureaucratiques, qui complexifient le système. Par exemple, il faut 120 mois pour monter un commerce, contre deux semaines en moyenne dans le reste de l’OCDE.

Ensuite, le coût du travail est parmi les plus élevé des pays émergents. Le Custo Brasil, (le coût du Brésil) qui est cité parmi les premiers freins à l’investissement, provient en partie de ce coût du travail. Ensuite, plusieurs autres goulets d’étranglement existent, comme les mauvaises infrastructures. Il y a deux ans, les cours du sucre avaient explosé. La raison n’était pas à chercher du côté de la récolte, mais dans l’engorgement des ports brésilien pour charger la production sucrière.

Pourtant, le pays n’est pas arrivé à se hisser parmi les 10 premières économies au monde par miracle. Le Brésil a notamment réussi à mettre en valeur une de ses principales richesses (après la cachaça), ses réserves minières !

La mine, l’autre poumon brésilien
Brazilia est assise sur une des plus grandes richesses minières du monde. Le pays possède par exemple les quatrièmes réserves de fer au monde, les premières de nobium ainsi que les cinquièmes de bauxite, au côté d’importantes réserves en engrais ou en uranium.

Surtout, le pays a su profiter du boum des matières premières des années 2000. Le secteur pesait 7,7 milliards de dollars en 2001. En 2011, il pesait 50 milliards selon PriceWaterCooper. Ces dernières années, le secteur a continué à se développer malgré la crise. Dans les trois ans à venir, le cabinet d’analyse s’attend à ce que le secteur minier croisse entre 10 et 15% par an !

La raison est simple : le secteur minier possède parmi les coûts de production les plus bas du monde. C’est en particulier le cas pour le fer. Ainsi, lorsque les cours dégringolent, les producteurs brésiliens sont les derniers touchés. Actuellement, une matière devrait en particulier tirer la croissance du secteur vers le haut, les engrais.

Mon idée d’investissement
Les ressources brésiliennes en engrais vont être mises à rude épreuve dans les mois à venir. Depuis l’été dernier, le marché des matières agricoles est en plein ébullition. Les conditions météorologiques désastreuses de l’été n’ont épargné aucun pays. Le Brésil a vu pour sa part sa plantation de sucre être gravement endommagées, ainsi que celles de soja. Cette dégradation va entraîner une hausse de l’utilisation d’engrais. Comme le révèle Bert Frost, vice président du producteur d’engrais CF Industries, “nous anticipons une hausse de la consommation d’engrais en nitrogène et en phosphate en Amérique du Sud, afin d’accroître les rendements, et de répondre à l’augmentation du nombre d’acres cultivés”.

Ainsi les petits producteurs locaux ont multiplié les investissements pour augmenter leur production. C’est le cas d’Eagle Star Minerals et de Rio Verde Minerals Develoment.

Ces deux sociétés, cotées à Toronto, pourraient bien voir dans les mois à venir un retour sur investissement plus rapide que prévus au regard de la demande qui s’apprête à décoller.

[NDLR : La hausse des prix agricoles entraîne dans sa roue l'utilisation accrue d'engrais ! Une entreprise bien particulière va augmenter de plus de 8% sa production de phosphate cette année – Florent Detroy a mis la main sur sa valeur boursière et l'a insérée dans le portefeuille de Matières à Profits : profitez du potentiel de hausse de cette pépite dès aujourd'hui...]

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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