Bois : les fondamentaux sont haussiers : +41% en jeu

| |

Poursuivons notre analyse sur le marché du bois. Mercredi, j’étais en train de vous dire que la Chine était devenue une carte maîtresse sur ce marché en forte expansion.

La demande chinoise ne reflète pas seulement le dynamisme de son marché intérieur, mais aussi les tendances de l’économie mondiale : le pays est devenu "l’usine à bois" de la planète. Et c’est pourquoi la théorie du découplage, qui mise sur un ralentissement moindre qu’attendu dans le cas des émergents, prend toute son importance concernant le secteur du bois.

Découplage certes, mais en sourdine
Certes, à court terme, les importations chinoises de bois ont baissé de 34% au premier trimestre, pour un volume de 5,6 millions de mètres carrés, soit presque 5% de la production mondiale. L’empire calme le jeu… mais pour combien de temps ?

Le seul facteur baissier, dans la conjoncture actuelle, c’est la vive correction enregistrée sur le marché de la construction aux Etats-Unis. Mais que la situation se stabilise, ou bien que les émergents se ressaisissent, et le marché mondial, dans un contexte épuré, va renouer avec ses fondamentaux, où je vois trois bonnes raisons au moins de conclure à la hausse.

Demande en hausse et montée des préoccupations environnementales
La première raison, c’est une demande soutenue, tirée à la fois par les marchés émergents où la Chine trouve le gros de ses acheteurs, mais aussi, dans les pays développés, par la montée des préoccupations environnementales, auxquelles tous les plans de relance ont fait la part belle.

Le bois est un élément clé pour la construction de bâtiments plus écologiques. Ainsi, je vous rappelle que le président Sarkozy a promis le mois dernier un "plan bois" français, adossé à un fonds de 100 millions d’euros, visant à multiplier par 10 le seuil minimum de l’utilisation du bois dans les constructions neuves à partir de 2010.

L’offre est sous pression
La deuxième raison, c’est une offre sous pression, pour cause de diminution des ressources. Si la Russie représente aujourd’hui près de 50% des approvisionnements chinois, ce n’est pas un hasard : c’est le seul pays qui dispose de plus de 20 ans de réserves au rythme actuel de déforestation. En Indonésie, le chiffre tombe à 10 ans ; au Cambodge, à cinq ans à peine dans les scénarios les plus pessimistes…

Le commerce illicite en perte de vitesse
La troisième raison est plus technique, mais non moins importante : c’est la perte de vitesse des marchés parallèles. En inondant le marché, le trafic du bois, notamment tropical, a tiré les cours à la baisse. On estime le poids de ce facteur entre 7% et 16%.

Or les exigences de traçabilité, toujours plus fortes en Occident, ont nettement réduit la demande en bois tropicaux vers la plupart des pays de l’Union européenne, tandis que la montée d’une conscience écologique générale pousse à multiplier les contrôles, et porte de vrais coups au commerce illicite.

Au Brésil, en Indonésie, à Madagascar, des mesures concrètes de contrôle ont été prises. Les acheteurs, même en Chine, sont plus soucieux de garantir l’origine de leurs matières premières. L’Indonésie a mis en place un marquage génétique de ses bois exportés.

Je ne vous dis pas qu’on en finira du jour au lendemain avec le marché illicite, mais la tendance est à la régulation. Je pense qu’à terme, cette dynamique devrait se faire sentir dans les cours — comme celui de l’indice dont je vais vous parler à présent.

L’arbre qui cache la forêt de plus-values
Quiconque s’intéresse à l’évolution du prix du bois se penche tôt ou tard sur l’indice Lumber de Chicago. Il cote en dollars par "1 000 board feet", une unité de mesure nord-américaine correspondant à 4,5 mètres cubes environ, uniquement utilisée dans le commerce des grumes.

Ce que nous dit le graphique
Un regard au graphique ci-dessus suffit pour constater que ce marché suit un cycle différent de la majorité des marchés de matières premières. Il a connu son point culminant dès 2004, à 460 $.

De part son exposition au marché de la construction, le prix du bois anticiperait-il les retournements majeurs de l’économie ? Possible dans certains cas… Mais le rebond initié mi-mars, après une chute de 70% en cinq ans, s’est fait en même temps voire après les autres marchés de commos.

La hausse n’est pas finie à moyen terme
Le MACD rebondit sur un support et évolue largement au-dessus de sa ligne de signal. Cela semble annoncer que la hausse n’est pas finie à moyen terme.

Toutefois, après un gain de 50% en à peine trois mois, une poursuite de la reprise reste conditionnée au franchissement d’une droite de résistance passant autour de 240 $, qui maintient clairement le marché dans une tendance baissière.

Son débordement validerait une nouvelle séquence haussière jusqu’à 340 $, soit un jolie envolée de 41%.

Il faut donc s’armer de patience et attendre soit le franchissement de cette résistance, soit un retour entre 180 et 190 $ — un ratio classique de Fibonacci à 61,8%.

Le meilleur moyen pour tenter un pari passe par une compagnie du secteur du bois. En France, le choix est limité. Heureusement pour nous, le choix est plus important outre-Atlantique…

[NDLR : Sylvain Mathon sillonne le monde à la recherche des meilleures opportunités matières premières et permet à quelques privilégiés d'investir sur les valeurs les plus accessibles... En découvrant vous aussi ses conseils et ses recommandations dès aujourd'hui : ne passez plus à côté de plus-values spectaculaires...]

Author Image for Sylvain Mathon

Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.