Alors que les négociations semblent avoir capotées entre les syndicats et la direction de Total sur le sort de la raffinerie de Dunkerque, il convient de s’interroger sur la rentabilité du raffinage français et surtout de son coût réel pour Total.
900 millions de pertes certes… mais à mettre en perspectives
Selon les déclarations du directeur du raffinage M. Bénézit, Total aurait perdu 900 millions d’euros (soit 1,2 milliard de dollars) dans le raffinage en France en 2009.
Sachant que Total produit est de 2,3 millions de barils par jour, soit 854 millions de barils par an, une perte de 900 millions d’euros revient en gros à perdre un euro par baril produit (-854 millions d’euros, un montant proche de la perte de l’ensemble des raffineries de Total de – 900 millions d’euros).
Inversement si Total gagne un euro de plus par baril produit, il comble quasiment l’ensemble des pertes de ses six raffineries (en dégageant 854 millions d’euros supplémentaires).
Il faut donc s’interroger sur les perspectives de variation de cours du baril pour appréhender la problématique.
Hausse anticipée du prix moyen du baril entre 2009 et 2010 : +23 $
Actuellement, le baril est autour de 80 $ et pour l’année 2010, la moyenne anticipée s’établit à 83 $ (selon le centre de prévision de l’Expansion qui a rassemblé les pronostics du cours du baril de pétrole Brent au 31 décembre 2010 de vingt organismes).
83 $ : un prix plus proche du prix de 2008 (autour de 97 $) que celui de 2009 (autour de 61 $). Mais c’est surtout une variation annuelle positive de 16 euros (soit 23 $), le prix moyen du baril produit passant de 61 $ à 83 $ entre 2009 et 2010.
De quoi générer des milliards de dollars de bénéfices
Si ces prévisions s’avèrent exactes, alors Total devrait voir fortement ses bénéfices grimpés ; ils pourraient être largement supérieurs à 10 milliards d’euros.
Bien sur, ces bénéfices dépendent de la part que Total récupère sur la production d’un baril. Part qui dépend des contrats de partage de production avec les pays hôtes et qui varie souvent en fonction du prix du baril et de la zone d’exploitation du gisement (données de partage dont on ne dispose pas).
Il suffirait que le prix moyen du baril augmente de 4 $ seulement…
Mais même en se basant sur les partages de production les plus désavantageux, si Total ne récupère qu’un tiers du prix de vente d’un baril, soit un tiers de la hausse moyenne du prix du baril prévue en 2009/10, il suffit que le prix du baril augmente de trois euros seulement (soit quatre dollars) pour combler les pertes de ses six raffineries.
Quatre dollars sur une augmentation prévue du prix moyen du baril entre 2009 et 2010 de 23 $ (de 61 $ à 83 $), soit 17%.
Avec le “pourboire” de l’augmentation du prix du baril en 2010, Total pourrait faire fonctionner l’ensemble de ces raffineries.
Thomas Porcher, Docteur en économie, dirige GBP-conseil et est auteur du livre Un baril de pétrole contre 100 mensonges (sélection du prix du livre d’économie). Vous pouvez le retrouver sur son site GBP-conseil.

