Silver : tout ça pour ça…

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leadimg

L’offre de silver (argent-métal) parviendra-t-elle à suivre l’explosion de la demande ?

Pas sûr…

Il existe deux manières principales de produire du silver : exploiter un gisement riche en surface ou creuser plus profond. Or, dans les mines, les teneurs en silver déclinent continuellement depuis un bon siècle.

A la fin du XIXe siècle, un gisement moyen comme celui exploité dans la mine de Horn Silver, dans l’Utah, affichait une teneur moyenne en silver d’environ 30 onces par tonne de matériau extrait (près de 850 grammes).

J’écris mine “moyenne” parce que ces chiffres n’avaient rien d’exceptionnel pour les Etats-Unis de l’époque ; en Australie, les gisements produisaient entre 1 000 et 1 400 grammes (pas loin d’une cinquantaine d’onces) de silver par tonne en moyenne entre 1880 et 1900.

Aujourd’hui, cette moyenne atteint 62 grammes (disons deux onces) par tonne pour les principaux producteurs de silver au monde, donc 20 fois moins ; tout ça pour ça ! Cela inclut les réserves prouvées et possibles, mais aussi les ressources, c’est-à-dire le silver qui ne sera peut-être jamais produit commercialement.

Les compagnies minières n’ont donc pas d’autre choix que de creuser plus profond
Elles peuvent ainsi espérer produire encore un petit quelque chose ; grâce au progrès technologique, il est possible d’extraire beaucoup plus de minerai en beaucoup moins de temps qu’il y a 120 ans.

La First Majestic Silver Corporation est une sorte d’équivalent contemporain de la Horn Silver Mine : un producteur de taille moyenne et avec des teneurs en silver acceptables. Au deuxième trimestre 2011, la First Majestic a sorti de terre 482 007 tonnes de roche, soit pratiquement autant que tout ce qui a été exploité à la mine Horn Silver sur l’ensemble de sa durée de vie (environ 30 ans).

30 ans en un seul trimestre : bravo le progrès technique ! Sauf que la même quantité de terre et de roche a permis de produire 14 millions d’onces de silver à la mine Horn Silver, mais moins de deux millions d’onces pour la First Majestic ! Rayon efficacité, voilà qui n’est pas brillant.

Le frein énergétique
En réalité, au lieu d’investir pour développer de nouveaux gisements, les compagnies minières se contentent la plupart du temps de racler les fonds d’anciennes mines, avec l’espoir d’en retirer quelques miettes supplémentaires à bon compte. Pourquoi ? Par manque d’énergie !

Les gigantesques machines d’excavation utilisées de nos jours sont plus efficaces que les mineurs, mais aussi beaucoup plus gourmandes en carburant, en diesel notamment ; exploiter une mine exige également de considérables quantités d’électricité, produite sur place ou obtenue par le réseau.

Electricité qui est souvent obtenue en brûlant du… pétrole ! Or le rythme de production dépasse la cadence à laquelle les réserves sont renouvelées, ce qui signifie que les prix du pétrole devraient continuer à monter de manière inexorable.

Hausse des réserves
Entre 2009 et 2012, le total des réserves de silver identifiées dans le monde a pratiquement doublé, de 270 000 tonnes à 530 000 tonnes, selon les chiffres de l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis. On est passé d’une douzaine d’années de réserves à plus de 22 ans.

Comment ?

Grâce à quelques clics de souris.

▪ En 2009, le Chili n’avait aucune idée de l’importance de ses réserves, même si on parle ici d’un des principaux producteurs de silver au monde. Trois ans plus tard, on découvre que le pays dispose de 70 000 tonnes de silver sous ses pieds.

▪ Même chose avec le Pérou, dont les réserves sont miraculeusement passées de 36 000 à 120 000 tonnes entre 2009 et 2011 ; à eux deux, ces pays ont fourni 154 000 des 260 000 tonnes de nouvelles réserves ajoutées entre 2009 et 2011 dans le monde.

Le silver est souvent un produit dérivé sorti des mines de cuivre
C’est particulièrement vrai au Chili, le premier producteur de cuivre au monde. Pour extraire ses 70 000 tonnes de silver, le pays devra donc augmenter sa production de cuivre de manière exponentielle. Avec quoi ? Du diesel, évidemment ! Surtout que l’industrie minière péruvienne en consomme toujours davantage.

En 2005, il fallait brûler pas loin de 100 litres de diesel pour sortir une tonne de cuivre ; en 2010, il en fallait 151 litres. Des projets miniers estimés à 100 milliards de dollars risquent de ne jamais voir le jour au Chili si de nouvelles centrales électriques ne sont pas construites, prévient le lobby des miniers, le Consejo Minero.

Pour augmenter l’offre de silver, les minières devront donc relever leur production de cuivre, plomb ou zinc. Pour cela, elles auront besoin d’un diesel de plus en plus rare et cher.

Où est la croissance économique ?
A quoi bon s’échiner à produire des tonnes de métaux de base si personne ne vient les acheter, en ces temps de récession ? Sans oublier, pour en rajouter une couche, que la croissance économique est intimement liée à la production de pétrole.

Toutes ces tendances affecteront davantage la production de silver que celle de l’or, parce que l’or est à 80% produit pour lui-même, alors que le silver est un sous-produit de métaux industriels les 70% du temps.

Alors même si, en cas d’implosion du système bancaire mondial, il est prévisible que le réflexe de l’individu de bon sens se portera sur le métal jaune, le silver semble disposer en attendant des conditions à long terme les plus favorables que l’on puisse imaginer…

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.dvd-inflation.com

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Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché"). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders", qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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