Quelle énergie gagnera les élections américaines ?

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Nous sommes en 1973, et depuis quelques mois, les Etats-Unis et le monde occidental sont frappés par le choc pétrolier. Du jour au lendemain, les pays de l’OPEP ont décidé de multiplier les prix du pétrole par quatre. Richard Nixon dégaine alors ce Project, qui vise à réduire la consommation américaine de pétrole et à atteindre l’indépendance énergétique d’ici 1980.

A partir de 1973, le thème de l’indépendance énergétique rentre pour la première fois dans le discours politique américain… et n’en sortira plus. Aujourd’hui, démocrates et républicains rivalisent de lyrisme pour faire miroiter un horizon où les Américains n’achèteront plus de pétrole au Moyen-Orient ou au Venezuela. Le thème est recyclé une énième fois, et est utilisé à tort et à travers pour dénoncer son adversaire.

Pourtant, les solutions des deux candidats à la présidence des Etats-Unis pour atteindre cette indépendance sont très différentes. Deux visions s’affrontent, à grands coups d’arguments moraux ou de discours nationalistes. Plus pragmatiquement, l’issue de cette élection sera déterminante pour notre portefeuille. C’est pourquoi j’estime qu’il est temps de faire le point sur les forces en présence.

Je vous propose de passer en revue les secteurs qui bénéficieront d’une victoire démocrate ou d’une victoire républicaine. Car plus que jamais, la politique fait encore la pluie et le beau temps sur notre portefeuille.

Mitt Romney rentre à la Maison Blanche
Une victoire républicaine signifierait une chose : le retour des majors. Mitt Romney ne démentira pas le lien très fort du parti républicain avec le secteur pétrolier, incarné par le soutien des frères Koch, support financier du Tea Party au passage. Dans son programme, on trouve une proposition d’exonération d’impôts de l’ordre de 2,4 milliards de dollars pour les cinq plus grandes compagnies pétrolières installées aux Etats-Unis (BP, Chevron, ConocoPhillips, ExxonMobil, et Shell).

La Maison Blanche donnerait davantage de liberté aux Etats pour forer, et ouvrirait également à la prospection de nouveaux territoires américains. Friands de nouvelles frontières, les Américains seraient alors heureux de voir les frontières du pétrole repoussées jusqu’en Alaska, où l’exploration reprendrait, ainsi que le long de la côte est, en Floride, Caroline du Nord et Virginie, et dans le golfe du Mexique.

De manière plus générale, Mitt Romney est le candidat de la bourse. Comme l’explique Edward Meir, un analyste indépendant en matières premières de INTL FC Stone, il faut s’attendre à un rebond des pétrolières en cas de victoire.

La fin de la green economy
A l’inverse, le secteur des énergies serait un véritable champ de ruines sous une présidence républicaine. Mitt Romney a promis de mettre fin aux subventions de ces énergies, notamment dans l’éolien.

De manière plus générale, les républicains n’auraient pas de mal à justifier leurs coupes budgétaires. D’ailleurs, leurs arguments leur seraient fournis directement par l’EIA (Energy Information Administration), l’Agence de l’énergie du gouvernement.

Les subventions au secteur de l’énergie selon les types d’énergie

Les subventions au secteur de l'énergie selon les types d'énergies

Au regard de ce tableau, on peut notamment comprendre que l’énergie éolienne coûte 225 fois plus cher que l’énergie pétrolière. C’est à peu de choses près, et avec la nuance caractéristique des campagnes électorales, le type de slogan que les républicains pourraient utiliser contre Obama.

Vous l’avez compris, avec les républicains, ce sont les pétrolières et parapétrolières qu’il faudra viser en particulier.

Obama gagne les élections
L’annonce d’une victoire d’Obama serait bien moins émouvante qu’en 2008. Autre différence, son programme serait bien plus pragmatique qu’en 2008. Cette fois, il ne faut pas s’attendre à ce que le secteur du renouvelable bondisse comme à l’époque. En 2008, le candidat à la présidence avait fait de nombreuses promesses sur le développement du secteur, promettant des milliers d’emplois à la clé.

Le pire, c’est que Barack Obama tenu ses promesses. Sous sa présidence, le pays a doublé la production d’énergie solaire et éolienne. En tout, 85 milliards ont été dépensés pour fiancer le secteur. Le problème, c’est que le solaire et l’éolien ne sont pas la corne d’abondance espérée.

La situation a bien été illustrée en mars dernier, lorsque le président américain a inauguré le projet Copper Mountain Solar dans le Nevada. C’est le plus grand projet solaire du pays, et il produit de l’électricité pour 17 000 personnes… mais n’emploie que 10 personnes !

S’il ne fournit pas d’emploi, le secteur s’est également révélé être un gouffre financier. Ainsi les républicains ne se sont pas privés de souligner que Solyndra, une compagnie spécialiste de l’énergie solaire qui a fait faillite en 2010, venait de recevoir un prêt public de 535 millions de dollars quelques mois plus tôt.

C’est pourquoi une victoire démocrate ne serait pas forcement une victoire du camp environnemental. Pourtant de nouvelles opportunités s’ouvriraient.

Obama promeut un véritable mix énergétique
Si le renouvelable n’a pas produit les résultats escomptés, notamment en terme d’emploi, les compagnies américaines restent dans le top 10 des compagnies “vertes”. C’est le cas dans le solaire notamment, avec First Solar. La différence, c’est que l’industrie verte ne sera pas la seule à profiter d’une victoire démocrate.

Les valeurs pétrolières n’ont pas de soucis à se faire, le sous-sol américain ne leur sera pas interdit. En février dernier, Barack Obama annonçait son intention “d’ouvrir à l’exploration 75% de nos ressources en pétrole et gaz de l’Alaska au golfe du Mexique“. En parallèle de ce retour de l’exploration, il est probable que Barack Obama autorise lors de son second mandat la construction du pipeline Keystone, qui doit relier le Canada aux Etats-Unis. Ce projet a été suspendu l’année dernière, au grand dam des compagnies pétrolières.

C’est le véritable changement de la politique démocrate. Barack Obama a compris qu’une énergie ne remplacera pas une autre, mais que toutes doivent être développées en même temps. A l’avenir, les énergies renouvelables devront cohabiter avec les majors américaines du pétrole et du gaz.

Comment se positionner ?
Alors qu’une victoire de Barack Obama semble se dessiner, je vous conseille de surveiller deux industries en particulier :

  • Le transport vert

C’est peut-être une des politiques les plus cohérentes de Barack Obama. Après avoir financé le sauvetage de l’industrie automobile américaine, au premier rang desquels General Motors (GM), le président américain a fait voter une loi, l’American Clean Energy and Security Act, qui impose une réduction des émissions de CO2 aux nouveaux modèles automobiles. En particulier, 20 milliards de dollars ont été donnés au secteur automobile pour promouvoir des moteurs et des carburants alternatifs. L’année prochaine, la loi NatGas Act, soutenant la motorisation au gaz, devrait être votée, donnant l’impulsion financière nécessaire à un secteur qui est sur le point de décoller.

  • Le nucléaire

Tombé dans un angle mort médiatique, le nucléaire reste pourtant sur les tablettes du DOE, le ministère de l’Energie américain. D’ailleurs, il faisait partie des priorités de Barack Obama en 2008. Alors que la tragédie de Fukushima a obligé le gouvernement à geler le secteur, l’industrie nucléaire devrait repartir après les élections. Le camp républicain est également favorable au secteur, ce qui nous offre une opportunité d’investissement décorrélé de l’actualité politique.

En ces temps d’élections, c’est rare. Profitons-en.

[NDLR : Florent Detroy a récemment intégré au portefeuille de Matières à Profits une minière uranium dont le cours n'a pas encore décollé – son conseil reste valable à ce jour et vous pouvez en profiter dès aujourd'hui : achetez !]

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Un commentaire
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  1. AtomicBoy44 sur 07 oct 2012 à 10:42

    Donc d’après vous les USA vont redémarrer leur industrie nucléaire, alors même que chez nous pour des raisons électoralistes, on nous annonce que l’on va y mettre fin !? Nos politiciens n’ont vraiment rien compris et les écologistes obscurantistes vont vraiment nous mener a notre perte encore plus vite que si l’on ne faisait rien …

    Je suis fatigué de nos élites politiques qui ne comprennent rien du monde dans lequel ils vivent si ce n’est de savoir comment faire grimper leur salaire a la fin du mois.
    L’information que vous donnez sur le nombre d’emplois et les couts des ENR EIF (Électriques Intermittentes et Fatales) est tout a fait claire : c’est cher et pauvre en emplois !
    L’éolien comme le solaire PV ne sont donc rien d’autre que des pompes a fric spéculatives servant a vider les caisses de nos électriciens qui ont une rente nucléaire ou pétro-gazière !

    Mais quand est-ce que la France va arrêter de se tirer des balles dans les pieds ?!

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