S’il fallait choisir le mot de l’année 2012, je choisirais le mot “spread“.
Du boulanger de Quimper à l’éditeur du Quartier latin en passant par le vendeur de chez Darty, toute la France s’est passionnée l’année dernière pour le spread. Ce spread, ou “écart” en français, désigne la différence entre les taux obligataires français et allemands. Chaque écartement soulignait la fébrilité de l’économie française, chaque resserrement nous confortait.
Mais 2012 a également été l’année du spread dans le pétrole. Les deux contrats de référence, le Brent et le WTI, ont fait un grand écart historique, avec un spread qui a dépassé une nouvelle fois les 20 $. La raison était simple au premier regard : l’abondance de pétrole aux Etats-Unis, grâce à la révolution du pétrole de schiste, pesait sur le WTI, le contrat américain.
Titre : Ecart entre le Brent et le WTI
En début d’année, le spread est passé sous les 20 $, faisant anticiper aux investisseurs un resserrement définitif. C’était aller un peu vite en besogne. Le grand écart entre les deux contrats du pétrole n’est pas prêt de se refermer. Je vais vous expliquer tout de suite pourquoi.
Surtout, gardez à l’esprit que le spread signifie pour tout investisseur une opportunité en or d’investir.
L’espoir déçu d’Enterprise Product Partner
La révolution du pétrole de schiste aux Etats-Unis concerne pour l’instant 2 régions essentiellement. Le Dakota du Nord, auquel j’ai consacré plusieurs Editos, et le Texas. Le Texas, malgré sa place centrale dans l’histoire du pétrole aux Etats-Unis, possède actuellement le défaut de ne pas avoir assez de pipelines.
Le résultat, c’est que les compagnies pétrolières du pétrole de schiste n’arrivent pas à vendre leur précieux or noir car les capacités de stockage, à Cushing dans l’Oklahoma, sont pleines. Pourtant le début d’année à vu naître un espoir.
Enterprise Product Partner, la société qui gère le pipeline qui relie Cushing aux raffineries de la côte, a annoncé l’achèvement d’un nouveau pipeline. Les capacités de Seaway, du nom du nouveau tube, sont passées de 150 000 barils par jour à 400 000.
Mais l’espoir a été de courte durée. La semaine dernière, les stocks à Cushing ont retrouvé des plus hauts historiques, à 51,7 millions de barils, contre 49,8 millions fin 2012. Cette fois-ci, ce sont les capacités de stockage à Jones Creek, sur la côte, c’est-à-dire au bout du pipeline, qui se sont révélées insuffisantes, contraignant les exportateurs à ralentir les flux.
Les pétroliers bradent leur pétrole
L’explication peut se résumer comme telle : les constructeurs de pipeline n’arrivent pas à suivre la progression de la production. Car le décollage de la production de pétrole de schiste a surpris tout le monde. Entre 2007 et 2012, la production pétrolière dans le bassin de Permian, un des bassins pétroliers historiques du Texas, a augmenté de quasiment 50%.
Résultat, les producteurs vendent actuellement leur pétrole en dessous du prix du marché, afin d’être sûr de l’écouler. En janvier dernier, le pétrole de Permian était vendu quasiment 10 $ moins cher. Pour Bloomberg, “tout est une question de logistique”.
Mais ce problème risque de continuer, alors que la production est attendue en hausse de 20% d’ici 2022.
Une histoire de pipeline
Le cas du pipeline Seaway est révélateur des défis qu’affrontent les Etats-Unis aujourd’hui dans le pétrole. Car si le pétrole de schiste est effectivement une donnée nouvelle, les problèmes de pipeline datent depuis plusieurs années aux Etats-Unis.
Au nord, le pétrole du Canada, en provenance des sables bitumineux de l’Alberta, est depuis longtemps attendu aux Etats-Unis. Mais là encore, la construction du pipeline pour le transporter a été repoussée maintes et maintes fois, bloquant l’approvisionnement.
De manière générale, les Etats-Unis manquent de pipelines. Et ceux qui existent déjà commencent à être vieux. Il faut garder à l’esprit que 70% des pipelines américains ont plus de 35 ans.
Devant l’importance grandissante de ce marché, les pétroliers ont commencé à s’associer avec les sociétés constructrices de pipeline. Ainsi le pétrolier Occidental a conclu un accord avec le constructeur Magellan Midstream Partners pour construire un réseau d’une capacité de transport de 300 000 barils par jour dans l’ouest du Texas.
Mon conseil
Vous l’avez déjà compris, pour réduire le grand écart entre le Brent et le WTI, une seule solution s’impose, la construction de pipelines.
C’est pourquoi les producteurs sont devenus les nouvelles coqueluches de la bourse de New York. Par exemple, Magellan Midstream Partners (NYSE : MMP) a grimpé de 12% depuis le premier janvier.
Pour profiter vous aussi de cette tendance de long terme, je vous conseille de garder un oeil sur ces compagnies, comme Magellan ou ONEOK (NYSE : OKE).
[NDLR :Matières à Profits a déjà commencé à profiter de la révolution du pétrole de schiste aux Etats-Unis. Vendu avec un gain de 25%, la compagnie installée dans le Dakota du Nord que Matières à Profits avait repérée a fait des étincelles. Mais d'autres opportunités sont en train de naître. Le pétrole texan sera la cible du prochain MAP. Si vous voulez à nouveau profiter de ce "choc pétrolier américain", abonnez-vous à Matières à Profits .]
Bon investissement.



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