Misez sur le raffinement français !

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Il y a peu de pays dans le monde aussi identifié au luxe ou plus généralement au confort que la France. Si nos marques haut de gamme sont exceptionnellement performantes à l’étranger, les touristes viennent également en France explorer notre art de la table et un art de vivre élevé au rang de patrimoine national.

Il est un secteur du raffinement français qui est cependant en plein marasme, le raffinage du pétrole. Ce dernier est symbolisé par la lente descente aux enfers de la raffinerie de Petit-Couronne du groupe suisse Petroplus. Ce segment est plus que tout autre frappé par la crise économique française et européenne.

Cependant, le raffinage en France n’est pas une activité condamnée au même titre que la sidérurgie ou les mines de charbon. Nous aurons toujours besoin de carburant. La question est de savoir lequel.

Pour enfourcher dès à présent le nouveau train du raffinage européen, je vous propose de lire ces quelques lignes. Il se peut que vous soyez surpris.

Petroplus, ou l’inconvénient d’être un petit acteur
Dans les périodes de crise, les gros font le dos rond, les petits agonisent. C’est exactement ce qu’il s’est passé pour la raffinerie de Seine-Maritime. Depuis la crise déclenchée en 2008, les marges du secteur ont eu tendance à se réduire considérablement, voire à devenir négatives.

Selon Jean-Louis Schilansky, président de l’UFIP (l’Union Française des Industries Pétrolières) les pertes des raffineurs en 2011 seraient de “environ un milliard”. Dans ce contexte, seules les majors sont capables de compenser leurs pertes avec d’autres activités, notamment dans l’exploration/production. Petroplus a ainsi dû vendre plusieurs de ses raffineries, la dernière en date étant celle de Petit-Couronne.

Pourtant, le secteur du raffinage est également en crise en Europe… et dans le monde. Certes le taux d’utilisation des raffineries en Europe est tombé à 82,6% selon l’IFPEN, mais la situation n’est pas plus brillante dans le monde, alors que 4,4 millions de barils de capacité de raffinage en 2010 seraient excédentaires.

Cette situation de crise a cependant ses exceptions. Bien entendu, c’est du côté des pays émergents qu’il faut se tourner pour voir de nouvelles installations se construire.

Les émergents raffinent plus
Les chiffres feraient pâlir d’envie n’importe quels industriels : +18% au Qatar, +10,4% en Chine ou +9,3% au Brésil. Il s’agit de la demande en raffinage en 2010 selon le BP Statistical Review. Ainsi ces pays seront à l’origine de l’installation de 2,4 millions de nouvelles tonnes de capacité de raffinage cette année.

Pourtant les compagnies émergentes ne se sont pas contentées de créer des raffineries sur leur marché. Les pays émergents s’intéressent aussi à nos capacités de raffinage.

Avant Petroplus, nombre de raffineries avaient été vendues par les majors à des compagnies émergentes comme Gunvor (raffineries d’Ingolstadt et d’Anvers), l’Abu-Dhabien IPICC (raffineries d’Algesiras et Huelva) ou encore Petrochina (raffineries de Grangemouth et de Lavéra). Aujourd’hui, c’est la raffinerie de Petit-Couronne qui a elle-même été approchée, notamment par l’Indonésien Pertamina, le Hong Kongais Alafandi Petroleum Group (APG) et NetOil, de Dubaï.

Cet appétit des émergents pour nos capacités de raffinage doit nous alerter, car le raffinage n’est pas condamné en Europe.

Les pays émergents font le pari du long terme
Ces compagnies émergents ne sont pas moins intéressées par le profit que leurs homologues européens comme Petroplus, Ineos ou encore PDVSA. Seulement, elles font un double pari :

  • le retour de la demande européenne ;
  • l’arrivée en force du diesel.

Ce dernier point est essentiel. Comme le souligne François Pouzeratte, du cabinet Eurogroup Consulting cité par Challenges, “ils veulent alimenter l’Europe en gazole. Ces groupes des pays émergents sont sur un modèle low cost, car ils n’ont pas les mêmes exigences de ratios financiers que ceux des majors”.

Les pays émergents suivent tout simplement la tendance du marché, qui a vu une “diésélisation” du parc automobile ces dernières années. Sa part était de 4,7% en 1980 ; en 2010, elle était de 60,1% en France . Les prix du diesel ont d’ailleurs eu tendance à monter récemment, de 827$ en juin à 1 030$ la tonne sur le ICE (IntercontinentalExchange) en septembre, du fait d’un manque de capacités de raffinage. Ainsi le salut des raffineries passe d’une part par une modernisation de leurs appareils afin d’être plus compétitifs, et d’autre part par une réorientation vers le diesel.

Le problème, c’est que la conversion des raffineries à essence coûte très cher.

Mon conseil
Si les activités du raffinage de diesel devraient être captées par des groupes émergents, il n’est pas sûr que ces groupes en sortent toutefois gagnants. La Commission européenne ne cesse de réglementer ces activités de raffinage selon leur impact environnemental, ce qui risque de demander de nouveaux investissements dans les infrastructures. Une solution pour profiter de la tendance du marché serait d’investir directement sur les technologies propres du diesel.

Ainsi des acteurs comme Johnson Matthey, société cotée à Londres et spécialiste du raffinage, ou Clean Diesel Technology, cotée sur le Nasdaq, pourraient profiter à terme de la “diésélisation” du marché européen tout en respectant les contraintes environnementales.

[NDLR :le secteur du pétrole est en train de se transformer, avec l'arrivée du pétrole de schiste aux Etats-Unis, la transformation du marché européen, et la main basse de l'Asie sur tous les nouveaux champs de pétrole découverts dans le monde. Ces trois marchés offrent tous des opportunités d'investissements uniques. Pour découvrir comment profiter de la révolution que connaît actuellement le marché du pétrole, abonnez-vous.]

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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