Qui mettra la main sur la croissance asiatique ?

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leadimg

Cher lecteur,

La France a connu une croissance nulle en 2012
La pire année pour l’emploi salarié depuis 2009
Le PIB français ne dépasse pas son niveau de 2006
Déficit français : Bruxelles prêt à desserrer l’étau

Et tout ceci sur la page Economie du Figaro.fr cette semaine…

Je ne sais pas votre réaction devant cette avalanche de bonnes nouvelles. De mon côté, cela me conforte dans mon obsession actuelle pour l’exotisme, le plus loin… et le rendement !

Avec mon collègue Florent Detroy, en faisant nos recherches pour notre rapport spécial consacré à l’Asie du Sud-Est, nous nous sommes rendu compte que l’Asie était en train de devenir… asiatique. Une tendance que Florent avait pu constater de visu cet été lors de son séjour en Chine.

“L’ascension chinoise dans les smartphones”, titrait Le Figaro – entre deux articles sur l’état désastreux de la croissance française. “Et si le monde des fabricants de smartphones de 2013 ressemblait à cela ? D’un côté, Apple et Samsung, qui détiennent à eux deux 52% du marché. De l’autre, des marques chinoises qui gagnent en importance, portées par la puissance de leur marché intérieur. Au quatrième trimestre de l’année dernière, Huawei a vendu 27,2 millions de smartphones, ce qui le place en troisième position derrière Samsung (64,5 millions, en hausse de 85,3%) et Apple (43,4 millions d’iPhone, +9%)“.

Comme l’explique Le Figaro, en trois ans, les fabricants chinois sont parvenus à conquérir 20% du marché des smartphones. Comment expliquer un tel succès ? La Chine ne se contente plus d’être l’usine du monde, elle innove et elle propose. Le temps est fini où l’empire du Milieu ne savait que copier ou reproduire ce qui était inventé, développé, “designé” en Europe ou aux Etats-Unis. Aujourd’hui, c’est l’Asie qui innove.

Les constructeurs chinois sont aussi bien placés pour profiter du marché le plus dynamique au monde : le marché asiatique. Si en Occident, nous possédons généralement un téléphone, aux Philippines, il est extrêmement courant d’en posséder 2 voire 3. La classe moyenne asiatique, qui ne cesse de grandir, veut accéder aux réseaux sociaux, à des connexions à Internet plus rapides via leur smartphones, mais n’a pas forcément les moyens de s’acheter un iPhone. D’où le succès des smartphones lowcost, moins chers, et plus adaptés à ces nouveaux marchés.

L’ASEAN, nouveau centre économique majeur
Aujourd’hui, l’Asie se veut de plus en plus indépendante de l’Occident. La défiance vis-à-vis des Bourses et des capitaux occidentaux vient de loin, de la crise asiatique de 1997-1998. Les capitaux étrangers avaient alors massivement fuis des pays frappés de plein, dont l’économie coulait alors à pic. En 2008, l’histoire se répète. Une crise d’origine occidentale frappe de plein fouet l’Asie du Sud-Est. Ces dernières années, ces économies, alors très orientées vers les exportations (textile, matières premières, électronique, etc.) vers l’Europe et les Etats-Unis, voient leur croissance menacée par la baisse de la demande de ses principaux clients.

Mais les pays de la région, Indonésie, Philippines et Malaisie en tête, ont joué à fond deux atouts majeurs qu’elles détenaient dans leur manche :

1. Une forte demande intérieure, soutenue par la croissance de la classe moyenne et par une démographie extrêmement favorable. La classe moyenne indonésienne est passée d’1,6 million de personnes en 2004 à 50 millions en 2012.

2. Une coopération économique régionale renforcée. A la fin des années 60, Singapour, la Thaïlande, les Philippines, l’Indonésie et la Malaisie créent l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) afin de développer leurs liens diplomatiques, économiques, financiers, commerciaux et culturels. A ces pays se sont adjoints au fil des années le Brunei, le Viêtnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge. Aujourd’hui, c’est un pays comme l’Australie qui aimerait rejoindre le club.

L’ASEAN, c’est 600 millions de personnes, 2 500 milliards de dollars de PIB et des croissances par pays allant de 5% à 8% cette année. En 2015, sera lancée la communauté économique de l’ASEAN qui va renforcer les liens au sein de la région, en abolissant par exemple les tarifs douaniers ou en instaurant la libre circulation des travailleurs et des capitaux.

Comme le souligne une étude d’IHS Global Insight en juillet dernier, le PIB de l’Asie du Sud-Est est déjà supérieur à celui de l’Inde, et devrait être multiplié par 4 d’ici à 2015.

La bataille des influences
Le potentiel de l’ASEAN est tel que la Chine et le Japon essaient de renforcer leur présence dans la région.

“Le Japon veut contrer Pékin en Asie du Sud-Est pour tirer les fruits de sa forte croissance”, titrait La Tribune en janvier dernier. A peine élu, le nouveau Premier ministre japonais, Shinzo Abe organisait son premier voyage diplomatique. La destination n’a pas été choisie au hasard : puisqu’il s’est rendu en Asie du Sud-Est, dans le sillage d’Obama.

L’objectif d’Abe est simple : avancer les pions japonais en Asie du Sud-Est, source de croissance et débouché plus qu’alléchant pour les entreprises japonaises, en panne de croissance interne, comme nous l’avons vu hier dans la Quotidienne.

Seulement voilà, le Japon n’est pas le seul à s’intéresser de très près à la région. Historiquement, la Chine y est déjà très présente. Une influence chinoise qui remonte à la crise asiatique de 1997-1998. Nous l’avons vu, les capitaux occidentaux avaient alors fui… ce qui laissait le champ libre aux investissements chinois alors que l’empire du Milieu commençait son décollage économique.

Pour la Chine, l’ASEAN a d’abord été un énorme réservoir de matières premières – énergie, métaux, produits agricoles. Encore aujourd’hui, Pékin investit massivement dans les pays les plus pauvres de la région, comme le Laos, installant barrages et centrales électriques dont la production est ensuite exportée vers l’empire du Milieu et les pays voisins plus industrialisés. Mais progressivement, l’ASEAN est aussi devenue un débouché de choix pour les exportations chinoises. L’exemple des smartphones chinois cité plus haut est révélateur de cette grande tendance.

Le domaine culturel n’est pas non plus à l’abri des appétits chinois : alors que le tourisme chinois explose, Pékin encourage les partenariats avec le Cambodge ou la Thaïlande. Objectif du Cambodge par exemple, faire passer le nombre de touristes chinois dans le pays de 200 000 en 2011 à 500 000 et même 1 million en 2020.

Evidemment les entreprises occidentales ont elles aussi flairé le potentiel de l’ASEAN. Là encore, ce n’est pas hasard si L’Oréal vient d’installer sa plus grande usine en Indonésie. “Les ventes de L’Oréal dans les pays émergents dépassent celles dans les pays développés“, rappelait mardi dernier Le Monde. “D’ores et déjà, la Chine et Hongkong réunis constituent le deuxième marché de L’Oréal, après les Etats-Unis. Le groupe a fait mieux que prévu en 2012, avec un chiffre d’affaires de 22,46 milliards d’euros pour 2012, en hausse de 10,4% par rapport à l’exercice précédent“.

La bataille d’influence pour profiter d’une des régions les plus dynamiques au monde ne fait que commencer…

[Comment profiter de l'émergence du consommateur asiatique ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir dans notre rapport spécial consacré à l'Asie du Sud-Est. Avec Florent Detroy nous avons sélectionné des valeurs accessibles aux investisseurs particuliers et qui vous permettront d'investir sur la croissance asiatique. 6 recommandations à découvrir en poursuivant votre lecture...]

Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 14/02/2013.

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Cécile Chevré

Rédactrice en Chef de Défis & Profits
Cécile Chevré est titulaire d'un DEA d'histoire de l'EPHE et d'un DESS d'ingénierie documentaire de l'INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Elle est également rédactrice en chef de Défis & Profits.

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