Le diesel, les algues et les poubelles françaises

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Avec quoi roulerons-nous demain ?

Pour la Cour des comptes en tout cas, il serait sage que le diesel ne soit plus porté à bout de bras par le gouvernement. Didier Migaud, son président, a souligné dans un référé vendredi dernier que la fiscalité actuelle sur le diesel faisait perdre 7 milliards d’euros de rentrées fiscales à l’Etat. La faute à une moindre taxation du diesel comparé à l’essence, pourtant moins polluant.

Branle-bas de combat dans la majorité !
La Cour des comptes ne remet pas seulement en cause la fiscalité, mais indirectement la politique industrielle de la France. Les constructeurs ont été incités à produire des véhicules diesel depuis 30 ans. La part du diesel dans le parc automobile est ainsi passée de 4,8% en 1980 à 60% en 2012. Revenir dessus handicaperait un secteur qui n’en a pas forcément besoin actuellement.

Pire, la Cour des comptes s’attaque directement à la partie de la population la moins fortunée. Oui, les avocats et les architectes ont moins tendance à rouler en diesel que l’ouvrier ou l’employé lambda. Résultat, le gouvernement, tout socialiste qu’il soit, se retrouve dans la difficile posture de devoir modifier une fiscalité qui profite aux plus pauvres.

La multiplication des propositions, d’Arnaud Montebourg à Delphine Batho pour adapter la fiscalité ne ressemblent pour l’instant qu’à des cache-sexes. Pourtant, les solutions de carburants alternatifs existent.

Et pour une fois, je ne vais pas vous parler de la voiture électrique. Tout un panel de nouveaux carburants ont fait leur apparition. Voici un petit tour d’horizon de ceux qui feront bientôt avancer nos véhicules. Investisseurs, joueurs ou écologistes, vous n’avez que l’embarras du choix !

Cohérence plus qu’écologie
Parlons chiffres pour commencer. L’essence est taxée à 0,60 centime d’euros le litre. Le gazole 0,42 centime depuis 1999. C’est un écart supérieur à la moyenne de l’Union européenne. Résultat, 7 milliards d’euros en moins.

Mais attention, la Cour des comptes se garde bien d’expliquer que cette somme pourrait combler un éventuel déficit des retraites ou de l’assurance maladie. Non, pour les magistrats de la rue Cambon, il s’agit de pointer le paradoxe de la politique menée, en expliquant que “les dépenses de l’Etat ne contribuent pas à favoriser la transition énergétique”.

Car oui, on ne peut pas à la fois fixer des objectifs optimistes sur le nombre de bornes pour voitures électriques en 2020 (400 000 pour l’information) et à la fois financer le diesel.

Montebourg temporise
La carte immédiatement sortie par Arnaud Montebourg a été la “prime de conversion”. Il s’agit d’aider les foyers les plus modestes à changer de voitures. Suivi par la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, la proposition n’a pour seul bénéfice que de retarder le choix stratégique : par quoi remplacer sa vieille voiture polluante ?

Voiture neuve à essence ?

Voiture diesel conforme aux nouvelles normes ?

Voiture verte ?

Cette dernière option correspond aux souhaits de la Cour des comptes de privilégier les objectifs écologiques du gouvernement. On connaît d’ailleurs les efforts faits par l’Ademe, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, en faveur des voitures électriques. Mais savez-vous qu’une pléthore d’autres technologies sont développées en France ?

La poubelle, la nouvelle Arabie Saoudite ?
Le biogaz fait partie des carburants qui ont le plus de chance de s’adosser au pétrole dans les années à venir. Vous me direz que le gisement de Lacq est bientôt épuisé, et les prétendus 5,1 milliards de m3 de gaz de schiste que la France posséderait sont loin de sortir de terre.

Pourtant, la France possède du gaz, dans ses poubelles. Le biogaz est un gaz récupéré dans des décharges ou des méthaniseurs, à partir de déchets agricoles et urbains. En plus d’être proche des lieux de consommation, il a l’avantage d’émettre peu de particules, point noir du diesel. Si, pour l’Ademe, le biogaz pourrait représenter 10% de la consommation de gaz en 2020, c’est bien entendu son arrivée dans le transport qui serait déterminante. Comme le rappelle Gilles Durand, le secrétaire général de l’AFGNV, l’Association française du gaz naturel pour les voitures, “il existe des alternatives à la production d’électricité, mais il y a peu d’alternatives à la production de carburants”. La France aurait même le potentiel d’alimenter 30% de son parc automobile.

C’est ce qui explique les mesures en faveur de ces technologies. En 2011, les tarifs de rachat de l’électricité produite à partir du biogaz ont été réévalués. Les acteurs du secteur sont donc dans les starting-blocks, comme Fertigaz ou Naskeo, et nouent des partenariats avec les professionnels des déchets comme Suez Environnement ou Veolia.

Comme pour la voiture électrique, c’est la question des infrastructures qui se pose. Leur développement sera lent, et d’abord en direction des flottes de voitures professionnelles.

[NDLR : Aux Etats-Unis, la révolution de la motorisation au gaz a déjà commencé à transformer le secteur. J'en veux pour preuve, le +20% de la valeur sur le transport au gaz que Matières à Profits a fait rentrer dans son portefeuille en novembre dernier. Pour plus de détails, vous pouvez vous abonner à Matières à Profits.]

L’algue, un nouveau Koweït ?
Je vous avais promis de ne pas vous parler de la voiture électrique. Après les biogaz, la deuxième piste prometteuse pour les carburants verts concerne les biocarburants de 3ème génération.

Critiqués pour détourner une partie de la production alimentaire au profit de l’automobile, les biocarburants ont vu l’enthousiasme qui les entourait retomber ces dernières années. La recherche n’a cependant pas cessé de creuser cette piste qui consiste à produire du carburant à partir de matériaux organiques.

La dernière nouveauté en date est le carburant à partir d’algues. 10 à 20 fois plus efficace que la production d’éthanol à partir de colza ou de tournesol, l’algue est particulièrement prometteuse. D’ailleurs, tous les plus grands pétroliers ont investi sur ce secteur, à l’instar de l’investissement de Total dans Cellectis (ALCLS : Euronext).

Mon conseil
Le biogaz comme les biocarburants de 3ème génération sont deux secteurs qui commencent à peine à intéresser les automobilistes. Il s’agit donc de deux marchés extrêmement spéculatifs.

La France a l’avantage de posséder des pure-player sur ces deux secteurs. Le premier concerne la méthanisation agricole, avec Metahnor. Cette société est cotée à Paris sur l’Alternext, le marché des petites et moyennes entreprises (ALMET : Alternext). La compagnie bénéficie d’une bonne visibilité, grâce à ses contrats de rachat d’électricité sur 15 ans signés avec EDF.

Dans le secteur des algues, deux Français se partageront, à côté de Cellectis, les lauriers éventuels de la recherche sur les algues, avec Deinove (ALDEI : Alternext) et Metabolic Explorer (METEX : Euronext). Là encore, ces acteurs n’en sont qu’au stade de la recherche. Prudence donc.

Bon investissement.

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Florent Detroy

Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

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