Où sont passés les pays émergents ?
Où est le tonitruant ministre des Finances brésilien Guido Mantega ? Où est l’orfèvre de la politique économique indienne Manmohan Singh ? Et l’apôtre du libéralisme russe Dmitry Medvedev ?
Il fut un temps où ces personnages étaient des stars des marchés. Aujourd’hui, seule la Chine a fait une apparition remarquée dans Les Echos ou le Financial Times récemment, à la suite du changement de direction à la tête du pays. Il faudra cependant attendre 10 ans avant de voir une telle info se reproduire. Le fond du problème réside dans l’essoufflement de la croissance de ces pays. Ce matin, Le Figaro titrait “La Chine, l’Inde et le Brésil marquent le pas”. Et effectivement, les croissances sont attendues à 5% en Inde et 7,5% en Chine en 2013, alors que le Brésil sort tout juste d’une année quasi blanche, avec une croissance de 0,9%.
La Chine en particulier inquiète. La reprise que l’on croyait confirmée en début d’année est en train de s’essouffler. La production manufacturière a connu un rythme de progression parmi les plus bas depuis 2009, et les ventes au détail restent en berne. Dans ces conditions, on pourrait s’attendre à une chute du prix des matières premières.
Il n’en est rien.
Contre toute attente, le ralentissement de l’activité se double d’une hausse des prix de certaines matières. C’est tout particulièrement le cas pour le fer. Alors que la sidérurgie chinoise se traîne, les prix du fer décollent. Il n’en fallait pas plus pour que Pékin hurle à la manipulation des cours.
Et pour une fois, Pékin n’a peut-être pas tout à fait tort. Faute de demande, il est possible les grands miniers ont été tentés de manipuler les cours du fer. Cette technique pourrait conduire Pékin à renforcer ses partenariats avec des partenaires plus “sûrs”.
+80% en deux mois
Entre septembre 2012 et janvier 2013, le prix du fer sur le marché spot est passé de 80 $ la tonne de minerai de fer à 153 $, soit une hausse de 80% en quelques mois. Aujourd’hui, la tonne est légèrement redescendue, autour de 144 $.
Il faut reconnaître que l’hiver est traditionnellement une saison de hausse des prix. D’une part, les sidérurgistes ne reçoivent plus de fer des usines de concentration de fer chinoises, qui tournent à cette époque au ralenti. Ils sont ainsi obligés de se tourner vers les marchés internationaux. D’autre part, les premiers mois de l’année sont régulièrement marqués par des intempéries en Australie et au Brésil, ce qui perturbe les livraisons de fer (l’Australie et le Brésil sont parmi les principaux producteurs de fer). Les sidérurgistes ont l’habitude de refaire leurs stocks avant la saison des pluies.
Il n’empêche, la hausse de près de 70% ne se justifie pas au regard des fondamentaux.
Hausse des stocks d’acier…
Récemment, une enquête de la banque australienne Macquarie Research révélait que les 40 aciéristes, 30 grossistes d’acier et 30 négociants de minerai de fer interrogés s’attendaient à une détérioration de la situation en ce début d’année. Bien entendu, l’impact du Nouvel An chinois qui a été célébré fin février a joué un rôle.
Pourtant la hausse des stocks à laquelle s’attendaient ces acteurs a été plus forte que prévue. C’est en particulier les produits longs qui ont vu leur demande baisser, témoignant d’une baisse de l’activité du bâtiment. Ce ralentissement a été confirmé par le directeur exécutif de Baosteel, le leader de l’acier en Chine, qui a confirmé espérer une croissance de 3% du marché cette année. C’est stable comparé à 2012, mais considérablement moindre que les années précédentes.
Face à un tel tableau, comment expliquer que les prix du fer soient encore si hauts ?
… et baisse de ceux de fer
Si le bâtiment est en berne, la demande de produits plats est restée soutenue, témoignant d’une bonne résistance du secteur manufacturier. Mais la hausse des prix du fer et le déclin de la construction ont conduit à un vaste mouvement de déstockage dans le fer depuis 6 semaines comme le souligne L’Usine Nouvelle. Cette situation a soutenu les prix du fer. D’ailleurs, ils pourraient rester soutenus, car selon l’analyse de la banque australienne, les petits aciéristes vont être encore obligés d’acheter sur les marchés internationaux leur fer.
La résistance de l’industrie a-t-elle été la seule raison de la hausse des prix du fer ? La Chine a une autre analyse.
Une manipulation des cours
L’empire du Milieu, par l’intermédiaire de son organe de planification économique, a accusé les grands miniers (BHP Billiton et Rio Tinto…) d’avoir manipulé les cours. D’abord, les mineurs auraient retardé leurs navires, afin qu’un effet de pénurie se produise sur le marché spot. Toutefois, les pluies qui ont perturbé les ports en Australie peuvent aussi expliquer cette situation. Par contre, Pékin a accusé BHP Billiton d’avoir procédé à l’achat de 100 000 tonnes sur le marché spot pour faire remonter les cours. Cette accusation semble davantage fondée.
Effectivement, depuis 3 ans, le marché du fer a été profondément transformé. Jusqu’en 2010, le prix des contrats de livraisons étaient fixés annuellement. Du fait de la volonté des grands producteurs de subitement adopter des règles trimestrielles de fixation des prix et de passer davantage sur les marchés spot, les cours sont devenus beaucoup plus volatils. En parallèle, l’Inde a exporté de moins en moins de fer, ce qui a contribué à assécher le marché spot. La volatilité n’en a été que renforcée. Ainsi l’achat de BHP Billiton avait de grandes chances de faire bondir les cours.
Quel avenir pour le fer ?
Il est toujours risqué d’investir sur une matière dont on sait que les cours peuvent être désormais manipulés à la guise des producteurs. Toutefois les fondamentaux à court et moyen terme du marché justifient un certain optimisme sur les prix du fer. Plusieurs raisons :
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Des stocks bas
Conséquence de la politique de déstockage, les industriels chinois vont être obligés de revenir sur les marchés internationaux, du fait des trop faibles stocks. Comme le souligne M. Graeme Train du bureau Macquarie basé à Shanghai, “il est difficile d’être trop baissier”.
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Une faible urbanisation
Il faut garder à l’esprit que le rythme d’urbanisation chinois est encore au milieu du guet. Avec 50% d’urbains, la Chine est encore loin des 80% du Brésil. Sans parler de l’Inde, dont le taux d’urbanisation n’est que de 30%. Selon le site China Confidential, Pékin devra encore construire 1000 villes sur la décennie à venir pour accueillir les nouveaux migrants. Pour Raw Materials Group, la demande de fer pourrait ainsi encore doubler d’ici 2030.
Mon conseil
La Chine va poursuivre invariablement sa politique d’achat de minerais à l’étranger. Rappelez-vous, malgré le tapage autour du scramble minier chinois en Afrique, Pékin ne contrôle qu’1% des mines africaines… contre 28% pour Anglo American. La seule inconnue est quel groupe sera envoyé en première ligne pour négocier les investissements. Récemment, le Financial times se demandait “qui portait la culotte ?” dans le secteur minier chinois, tant il paraissait encore très éclaté. Le journal souligne que le premier producteur de fer chinois ne produisait que 10% de la production de BHP Billiton. Il faut s’attendre donc à une poursuite de la concentration du secteur minier chinois, afin que les groupes puissent un jour concurrencer les groupes occidentaux dans la prospection.
La deuxième piste d’investissements est de miser sur les groupes miniers qui ont encore les faveurs de Pékin. D’abord, Fortescue Metal Group, la minière australienne, fait partie des cartes que joue Pékin depuis longtemps, car elle n’est pas intégrée dans le “cartel” du fer qui contrôle quasiment le marché spot. Surtout, Fortescue est davantage spécialisé sur le fer que BHP, ce qui vous procure une exposition plus grande.
Titre : Comparaison sur 6 mois des performances
de Fortescue Metal Group (FMG : AU) en orange
et de BHP Billiton (BLT : LSE), en vert.
Ensuite, Vale (VALE 3 : Nyse) peut être une bonne idée d’investissement. Depuis quelques semaines, Vale fait profil bas face au conflit Pékin/BHP car le groupe brésilien espère obtenir l’autorisation d’accoster sur les cotes chinoises avec ses cargos géants. En cas d’autorisation, Vale deviendrait subitement une proie des investisseurs.


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