L’or 10 fois plus bas, le Dow 10 fois plus haut ?

| |

Si je ne pouvais donner qu’un seul conseil à l’investisseur qui débute, ce serait peut-être celui-ci : gardez l’esprit ouvert, afin d’être prêt à tout !

La seule chose qui me surprendrait serait de trouver quelqu’un que le marché n’a jamais surpris ; la pensée unique est souvent le pire ennemi du spéculateur.

Au plus fort de la tulipomanie, en février 1637…
… des promesses de vente pour un oignon de tulipe se seraient négociées pour un montant égal à 45 fois le salaire annuel moyen de l’époque ; un bulbe de Semper Augustus se serait échangé contre cinq hectares de terre. D’autres seraient partis contre deux maisons, ou encore huit veaux gras.

Il est vrai que la vente à découvert avait été interdite par un édit en 1610, interdiction renforcée par une succession d’édits plus rigoureux encore en 1621, en 1630 et de nouveau en 1636. Quand les cours, d’une action ou d’un oignon se voient multipliés par 67 en moins de 14 ans, la sagesse populaire s’adapte, du moins pour un certain temps.

La sagesse serait-elle de ce bas monde ?
D’ailleurs, nous l’avons constaté à deux reprises au cours de la dernière décennie.

D’abord, Wall Street a convaincu les profanes qu’il existait désormais une "nouvelle économie" virtuelle, modèle qui rendait risible les notions du passé comme le ratio cours/bénéfices ; quand le soufflé est tombé, le réveil fut difficile. Les "pigeons" des marchés ont alors juré, en 2002 au pire de la crise, que nul ne les attraperait plus jamais ; effectivement, cela a fonctionné pendant environ cinq ans, jusqu’à ce que les banquiers persuadent leur auditoire que l’avenir serait radieux pour qui consentirait à prêter de l’argent à des gens fauchés.

Pas tant qu’on jouera au Monopoly…
Résultat des courses : les autorités mondiales suivent désormais l’exemple du Japon, en ouvrant le robinet des liquidités tout grand, de manière à inonder le monde d’argent Monopoly pour sauver un système moribond.

Les observateurs intelligents, comme vous et moi, ont une analyse logique de la chose : cette diarrhée monétaire aura pour conséquence logique l’inflation, la dévaluation de la monnaie, une perte de pouvoir d’achat pour qui la détient et j’en passe.

Certains penchent pour un scénario boursier "à la japonaise", et la plupart des investisseurs de bon sens devinent que la valeur de l’or devrait au pire se maintenir, et au mieux exploser à la hausse ; jusque-là, il est à supposer que nous sommes tous plus ou moins d’accord.

Et c’est là que le bât blesse. Si tout le monde s’accorde sur telle ou telle analyse, c’est que la pensée unique n’est pas loin.

La curiosité toujours vous sauvera
C’est pourquoi je me suis livré à une comparaison, par simple curiosité ; avant de vous la présenter. Je précise qu’être au courant qu’une forte corrélation n’implique pas forcément la moindre causalité.

Ci-dessous, un graphique à échelle logarithmique comprenant trois courbes.

En bleu, nous avons le cours de l’or divisé par l’indice Dow Jones, le tout ramené à 100 en 1979.

En rouge, les taux d’intérêt américains à très court terme (Fed Funds overnight), eux aussi ramenés à 100 en 1979.

La courbe noire n’est que l’ombre de la bleue, et permet de comparer la série rouge à une série bleue un peu plus tardive.

S’appuyer sur les corrélations pour mieux anticiper
Tout d’abord, force est de constater que la corrélation entre les deux distributions — sans décaler les dates — dépasse les 0,80. Au risque de m’attirer les foudres des statisticiens qui préféreront peut-être une explication plus subtile, cela signifie que, plus de quatre fois sur cinq, les deux distributions connaissent une évolution dans le même sens et dans des proportions comparables.

Il suffit de décaler le ratio or/Dow vers l’avant pour voir cette corrélation augmenter; en termes simples, cela signifie tout bonnement que les taux d’intérêts "ont de l’avance", en moyenne, sur cette deuxième distribution et que, dans plus de quatre cas sur cinq, le spéculateur ferait bien de parier que la courbe bleue finira par suivre la rouge, parfois avec un retard de plusieurs années.

L’or va baisser, les marchés actions vont grimper
Si c’était le cas, cela signifierait que l’or serait susceptible de perdre énormément de sa valeur en termes relatifs (comparé aux actions), que les actions vont progresser de beaucoup (d’un facteur de plus de 10 comparé au métal jaune), ou une combinaison des deux (par exemple, Dow multiplié par quatre, prix de l’or quatre fois plus bas). A l’extrême, l’or pourrait voir son prix divisé par 10 et le Dow son niveau multiplié par 10, simultanément.

Ou alors, si nous nous trouvons dans l’un des cas (sur cinq) qui ne suit pas la règle, alors il ne faut pas s’attendre à ce que cela dure trop longtemps.

Enfin, il reste toujours possible qu’il s’agisse d’une anomalie statistique, ou que la relation qui a naguère fonctionné cesse d’être correcte.

Mon avis sur la question ?
Personnellement, s’il devait y avoir forte progression des indices actions, je pencherais pour une inflation réelle, ce qui signifie que si le Dow devait passer de 10 à 20 000 points par exemple, le pouvoir d’achat réel en dollars devrait décliner au moins de moitié sur la même période.

Quant à l’or, une chute de sa valeur n’est certes pas probable dans un marché libre et ouvert ; mais que se passerait-il si les gouvernements de la planète imitaient Franklin D. Roosevelt en 1933, quand celui-ci signa l’ordre exécutif 6102 interdisant la détention d’or par les particuliers ? Il suffirait que les politiciens laissent le choix suivant à la population : vendre son or aux autorités pour 100 dollars l’once — soit 10 fois moins que les niveaux actuels — ou aller en prison.

Improbable ? Certainement. Impossible ? C’est vous qui voyez
Refusant de prendre un risque de marché jugé trop risqué, Inside ALPHA préconise donc, tant vis-à-vis de l’or que du marché actions, une attitude neutre au marché. Attitude d’ailleurs tout aussi profitable, si ce n’est davantage, sur le long terme.

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur son site Internet Le Coin des Insiders.

Author Image for Marc Mayor

Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché"). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders", qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable). Il participe régulièrement au Billet du Trader et à l'Edito Matières Premières & Devises.