Les espoirs de reprise tirent les matières premières à la hausse

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Encore une très belle semaine pour les marchés actions qui poursuivent leur hausse entamée début mars. Le CAC a gagné plus de 12% sur avril, à l’unisson des marchés actions de la planète, et en réponse aux résultats moins mauvais que prévu des entreprises.

S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir cette semaine, ce serait sans aucun doute le chiffre de la consommation américaine. Les ménages américains reviennent en force dans les magasins, et c’est une excellente nouvelle. L’indice de confiance des consommateurs est ressorti bien au-delà des espérances pour avril, revenant à son plus haut depuis septembre.

Sont-ils sortis de l’état de torpeur dans lequel ils étaient tombés ? Les chiffres plaident en leur faveur : la consommation au premier trimestre affiche un fier +2,2% alors qu’elle était en fort recul sur le trimestre précédent. Etonnant… vraiment.

La hausse de chômage américain et l’endettement massif n’ont qu’à bien se tenir. Ils n’ont décidément pas froid aux yeux, nos amis américains, si passionnément consommateurs. Et c’est tant mieux !

Dollar et yen sont en repli, le goût du risque revenant…

1. Energie : fort rebond du baril de brut sur la semaine
Cette semaine, le cours du pétrole est repassé franchement au-dessus des 50 $, alors qu’il testait les 48 $ la semaine précédente. Tiré par l’ambiance enthousiaste des marchés actions et par les indicateurs économiques de moins en moins alarmistes, il revenait tôt ce matin à 53,50 $ le baril.

Vendredi déjà, le WTI terminait au-dessus des 53 $ sur le NYMEX, passant en cours de séance bien au-delà des 53,50 $. Le Brent, coté à Londres, flirtait lui aussi avec les 53 $ à 52,85 $.

Le redressement de la production industrielle aux Etats-Unis (ISM), en Chine et au Japon, l’un des Etats les plus touchés par la crise, a redonné une lueur d’espoir aux marchés : nous avons peut-être touché le fond… D’où le caractère enjoué des marchés. Car n’oubliez pas qu’une industrie qui "tourne" est une industrie qui consomme des matières premières et de l’énergie.

Cela dit, quelque chose me contrarie : les commandes industrielles sont ressorties en baisse sur mars aux Etats-Unis et les marchés n’en ont pas tenu compte. Pourtant, les commandes d’aujourd’hui ne font-elles pas l’activité de demain ? Les marchés sont définitivement optimistes…

Quoi qu’il en soit, le brut devrait probablement se maintenir pour l’instant dans un canal compris entre 48 et 54 $, et ce tant que la demande restera atone. Seule une baisse de la production ou une reprise réelle de la consommation de brut à court terme pourrait pousser les cours à sortir du canal par le haut.

Or pour l’instant, les stocks de brut aux Etats-Unis continuent de croître et la demande reste clairement au point mort.

2. Métaux précieux : repli généralisé…
Cette semaine, les métaux précieux sont en repli, à commencer par l’or.

Les investisseurs, aussi inconstants que le zéphyr, font aujourd’hui le pari de la fin proche de la récession. Ainsi, ils abandonnent sans état d’âme l’actif aurifère qui leur a pourtant si bien servi de valeur refuge dans la tourmente.

L’or, qui testait en début de semaine les 919 $ l’once, est ainsi revenu jusqu’à 880 $ en cours de séance vendredi.

Les perspectives ?

"Les indicateurs journaliers restent négatifs et mal orientés, plaidant pour une poursuite de la phase corrective", écrivait jeudi Marc Dagher dans L’Investisseur Or & Matières. "Par ailleurs, il devrait manquer une vague de baisse au sein du mouvement initié en février dernier et qui s’inscrit désormais au sein d’un nouveau canal… Une nouvelle vague de baisse reste privilégiée tant que la résistance clé située sur les 922 $ n’est pas nettement dépassée", poursuivait-il.

Cette semaine, l’once d’argent a suivi l’or à la baisse.

Les platinoïdes ont souffert de l’annonce du dépôt de bilan de Chrysler. Je vous rappelle que le marché automobile est leur principal débouché.

En revanche, et c’est un point positif qui devrait permettre de stabiliser les cours, la production continue de régresser. Anglo American a ainsi annoncé avoir réduit sa production de platine et de palladium de quelque 50% sur le dernier trimestre par rapport au trimestre précédent (le dernier de 2008).

Cours à
3 mois
Vendredi
24/04/2009
Vendredi
01/05/2009
Variation / semaine
 Aluminium* 1 457 1 539 5,63%
 Cuivre* 4 470 4 600 2,91%
 Plomb* 1 435 1 400 -2,44%
 Nickel* 11 550 11 900 3,03%
 Etain 12 600 12 450 -1,19%
 Zinc* 1 420 1 515 6,69%
 Acier (Méditerranéen) 335 340 1,49%
 Or (spot) 912,70 888,20 -2,68%
 Argent (spot) 12,92 12,58 -2,63%
 Platine (spot) 1
178,50
1 091,80 -7,36%

* cours en $ sur le LME à trois mois

3. Métaux de base : une fois de plus rattrapés au vol par le géant chinois
Nos métaux avaient bien mal commencé la semaine, plongeant fortement suite à l’annonce de l’émergence d’une grippe porcine. Ils ont été "rattrapés au vol" par la Chine, venue redonner espoir aux investisseurs, une fois de plus.

Les prises de bénéfices ont été massives après la très forte hausse des cours des métaux sur les dernières semaines. Et ce sont les bonnes nouvelles en provenance de la Chine qui ont interrompu le mouvement baissier, avec l’annonce d’une production industrielle bien meilleure que prévue notamment. Voilà qui a redonné des ailes à nos métaux, la Chine étant le plus gros consommateur mondial de métaux.

Ajoutez à cela l’amélioration des productions industrielles américaine et nipponne, et tout va déjà beaucoup mieux au "pays des métaux".

Le mouvement devrait se poursuivre car l’indice des directeurs d’achats chinois est ressorti ce matin dans le vert à 50,1 points, niveau qui n’a plus été atteint depuis près de neuf mois. Encore un chiffre qui va dans le sens d’un rebond économique chinois.

Du côté du cuivre, deux facteurs de soutien : le repli de la production chilienne — de loin le premier producteur mondial de cuivre — de quelque 10% en un an (à février). Et le repli de l’offre issu du recyclage.

Comme je vous le disais récemment, le marché est excédentaire. Selon le Groupe international d’étude du cuivre (l’ICSG), l’excédent s’élevait à 150 000 tonnes en janvier, alors qu’un an plus tôt, nous étions en situation de déficit.

L’aluminium est toujours plombé par un stock impressionnant et par les tristes perspectives du secteur automobile. Or ce secteur est l’un des principaux débouchés pour l’aluminium.

Notez aussi que la production avait fortement chuté ces derniers mois, permettant ainsi de "limiter les dégâts" face à une demande en chute libre. Mais je viens d’apprendre que les Chinois relancent depuis peu leur production nationale… Voilà qui ne présage rien de bon pour les cours de l’aluminium.

4. Soft commodities : très belle semaine pour les "grains"
Le maïs a bondi de 3,80 à 4,13 $ le boisseau sur le CBOT la semaine dernière, le blé de 5,20 à 5,67 $ le boisseau et le soja de 9,80 mardi à 11,18 $, toujours sur le CBOT.

Les céréales ont été tirées par les marchés actions, les espoirs de sortie de crise et le léger repli du dollar.

Mais c’est surtout l’annonce par le ministre américain de l’Agriculture d’une baisse de ses prévisions de production cette année pour le soja et le maïs qui ont fait réagir les marchés.

De son côté, la Chine a elle aussi annoncé une baisse prévisible de sa production de blé par rapport à l’an dernier. En cause, la sécheresse de l’hiver dernier. Ainsi, la production passerait de 112,5 millions de tonnes en 2008 à 111 millions de tonnes cette année.

Autre facteur de soutien, l’incertitude quant à l’évaluation des dégâts infligés récemment par les caprices météorologiques au blé d’hiver américain.

Et pour couronner le tout, les météorologues anticipent le retour d’El Niño dans les mois à venir, ce qui devrait le cas échéant influer l’Australie, très grosse productrice de blé. En effet, ce phénomène climatique génère sur l’Australie de fortes sécheresses. Et donc, un risque à venir sur la production de blé.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
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