Regarder la télévision a toujours été un motif de dispute dans ma famille. A vrai dire, ce n’était pas tant lorsqu’elle était allumée que les esprits s’échauffaient que lorsqu’elle était éteinte. Quand l’heure d’aller se coucher sonnait, la famille perdait son unité, sa convivialité, et deux camps se formaient : les pro-mode veille et les anti-mode veille.
Les uns vilipendaient les dépenses d’énergie supplémentaires liées à ce mode, tandis que l’autre camp les relativisait arguant du fait que, tout de même, il était bien confortable de ne pas avoir à se lever pour allumer la télévision. L’harmonie d’une famille tient souvent à peu de choses. Je peux le dire, le mode veille a sapé les fondements de notre foyer.
Aujourd’hui, vous l’avez compris, j’ai décidé de revenir sur cette grande question : le mode veille des téléviseurs est-il si ruineux que cela en électricité ? Plus globalement, je vous propose de nous attarder sur ce marché en plein expansion qu’est celui de l’efficacité énergétique.
Alors que s’ouvrira le 20 novembre le débat sur la transition énergétique en France, je suis persuadé que l’efficacité énergétique sera au coeur des annonces. S’étant engagée à améliorer de 20% son efficacité énergétique d’ici 2020, la France possède également un atout de taille : l’importance de ses groupes dans ce secteur.
Plusieurs compagnies devraient connaître un essor sans précédent grâce au développement du marché de l’efficacité énergétique dans toute l’Union européenne. Je vous confierai deux pistes d’investissements après ces quelques lignes.
Les téléviseurs consomment moins, mais nous consommons plus
Pour continuer sur la télévision, je me suis aperçu que la question de l’efficacité énergétique est, depuis 10 ans, une préoccupation majeure pour le secteur de l’électronique.
Pourtant, les débuts ont été chaotiques. Les premiers téléviseurs équipés du mode veille, apparus dans les années 1990, pouvaient consommer autant d’électricité une fois éteints qu’en fonctionnement. Une télévision en mode veille consommait entre 10 et 30 W, contre 30 à 150 W une fois allumée.
Christian Glaize, spécialiste en Energies Renouvelables et en Maîtrise de l’Energie, a calculé la consommation énergétique annuelle d’un téléviseur. Une télévision consommant 50 W, 4 heures par jour en moyenne, consommera 73 kWh sur un an (4 h/jour x 365 jours x 50 W = 73 kWh).
En mode veille, même en imaginant une consommation basse de la veille autour de 5 W, la consommation sera de : 36,5 kWh (20 h/jour x 365 jours x 5 W = 36,5 kWh).
Pour résumer, un tiers de l’énergie consommée par notre téléviseur vient du fait que l’on ne sait pas si l’on va regarder Les Bronzés pour la 14e fois ou si l’on va finir notre bouquin le soir.
C’est ce qui a poussé la Commission européenne à signer un accord avec les fabricants de télévisions, leur enjoignant d’abaisser progressivement la consommation de leurs appareils en mode veille. Ils ne devaient pas dépasser 10 W en 2000, pour arriver à moins de 1 W en 2007.
L’efficacité énergétique, de plus en plus indispensable
En accord avec les engagements pris dans les années 1990, les constructeurs ont réussi à réduire la consommation énergétique des téléviseurs. Désormais, même les écrans plats LCD qui viennent envahir nos salons consomment moins de 1 W en mode de veille.
Pourtant, trois problèmes subsistent :
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La consommation en fonctionnement
Le problème des écrans plats est que la taille de l’écran n’est plus freinée par la contrainte du tube cathodique. Ainsi ils ont tendance à être de plus en plus larges, et à consommer de plus en plus. Un écran plasma peut consommer jusqu’à 450 W, alors que les télés à tube cathodique plafonnaient à 50 W.
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La multiplication des appareils
Si nous nous félicitons des avancées dans l’efficacité énergétique, les économies réalisées sont vite annulées par la multiplication des appareils qui équipent nos salons. Aux télés se sont ajoutés progressivement les lecteurs de DVD, les décodeurs satellite, les box internet, les consoles de jeux et les ordinateurs. Certains équipements d’ordinateur ne possèdent même plus d’interrupteur, comme certaines imprimantes, et restent constamment en mode veille.
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L’effet rebond
C’est peut-être l’effet le plus inquiétant. L’effet rebond définit le fait d’utiliser davantage un appareil lorsque l’on sait qu’il consomme moins. Par exemple, nos appareils électroménagers sont désormais classés selon l’intensité de leur consommation. Mais l’achat d’un appareil très efficace énergétiquement nous conforte dans l’idée qu’il n’est pas si grave de le laisser en veille, puisqu’il ne consomme “pas tant que ça”. La consommation énergétique peut ainsi rester inchangée.
Ces trois tendances rendent d’autant plus indispensable la maîtrise de notre consommation énergétique. Or celle-ci vient d’être mise à mal tout récemment.
L’efficacité énergétique, le défi de demain
Lundi dernier, l’Agence internationale de l’énergie publiait son rapport World Energy Outlook 2012. Si la partie sur le pétrole a largement été médiatisée, le deuxième axe sur lequel l’Agence a insisté est l’efficacité énergétique.
Comme elle le rappelle, les grands pays ont, ces dernières années, engagés des programmes ambitieux. Ainsi la Chine veut réduire de 16% son intensité énergétique d’ici à 2015, alors que l’Union européenne s’est engagée à diminuer de 20% sa demande énergétique en 2020. Mais comme le rappelle Fatih Birol : “nous sommes très loin des investissements nécessaires”. Et de rappeler que dans le secteur du bâtiment et de l’industrie par exemple, c’est “80% des sources d’économies possibles restant à faire”.
Mon conseil
Alors que tout reste à faire, je vous propose de vous positionner sur ces deux secteurs dès à présent :
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Le bâtiment
C’est le secteur sur lequel le gouvernement français s’est le plus engagé. Or la France, grâce à son histoire dans le domaine du génie publique et du bâtiment, possède plusieurs groupes leaders dans leur domaine. Saint-Gobain ou le cimentier Lafarge ont réussi à se sortir de la crise de 2008 en misant sur l’efficacité de leurs technologies ainsi que sur des matériaux permettant une meilleure maîtrise de l’énergie. Le redressement de Lafarge, +64% cette année, est largement dû à la réorientation de sa stratégie.
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L’industrie
En plein débat sur la compétitivité, le magazine l’Usine Nouvelle attirait l’attention de ses lecteurs sur le fait que l’efficacité énergétique était aussi une source de compétitivité pour l’industrie. J’apprécie personnellement le positionnement de la société Rexel. Spécialisée dans la distribution de matériels électriques, cette entreprise a effectué sa mue ces dernières années pour se concentrer sur le service aux entreprises, l’expertise technique et la gestion de l’énergie. Désormais elle est leader de son marché, et devrait continuer à croître grâce à son excellent positionnement.
[NDLR : Notre spécialiste des valeurs d'avenir, Jean-Claude Périvier, a déniché pour vous une valeur du secteur de l'efficacité énergétique – basée au Chili. Le titre semble bien positionné pour décoller – profitez-en dès maintenant : il suffit de continuer votre lecture...]
Bons investissements.


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