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Le frigo chinois se remplit, profitez-en !

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Je suis arrivé en Chine avec sous le bras une liste de vocabulaires essentiels.

Je m’étais en particulier constitué une liste impressionnante de vocabulaire culinaire, désirant étaler ma maigre connaissance de la langue dans tous les restaurants pékinois. De la crevette au ravioli poulet en passant par le crabe poilu… j’étais assuré de pouvoir manger à ma faim tout au long de mon périple.

Le premier mot que j’ai appris était “riz”. Bien sûr, il n’existe pas un mais plusieurs idéogrammes pour ce mot. La céréale (水稻), le riz (大米), le riz cuit (米饭)… et j’avais méthodiquement appris chacune d’elles. Malheureusement, la première fois que je rentrai dans un restaurant, on me servit… des nouilles !

L’internationalisation du goût en Chine…
Au Panthéon des idées reçues, je classerais le riz en Chine à peu près au même niveau que la tortilla en Espagne ou le gigot bouilli en Angleterre. C’est vous dire si le choc fut rude.

Conscient que je n’avais encore rien compris aux habitudes culinaires chinoises, j’ai donc effectué un petit cours de rattrapage en gastronomie chinoise. La première conclusion que l’on tire est simple, les Chinois ont envie de nouveauté. Hamburger, sushi, Chocapic… j’ai retrouvé à peu près tout dans leurs supermarchés.

Pour répondre à ce début d’internationalisation du goût, et gagner également en productivité, les autorités ont ouvert les portes à de nombreuses multinationales de l’agro-alimentaire.

J’ai repéré pour vous plusieurs sociétés qui profiteront de cette tendance. Alors que les goûts culinaires chinois évoluent, elles seront en première ligne pour y répondre. L’agro-alimentaire, c’est le nouveau secteur d’investissement sur lequel je vous propose de m’étendre aujourd’hui.

… éclaircit le mystère des nouilles de Pékin
Le mystère des nouilles de Pékin s’est finalement très vite éclairci. Le blé est la culture dominante dans le nord, notamment dans le Heilongjiang (au nord de Pékin), dans les plaines du bas Yang Tsé et les plaines du fleuve Jaune. Le riz, à l’inverse, est davantage cultivé dans les régions du sud.

Pourtant cette distinction a tendance à s’estomper. Si j’ai facilement trouvé du riz à Pékin, j’ai surtout constaté que le blé commençait à prendre le dessus sur le riz. Et il semble que ce soit un phénomène assez classique.

Le Japon et les pays de l’ASEAN avaient vu à leur tour leur consommation de riz diminuer au profit de la farine de blé. Actuellement, le goût pour le blé est en train de s’étendre à toute l’Asie. Récemment, le Vietnam, l’Indonésie et les Philippines se sont mis à importer d’importantes quantités de blé.

Plat de la province du Yunnan, dans le sud de la Chine, à base de légumes et de nouilles

En Chine, les équilibres régionaux sont profondément modifiés par ce changement. Les régions productrices de riz au sud, autrefois exportatrices, commencent à importer du blé du nord.

L’explication est surtout très intéressante pour nous. Le blé convient mieux à une alimentation diversifiée, car on peut en faire des crêpes, des nouilles, du pain… alors que l’on consomme le riz seulement sous forme de grains.

Cette transition témoigne donc d’une diversification des goûts chinois.

Cependant, avant d’arriver à produire une alimentation variée, la Chine a encore beaucoup d’obstacles devant elle. Et en particulier, elle doit d’abord arriver à augmenter sa production actuelle tout en améliorant sa qualité.

Je suis régulièrement revenu dans l’Edito Matières Premières & Devises sur les raisons qui expliquent la hausse de la consommation alimentaire chinoise. L’augmentation de la population urbaine entraîne un changement d’habitudes alimentaires, qui se caractérise notamment par une hausse de la consommation de viande.

Or le phénomène ne devrait pas s’achever avant longtemps. La population urbaine devrait encore atteindre 822 millions d’habitants d’ici 2030, contre 607 millions aujourd’hui.

Pour répondre à la demande, la Chine a commencé à profondément moderniser son agriculture.

La Chine, premier producteur de blé au monde…
Le pays a réussi notamment à devenir autonome en blé en augmentant ses rendements. Ils s’élèvent actuellement à 4,7 tonnes par hectare. C’est plus du double du rendement moyen étasunien. Mieux, la Chine est aujourd’hui le premier producteur de blé au monde, avec 115 millions de tonnes produites l’année dernière.

Ces performances ont été atteintes grâce un important soutien du gouvernement, notamment dans le choix des semences et une utilisation accrue d’engrais. Les gains de productivité devraient continuer à croître, alors que le gouvernement a encore augmenté les subventions et ses aides. A terme, l’Etat veut mécaniser à 90% les principaux marchés agricoles chinois, contre 30 à 40% aujourd’hui.

[NDLR : Matières à Profits s'est penché récemment sur un des leaders de la mécanisation de l'agriculture dans le monde. Américaine, cette compagnie détient trois usines de production en Asie. Elle possède surtout une marque chinoise de machines agricoles, ce qui la rend incontournable sur le marché chinois. Pour investir sur ce futur leader, retrouvez-moi dans MAP.]

… et prix Nobel dans le riz !
Dans le riz, la production a également fortement progressé. Les efforts chinois en agronomie ont même été récompensés par un prix Wolf, l’équivalent du Nobel de l’agriculture, décerné en 2004 à l’agronome Yuan Long Ping.

Cet agronome, “qui rêve de plants de riz aussi grands que des arbres”, a réussi à faire passer les rendements à l’hectare de trois tonnes en 1964, à 12 tonnes en 2012. Notez que le Japon plafonne encore à 6,6 tonnes à l’hectare.

Le prochain défi de Yuan Long Ping sera d’atteindre 15 tonnes !

Pourtant d’importants efforts restent à faire avant que l’agriculture chinoise devienne efficace.

La production encore handicapée par trois problèmes

  • La réduction des terres arables

On estime qu’1% des terres arables chinoises disparaissent chaque année sous le double coup de l’urbanisation du territoire et de la pollution des sols. Pire, 15% des sols seraient déjà pollués aux métaux lourds.

C’est particulièrement le cas pour la culture du riz. 10% de la récolte serait contaminée.

  • Le manque d’infrastructures

Le pays perd autour de 10% de sa production de blé chaque année lors du transport et l’acheminement, et 20% de sa production de légumes (le pays est le premier producteur au monde). La moyenne tourne autour de 2% à 4% dans les pays développés.

Au total, le pays perd 300 millions de yuans en produits agricoles chaque année à cause de ses faibles infrastructures de stockage et de distribution.

  • Les scandales sanitaires

Après le lait à la mélanine, le porc aux anabolisants, les pastèques qui explosent et le choux au formole, le moins que l’on puisse dire, c’est que la confiance des consommateurs chinois dans la production nationale s’est quelque peu estompée.

Si la Chine est donc bien un géant agricole, elle est encore un nain de l’agro-alimentaire, c’est-à-dire la transformation des produits. Pour l’instant, un quart seulement de la production agricole chinoise est transformée. Le gouvernement est en train de prendre des mesures pour inverser la tendance.

Ainsi, le marché de l’agro-alimentaire devrait croître de 10% par an jusqu’en 2016.

Mon conseil : le secteur laitier
Un secteur va particulièrement profiter du changement alimentaire chinois, celui du lait.

J’étais déjà revenu sur l’irruption de la Chine sur le marché laitier en avril dernier dans un Edito. Aujourd’hui, je vous propose d’investir dans le secteur des marchandises, les produits laitiers.

Le secteur laitier est en train de repartir en forte hausse, quatre ans après le scandale de la mélanine. Grâce à une meilleure régulation et un début de concentration dans le secteur, les consommateurs sont rassurés. La consommation de produits laitiers connaît ainsi une croissance de 5% - 8%.

Surtout, j’ai constaté une forte montée en gamme, similaire à ce que nous avons connu il y a 10 ans en France. Ainsi les “alicaments” (contraction de médicament et d’aliment) sont en plein boom.

Rayon “Alicaments” dans un supermarché de Pékin

Pour profiter de ce marché, plusieurs compagnies sont bien positionnées. Ainsi vous retrouverez Mengniu Dairy sur le marché de Hong Kong, et Bright Dairy & Food à Shanghai.

Mais les compagnies étrangères représentent un pari encore plus intéressant. Laminées l’année dernière face à la concurrence des produits chinois, les multinationales de l’agroalimentaire, comme Danone et Nestlé, sont en train de se repositionner sur les yaourts “haut de gamme”.

Après les scandales sanitaires à répétition, elles pourraient bien profiter d’une demande de sécurité.

Bon investissement.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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