La semaine dernière, j’avais un ami - directeur de banque privée à Genève - au téléphone. Celui-ci m’expliquait son exaspération : "tu sais, on avait averti nos clients d’une crise liée aux subprime. Le problème, c’est qu’on n’a pas adapté leurs portefeuilles en conséquence, ou alors pas correctement, puisqu’on leur a fait perdre au moins autant que le marché".
Vous est-il, comme lui, déjà arrivé d’avoir une analyse correcte de la situation, puis de perdre de l’argent comme si vous aviez eu tort ?
Dans le lot, il y avait du bon et du moins bon
Tandis que le prix du pétrole grimpait il y a deux ans, nombre d’investisseurs se sont intéressés à l’uranium, dont le prix montait aussi. Si c’est votre cas, je vous en félicite : l’analyse était bonne, du moins à très long terme. Certains se sont même rendus à telle ou telle conférence à l’occasion de laquelle des sociétés actives dans le secteur de l’uranium se présentaient à la communauté financière.
Ceux qui se seront laissé convaincre par des beaux parleurs, sans s’être livrés à une analyse en profondeur, s’en sont mordu les doigts.
Voici l’histoire d’une de ces entreprises, comme je l’écrivais récemment dans ma rubrique du vendredi dans l’Agefi (Suisse).
Restons dans les vapeurs toxiques avec Uranium Energy Corporation
Il y a moins de deux ans — dans ma lettre boursière du 20 avril 2007-, l’action valait 5,77 $, ce qui était beaucoup. Cela n’avait rien d’étonnant : ses promoteurs sont des spécialistes de la montée en flèche du prix des titres. Pour mémoire, voici comment fonctionne le système.
Dans un premier temps, des professionnels de la finance liés à l’église de scientologie se mettent à acheter, avec de l’argent confié par leurs adhérents. Par exemple, ils acquièrent un paquet important d’actions d’une petite société, parfois avec le consentement de celle-ci. En effet, la direction de la petite société voit d’un bon oeil les effets secondaires : la hausse du prix de l’action. Cela leur permet de vendre leurs titres pour deux, parfois 10 ou 100 fois plus qu’ils n’en osaient espérer.
Cela dure depuis un quart de siècle
Si le management est honnête et rechigne, la prise de participation devient hostile. "Ce que ces types font, c’est prendre le contrôle de sociétés, faire du battage publicitaire, vendre leurs actions et après il ne reste plus rien", dit John Campbell, ancien administrateur de la société Athena Gold. Cela dure depuis un quart de siècle. A l’époque déjà, l’entreprise minière Skylark Resources avait vu le prix de son titre exploser à quatre dollars, pour se retrouver à deux centimes – soit une chute de 99,5%.
Et cela ne concerne pas que les entreprises actives dans le domaine des matières premières. NETI Technologies, une société de logiciels, fut promue comme "le prochain Xerox" à grand renfort de communiqués de presse, avant de s’effondrer comme toutes les autres.
A propos d’Athena Gold, l’ancien actionnaire Thomas Clark affirme : "j’ai été un policier honnête toute ma vie et j’ai vu les pires sortes de crimes, mais celui-ci est dans le haut du classement ; ils ont volé la propriété de cet homme [John Campbell]".
Là où ils passent, l’herbe ne repousse plus jamais
Uranium Energy disposait de zéro chiffre d’affaires et d’aucune réserve d’uranium prouvées à l’époque de mon analyse, en 2007.
J’affirmais que les personnes à l’époque en charge de la société sont "comme Attila : là où ils passent, l’herbe ne repousse plus jamais. Voilà qui faisait de la société Uranium Energy un excellent candidat pour la vente à découvert, pour contrebalancer une position haussière d’un producteur sérieux d’uranium".
(La majorité des investisseurs continuent d’investir exclusivement à la hausse, alors qu’il est possible de gagner de l’argent en restant neutre au marché.Ainsi, j’élimine le "risque marché" et enregistre des gains significatifs en achetant la meilleure valeur d’un secteur et en shortant – vendant — en parallèle la pire valeur de ce même secteur).
Sans surprise, le prix de l’action a été divisé par 10, pour un profit de 90% en moins de deux ans
Espérons que les investisseurs charmés par la rhétorique de ces promoteurs, au gré de telle ou telle conférence spécialisée, auront appris leur leçon et joueront la prochaine fois la baisse de tels titres plutôt que la hausse.
Pour terminer sur une note positive…
Un profit garanti de 99% en moins de quatre mois est-il susceptible de vous intéresser ?
Si oui, ne manquez pas Le Capital Neutre de la semaine, dont l’abonnement peut être commandé gratuitement sur mon site Le Coin des Insiders, et qui explique le comment du pourquoi d’une telle transaction.

