Charbon, évitez la noyade !

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Déluge, inondation, torrent… voici ce qui attend un des premiers marchés de l’énergie en 2013. Il ne s’agit pas du gaz, ni même du pétrole, mais du marché du charbon.

Le charbon est à l’énergie ce que Michel Galabru est au cinéma français, un des piliers du secteur, mais relégué la plupart du temps dans les obscurs seconds rôles.

C’est un fait, le charbon ne provoque pas la même excitation que le pétrole et son cortège d’enjeux géopolitiques. Même le gaz est récemment devenu plus “tendance” que le charbon, notamment depuis que le Qatar, qui a construit sa fortune à partir du méthane, s’est mis à investir dans des stars du football européen.

Pourtant le marché est en train de changer. Fin décembre, la National Development and Reform Commission (NDRC) chinoise, l’organe de contrôle du marché énergétique chinois, a décidé de déréguler le marché. C’est proprement un tournant majeur pour la Chine, et donc pour le marché du charbon.

Très vite, les investisseurs ont vu dans ce mouvement une nouvelle opportunité d’investissement. Or… ce n’est pas si sûr. Si ce changement porte les germes d’une petite révolution du marché de l’énergie en Chine, profiter de ce tournant s’avère plus difficile que prévu.

Pour profiter de la reprise de la consommation énergétique en Asie, je vous confierai mon conseil après ces quelques lignes.

L’énergie chinoise en passe d’être libéralisée
La NRDC a annoncé fin décembre son intention de déréguler le marché du charbon thermique (pour la production d’électricité). Auparavant, l’organisme public s’occupait de fixer les contrats de fourniture de charbon. Les prix étaient administrés, afin de favoriser la compétitivité des producteurs d’énergie qui achetaient le charbon.

Les conséquences de cette mesure sont potentiellement immenses. La décision de la NRDC va permettre de réaligner les prix chinois sur les prix du marché :

  • les profits des compagnies minières chinoises vont décoller ;
  • les compagnies chinoises vont pouvoir vendre leur production sur les marchés mondiaux ;
  • les prix mondiaux vont partir à la hausse

Hausse dans le Shanxi, le grenier à charbon
Les prix pratiqués par les producteurs du Shanxi, la première région productrice de charbon du monde, ont déjà commencé à augmenter. Les contrats signés, traditionnellement plus bas que les prix spot, coûtent désormais 20 renminpi, la monnaie chinoise, de plus par tonne que sur le marché spot.

Cette hausse pourrait rapidement profiter aux producteurs de charbon, longtemps restés frustrés par la NRDC. Ainsi selon Citigroup, les profits de deux compagnies devraient rapidement augmenter, China Coal Energy et China Shenhua.

Le cours de ces deux sociétés a d’ailleurs surperformé ces derniers jours à la Bourse de Shanghai, pourtant installée dans un rally boursier. Compte tenu de la demande en énergie gigantesque de la Chine, cette réforme va automatiquement profiter aux leaders du secteur.

Mais cette réforme va aussi profiter aux exportateurs étrangers.

L’Australie et l’Indonésie euphoriques
Parce qu’il est lié à la fourniture d’un produit de première nécessité, l’électricité revêt une importance politique forte pour l’Etat. C’est pourquoi la Chine a toujours contrôlé très soigneusement son marché du charbon. Pourtant en 2009, l’explosion de la demande a contraint l’Etat à acheter du charbon à l’étranger. Jakarta et Cambera ont alors répondu présent et les prix spot sont remontés vers les 150$ la tonne (90$ aujourd’hui).

En parallèle, l’Etat a remonté les taxes à l’exportation, pour éviter que le charbon national soit vendu à d’autres pays. C’est cet épisode qui va conduire l’ensemble des miniers installés dans la région à augmenter leur production.

Mais en 2012, le ralentissement de la demande d’électricité a plongé le secteur du charbon dans la déprime. Et avec l’arrivée des productions des mineurs étrangers, qui voulaient à leur tour profiter de la hausse de la demande chinoise, les prix spot du charbon coté en Australie se sont effondrés.

Charbon thermique australien, prix mensuel, en dollar par tonne

Désormais, les producteurs d’électricité vont pouvoir choisir du charbon australien ou indonésien. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), les importations chinoises de charbon devraient atteindre 300 millions de tonnes sur les cinq prochaines années. De compagnies comme l’Indonésienne Bumi Resources, ou l’Australienne Peabody Energy sauront en profiter.

Mais l’heure où les prix du charbon sur le marché mondial vont remonter n’est pas arrivée, et il est trop tôt pour parier sur ces valeurs. Voici pourquoi.

Une situation qui risque de perdurer
La hausse des importations sera freinée d’abord parce que les producteurs chinois vont accroître leur production. Selon Jefferies, la production de charbon devrait augmenter de 20% d’ici 2015, représentant 450 millions de tonnes. Or à la différence de l’AIE, Jefferie estime que la Chine n’importera “que” 100 millions de tonnes d’ici 2015.

En parallèle, les prix sur le marché international vont rester bas. Le développement des gaz de schiste aux Etats-Unis rend actuellement le charbon moins compétitif sur le marché national. L’AIE a calculé que la consommation américaine de charbon va passer de 697 millions de tonnes en 2011 à 600 millions de tonnes d’ici 2017. Les charbonniers américains essaient actuellement d’exporter leur production, ce qui va accroître l’offre sur le marché, et déprécier les prix.

Comme le résume Zhang Yongjun, analyste à la China Center for International Economic Exchanges, “le mouvement d’annulation des barrières aux prix du charbon thermique ne conduira pas à une hausse forte car la demande est faible du fait du ralentissement économique international”.

Mon conseil
L’Agence Internationale de l’Energie a calculé fin décembre que le charbon pourrait être la première énergie au monde d’ici 2017. Pourtant il est trop tôt pour parier sur le retour du charbon, notamment dans la zone Asie. Les prix vont probablement rester bas pour l’année 2013.

Pour profiter de la hausse de la demande énergétique en Asie, je vous recommande un autre secteur : l’uranium.

Le retour à la croissance du marché de l’uranium, profondément affecté par le drame de la centrale de Fukushima, a été officiellement lancé cette semaine. En effet, le nouveau Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a annoncé que le Japon pourrait à nouveau construire des centrales nucléaires. Cette déclaration annonce en filigrane que les 48 réacteurs maintenus actuellement éteints pourraient recommencé à fonctionner dans les mois à venir.

L’uranium, qui a déjà commencé sa reconquête depuis quelques semaines, pourraient rapidement retrouver ses niveaux du début 2011.

[NDLR : Matières à Profits s'est positionné très tôt sur le marché de l'uranium afin de capter le rebond qui est en train de se produire. La minière que Matières à Profits a sélectionné vient de gagner quasiment 6% depuis un mois, et sera assurément au coeur de la renaissance du nucléaire. Pour en savoir plus, abonnez-vous à Matières à Profits.]

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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