Autant lever tout de suite l’ambigüité, je ne vous parlerai pas aujourd’hui de la campagne électorale américaine, de ses résultats et de la chasse aux électeurs “indépendants” qui font habituellement le résultat d’une élection américaine.
Je voudrais vous parler de la question de l’indépendance… en matières premières. Restons encore quelque temps aux Etats-Unis, car la question de l’indépendance a été au coeur de la campagne électorale.
Pour la première fois depuis plus de 20 ans, Barack Obama a réussi à réduire la dépendance énergétique. Entre 2008 et 2011, la production américaine de pétrole a bondi de 16%, pour atteindre un niveau jamais vu depuis 1993. En parallèle, les importations de pétrole du Moyen-Orient ont baissé, et comptent désormais pour moins de 20% des importations totales. Le premier mandat du président américain a vu une page se tourner, celle de la dépendance au Golfe.
Pourtant, les Etats-Unis restent particulièrement dépendant… en métaux. Si, ces derniers mois, cette dépendance a été essentiellement médiatisée via la question des terres rares, les pays occidentaux sont en réalité dépendants des importations pour un grand nombre de métaux. Lors de ce deuxième mandat, la présidence américaine pourrait bien s’attaquer à cette question, alors que la Chine règne encore sur plusieurs dizaines de ces marchés.
Cette problématique partagée avec Europe va permettre d’ouvrir de nouveaux marchés. J’ai en particulier repéré un secteur qui va profiter du retour des politiques minières, le secteur du recyclage. Et une fois n’est pas coutume, l’Europe abrite quelques-uns des plus grands acteurs du marché.
Voici mon conseil après ces quelques lignes.
Le Pentagone sonne l’alerte
Il y a quelques années, le Pentagone s’est aperçu que certains alliages utilisés dans la fabrication de ses missiles utilisaient des métaux que seule la Chine produisait. Pour être précis, c’est le Japon qui fabriquait certains alliages à base de cérium, nécessaire pour ces missiles. Or ce cérium provenait directement de Chine. Par la suite, on s’est aperçu que toute une gamme d’armements — destroyers, missiles Tomahawk, radars Aegis Spy-1, smart bomb — étaient dépendants de la production minière chinoise.
Les Etats-Unis ont alors mis sur pied une politique de sécurisation des métaux. Cette année, ont été publiés les premiers rapports destinés au Congrès afin de légiférer sur cette question. Il s’agit notamment du “Rare Earth Elements in National Defense: Background, Oversight Issues, and Options for Congress” et du “Rare Earth Elements: The Global Supply Chain“, publiés par le CRS (Congressional Research Service).
Mais le réveil du Pentagone a amené l’ensemble des pays occidentaux à regarder les conditions d’approvisionnement en métaux, ce qui a révélé l’extrême fragilité des chaînes d’approvisionnement en métaux industriels de nos économies.
Le métal, une denrée rare
A la suite des Etats-Unis, la Commission européenne et le bureau de géologie britannique ont à leur tour sorti une liste des métaux dits “critiques”. A côté des terres rares, une quantité de nouveaux métaux, dont on croyait l’approvisionnement sécurisé depuis longtemps, sont produits majoritairement par la Chine :le cobalt, l’antimoine ou encore le tungstène. L’Angleterre souligne que sur 50 métaux étudiés, la majorité était produite à plus de 50% par la Chine. Ainsi la première réaction a été la réactivation des politiques d’exploration.
Le cas de la mine américaine de Mountain Pass dans les terres rares est emblématique. Abandonnée à la fin des années 1990, la mine californienne est en train de redémarrer sa production. En Europe, plusieurs pays ont déjà annoncé posséder des ressources. L’Allemagne pourrait ouvrir une mine de terres rares. Les pays scandinaves ont également annoncé la possibilité de produire des terres rares. Même en France, les Cévennes pourraient abriter un important gisement.
Les autres métaux ont également été concernés. Ainsi tout récemment, l’Ecosse étudie la possibilité de mettre en exploitation un gisement de tungstène. Il s’agirait du 2e ou 3e gisement de tungstène au monde.
En parallèle, les stratégies de recyclage sont montées en force.
Le recyclage croît partout dans le monde
Ce sont les Etats-Unis et le Japon qui ont été les premiers à relancer le recyclage. Par exemple, les industriels américains ont mis en place le programme Call2Recycle, qui consiste à assurer le recyclage des accumulateurs. Quant au programme PV recycling, il assure le recyclage des panneaux photovoltaïques.
Au Japon, du fait de l’importance du secteur de l’électronique, on se rend compte que les déchets représentent de véritable mine d’or. Par exemple, dans l’archipel, 20 millions de téléphones portables, de téléviseurs, d’ordinateurs, de baladeurs MP3 et de caméras numériques sont remplacés chaque année. Selon des calculs de l’Institut de la science des matériaux, les déchets contiendraient ainsi 6 800 tonnes d’or (soit près de 16% de l’ensemble des réserves exploitables dans le monde), 60 000 tonnes d’argent et 1 700 tonnes d’iridium !
Cette richesse a amené les compagnies les plus technologiques à se mettre au recyclage. Hitachi Metals recycle désormais les chutes de production d’aimants de la marque Neomax, contenant du néodyme. L’usine de Recupyl à Singapour s’est également spécialisée dans le recyclage du cobalt et du lithium.
En Europe, ces pratiques commencent tout juste à voir le jour. Pourtant, le marché ne cesse de croître.
L’Europe pose les bases du marché du recyclage
Plusieurs Européens ont commencé à s’investir dans le recyclage. Ainsi la minière belge Umicore a lancé celui des chutes de production de la couche d’oxyde d’indium des écrans LCD, et celui des chutes de production des panneaux photovoltaïques en Allemagne et aux Etats-Unis. Mais la véritable impulsion à ce marché est attendue de la part des autorités.
L’Union européenne réfléchit à structurer ce marché, via la mise en place d’outils pour mobiliser les gisements de déchets non exploités et organiser la chaîne de recyclage. La première piste pourrait être la mise en place d’une aide aux produits recyclés. Comme le résume les parlementaires Christophe Bouillon et Michel Havard, dans un rapport d’information publié en octobre 2011 : “les matières premières secondaires pâtissent d’une concurrence marquée avec les matières premières vierges. Il faut donc rétablir une juste concurrence en envoyant un signal prix“. L’application d’un taux réduit de TVA pour les matières recyclées pourrait être une solution. De même, l’idée d’imposer un taux minimum d’incorporation de matières recyclées dans les produits finis a été évoquée.
La France avance ses pions dans le recyclage
Avec l’envolée des prix des métaux, le marché du recyclage européen a amorcé une phase de consolidation dès les années 2000. Plusieurs acteurs européens ont réussi à s’imposer. C’est le cas du Néerlandais Ecore, qui fait figure de leader du secteur, suivi par Galloo Recycling ou encore Paprec.
La France a la chance d’abriter un des géants européens du secteur, avec Derichebourg. Mais le pays a vu également fleurir de nouveaux acteurs de taille modeste, attirés d’une part par l’essor du marché, et d’autre part par la volonté de valoriser la tradition de métallurgie française.
Ainsi la compagnie de recyclage TerraNova a été créée par d’anciens employés de Metaleurop. Le marché que vise cette entreprise concerne le traitement des cartes électroniques, les écrans-plats et les téléphones. Grâce à cette activité, le métallurgiste veut produire du cuivre et des métaux précieux.
Mon conseil
Actuellement, alors que les métaux sont en bas de cycle, leurs prix ont tendance à se rapprocher des prix des métaux recyclés. Pourtant, certains métaux ont su résister, alors que leur marché reste désespérément tendu au niveau international.
La stratégie pour se placer sur le marché du recyclage est donc double :
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D’abord, vous pouvez repérer les métaux dont le recyclage restera compétitif face à leur production minière. Le cas du plomb est intéressant, alors que le marché reste tendu depuis plusieurs mois. La société française Recylex, également bâtie par des anciens de Metaleurop, s’est spécialisée dans le recyclage de ce métal.
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L’autre stratégie est de se positionner dès maintenant afin d’attendre la remontée des cours. C’est probablement le bon moment de regarder les leaders du secteur, comme Derichebourg.


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