Cher investisseur,
Puisqu’ArcelorMittal fait tristement la une de tous nos journaux et pendant que notre ministre du Redressement productif se lâche sur monsieur Mittal comme sur une poupée vaudou, je vous propose aujourd’hui un Edito très “matière”.
Je ne vais pas vous parler de la sidérurgie, secteur que je connais très bien pour tout un tas de raisons personnelles. Abordons plutôt le charbon.
“Comment ça le charbon ? Mais c’est mort !” allez-vous me dire…
Vous avez raison. Qui diable investit encore sur les valeurs charbon de nos jours ?
Personne. Pas un investisseur.
Le charbon est déserté… Tous les investisseurs ont vendu ; même les plus convaincus ont lâché prise ; les rats ont quitté le navire
Lorsqu’il n’y a plus un investisseur pour vendre, que le secteur est déserté, c’est que nous touchons le fond ; le “bottom” comme disent les Anglo-Saxons…
Il est bien loin le temps où les valeurs charbon gagnaient +1 200% (de 2003 à 2008).
Depuis le printemps 2011, les valeurs charbon ont perdu la moitié de leur valeur (-50%). Un véritable bain de sang.
Regardez ce tracker qui suit fidèlement les valeurs charbon, c’est un bon proxy :
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus
Effondrement du cours des producteurs de charbon
Ce tracker caracolait autour des 52$ en avril 2011. Il est descendu proche des 21$ en septembre et tourne aujourd’hui autour des 23$.
Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’à 20$, vous êtes “au bas du bas” historique. Difficile d’aller plus bas, sauf peut-être très ponctuellement comme en mars 2009.
Disons qu’en termes de potentiel de baisse, “y a plus grand-chose à gratter“ ; le secteur est déserté ; les investisseurs ont pris la poudre d’escampette… Premier point à retenir.
I don’t love you anymore baby…
Il y a en outre une sorte de “désamour” pour cette matière noire et sale. On lui préfère le vent et le soleil, plus “mode et sexy” et qui ont le bon goût de “donner bonne conscience”.
Reste que le vent et le soleil ne suffiront pas à faire tourner la Chine ou l’Australie dont l’énergie électrique vient en très grande majorité des centrales à charbon (c’est un fait). Même aux US, où frappe la révolution du gaz, la part du charbon (certes en déclin face au gaz) reste significative dans sa production d’énergie électrique.
Disons qu’il y a une forme d’aversion pour le charbon, la mode étant au gaz, pétrole de schiste et énergies alternatives. Le charbon, s’il fut un temps idolâtré, est sorti des écrans radars ; oublié, délaissé, abandonné… C’est le second point à retenir
PER au plus bas, valorisation “à la casse”
Si vous analysez l’évolution du PER de l’indice mondial du charbon, vous vous rendez compte qu’historiquement (je remonte jusqu’en 1975) son PER évolue entre 10 (niveau bas) et 50 (niveau haut). En gros, à 10 les cours des valeurs charbon sont “à la casse” ; à 50 ils sont à des niveaux “stratosphériques”.
Le PER a chuté sur les 10 à quatre reprises : en 1979, 1983, 2000 et 2009. A chaque fois un rebond des cours s’en suivit.
Or justement :
- non seulement nous sommes revenus flirter avec le PER de 10, ce qui veut dire que les cours de nos valeurs sont à la casse ;
- mais en plus nous avons rebondi sur ce seuil (nous amorçons un rebond plus précisément…) : c’est un signal à ne pas négliger…
Un rendement relativement attractif…
Je m’appuie toujours sur l’indice mondial des valeurs charbon (indice Datastream pour être précis). Le rendement de ces titres (dividende payé à l’actionnaire) est actuellement de 4%.
Dans l’absolu, ce n’est pas grand-chose… mais quand on sait que les rendements des obligations souveraines sont “ras les pâquerettes”, voire carrément négatifs après déduction de l’inflation et une fois que le fisc vous a détroussé… finalement, 4% c’est très honnête.
Aurait-on touché le bottom ?
Depuis des mois, plus personne ne veut entendre parler du charbon.
Rien que sur l’année, les cours du charbon coke (pour la sidérurgie) et du charbon thermal (pour les centrales électriques) ont chuté de 30% la tonne étant donné l’évaporation de la demande chinoise et américaine. Face à la hausse de leurs “cash cost” (coût de production), les producteurs de charbon ont fermé leurs mines, stoppé leur production partiellement, arrêté les investissements…
Aujourd’hui, certains investisseurs commenceraient-ils à y regarder à nouveau de plus près ?
Il semblerait que oui :
- lorsque je regarde la demande pour mon tracker charbon, je vois un retournement de situation depuis quelques semaines. Le fonds a cessé de dissoudre ses titres pour en réémettre à nouveau, preuve que la demande commence à revenir. (Pour info, il a dissout jusqu’à deux tiers de ses titres entre le point haut du printemps 2011 et le point bas) ;
- depuis début septembre, le tracker reprend un peu de couleurs. Mais ne nous emportons pas… Le mouvement est encore infinitésimal (+9%)… Disons que les choses qui “vont mal“, vont “un peu moins mal” ;
- Peabody Energy, qui a coupé partiellement sa production de charbon en début d’année, vient d’annoncer que la demande de ses clients repartait. Ses résultats du troisième trimestre confirment le redressement
- Côté économie, à entendre les spécialistes elle devrait se reprendre tout doucement courant 2013, à commencer par la Chine (la plus grosse consommatrice de charbon au monde). N’oubliez pas que se sont surtout les émergents qui tirent la demande ;
- notons aussi la stabilisation aux Etats-Unis du “gas-to-coal switching” (abandon du charbon pour le gaz), une demande européenne en hausse (arrêt du nucléaire et retour aux centrales à charbon comme en Allemagne) et reprise des dépenses chinoises d’infrastructures. L’Inde devrait suivre car ses besoins sont énormes.
En synthèse…
Je préfère de loin acheter des valeurs qui surperforment, et pyramider à la hausse.
Mais les matières premières ont une double caractéristique :
- elles sont extrêmement cycliques ;
- elles sont très volatiles, avec des directionnels puissants.
Voilà pourquoi il peut faire sens de se positionner sur un tracker charbon aujourd’hui, prudemment, dans une optique moyen/long terme.
Un retour vers les plus hauts sur 24/36 mois n’est pas impossible. Et même en cas de krach des marchés, le potentiel de baisse est limité et nous devrions pouvoir sortir gagnants de cette position à terme.
Le ratio risque/retour sur investissement me paraît intéressant.
Deux conseils pratiques pour la route…
- achetez plutôt un tracker qu’une valeur (diversification = moindre risque) ;
- préférez un tracker dont la composition surpondère les émergents aux Etats-Unis.
Autre solution, vous reposer sur les conseils de notre expert en matières premières, Florent Detroy, rédacteur de Matières à Profits.



Vous dites “Voilà pourquoi il peut faire sens de se positionner sur un tracker charbon aujourd’hui, prudemment, dans une optique moyen/long terme.”
Vous en achetez vraiment ou vous dites simplement à vos lecteurs d’en acheter ?