Un axe Pékin - Londres contre le dollar ?

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leadimg

Je vous le concède… c’est un titre un peu provocateur.

Londres et Pékin défendent chacun leurs intérêts nationaux. Jusque-là, pas de surprise.

Seulement voilà : leurs intérêts se rejoignent sur un point bien précis : le YUAN.

Sur le yuan, les affaires des uns font AUSSI les affaires des autres. Voilà qui devrait créer une dynamique très intéressante pour la monnaie chinoise.

Et comme tout ce qui renforce le yuan affaiblit mathématiquement le dollar, Washington ne devrait guère apprécier les positions très avant-gardistes de la place de Londres. Mais pourra-t-il s’y opposer ?

Laissez-moi tourner la question différemment : les Etats-Unis peuvent-ils s’opposer au cours de l’Histoire ?

Vous devinez ma réponse…

Voici les faits.

Pékin veut et VA imposer sa monnaie à la place du dollar
L’empire du Milieu veut faire de son yuan la future monnaie de référence et d’échange internationale. Il en a les moyens et le temps jour pour lui.

Comme toujours, Pékin opère très progressivement, sans bruit ni de vagues. Il franchit une à une les étapes de la convertibilité du yuan depuis des mois, sans même que vous ne vous en rendiez compte…

Et n’allez pas imaginer que la Chine oeuvre toute seule dans son coin.

Bien au contraire…

FRONT UNI des émergents pour soutenir le YUAN
Pékin a le support de tous les émergents et “fraîchement émergés”. Russie, Inde, Brésil, Afrique du Sud et beaucoup d’autres soutiennent ses initiatives qui visent à internationaliser le yuan.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que ces pays fortement exportateurs ne veulent plus voir leurs exportations dépendre du “roi dollar” en déperdition.

Le billet vert non seulement ne cesse de se déprécier, mais il est AUSSI un danger pour la stabilité économique, jugent la plupart des émergents (QE + TWIST = inflation et surchauffe économique chez les émergents = risque social accru).

En outre, les émergents ont un besoin urgent de diversifier leurs réserves de change (les deux tiers sont généralement détenues en dollar dont la valeur “s’évapore”).

Non à la dépendance au dollar, nous crient-ils clairement.

La Chine, aussi fine que rusée, leur propose depuis quelques mois une alternative puissante : son yuan.

Inutile de dire vous qu’ils sont tous preneurs. Et ça marche !

Commerce international : le yuan marque des points contre le dollar

Nous avons d’abord assisté l’an passé à la mise en place de nombreux accords de swap bilatéraux pour faciliter le règlement des transactions commerciales en yuan. Les pays signataires sont essentiellement asiatiques, mais il y a aussi l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, le Venezuela, le Pakistan,…

Aujourd’hui, ce sont l’Inde, le Brésil l’Afrique du Sud et la Russie qui sont en train de signer un accord avec Pékin pour mettre en place des prêts libellés en yuan. Ces pays acceptent ainsi de commercer avec la Chine en Yuan, et plus seulement en dollar.

Le chiffre choc
HSBC estime que la part des transactions internationales libellées en YUAN devrait passer de quelque 13% actuellement à 50% en 2015 ! Enorme…

Logique, me direz-vous : l’essentiel de la croissance mondiale est généré des pays émergents. Et ça ne fait que commencer, vous répondrais-je.

Assurément, c’est un coup dur pour le dollar. Car la baisse des transactions internationales libellées en dollar conduira automatiquement à une baisse du dollar dans les réserves de change mondiales.

Le dollar serait-il en train de perdre son “privilège exorbitant” de pouvoir être imprimé à l’infini tout en étant adossé à rien ?

Je vous laisse méditer…

En attendant, sachez cher lecteur qu’il n’y a pas que les émergents qui s’intéressent au yuan, bien au contraire. Les pays développés ne résistent pas aux chants des sirènes pékinoises.

Le yuan offshore a décidément le vent en poupe.

Les pays développés craquent à leur tour pour le yuan
Pour preuve, trois faits :

1 – Un coup de tonnerre en provenance du Japon d’abord…
Le Japon vient de signer un accord avec la Chine (nous parlons tout de même des deuxième et troisième puissances économiques de la planète…) : leurs transactions bilatérales pourront être libellées en yuan, parallèlement au dollar. La part du yuan va donc monter dans les réserves de change monstrueuses du Japon, au détriment du dollar.

Tokyo obtient en outre l’incroyable privilège (avec Singapour et l’Australie) de pouvoir acheter de la dette souveraine chinoise. Nous parlons bien de l’ennemi héréditaire des Chinois : le Japon. C’est vous dire la détermination de nos camarades capitalistes à faire de leur monnaie LA monnaie de demain.

2 – Parallèlement, les entreprises occidentales adoptent le yuan
Pékin a ouvert il y a quelques mois un marché obligataire à Hong Kong sur lequel les entreprises privées occidentales peuvent venir émettre des obligations libellées en yuan. Ceci afin de leur faciliter l’investissement direct en yuan sur le territoire chinois.

Le succès a été immédiat auprès de nos belles entreprises occidentales : Mc Do, Unilever, Volkswagen, Caterpillar, Ford Motors… toutes se ruent au portillon pour trouver de l’argent frais et partir à l’assaut de l’énorme marché chinois. Et le fait est que l’argent coule à flots…

3 - A tel point que Londres, par le yuan alléchée, en vient à frapper à la porte…
Londres n’a pas son pareil pour attirer le business et les capitaux. Et pour le coup, l’occasion est trop belle ; même si elle s’appelle yuan, ennemi public numéro un du dollar…

Les insiders (rien d’officiel comme toujours) nous expliquent que Londres serait en train de monter la plus grande place offshore pour le yuan. Ses grandes concurrentes seraient Singapour, et bien sûr Hong Kong.

Mais l’avantage de Londres, c’est que cette place pourrait devenir pour nos entreprises une véritable “tête de pont” entre le monde occidental et l’Asie.

Ajoutez la réputation de Londres en tant que place financière et sa crédibilité ; sans oublier qu’elle est la première place mondiale pour l’échange de devises….

Pas de doute, Londres pourrait devenir un atout puissant pour le yuan.

Sachant qu’un vent de “progressisme” et de “libéralisme” souffle au pays des camarades capitalistes, il se pourrait bien que les Chinois acceptent de négocier avec Londres, tout comme ils ont accepté de “contracter” avec les Japonais. Ils ne dévient jamais de leurs objectifs de long terme, quels que soient les moyens à mettre en oeuvre : c’est leur force.

Le dollar a donc bien du souci à se faire.

C’est la raison pour laquelle je persiste à penser que le yuan est “le trade de la décennie“ ; et que le dollar a entamé son lent déclin, à l’image de celui du sterling au siècle dernier

Comment profiter de la montée en puissance du yuan ?
Comme je vous l’expliquais dans l’Edito il y a 15 jours, la puissance du yuan passera par l’or. Donc se positionner sur de l’or physique n’est sans doute pas une mauvaise idée.

Certaines banques chinoises (dans les pays occidentaux) permettent de détenir des dépôts en yuan, dépôts dont le montant est pour l’instant encore strictement limité.

Evitez l’immobilier, le risque est maximum.

Et si vous n’avez pas de “connexions chinoises”, vous pouvez investir sur place via les bourses chinoises. Je vous recommande Hong Kong, une véritable “porte d’entrée” vers la Chine.

Attention : demandez conseil avant de vous lancer. Le timing pour prendre position est très important, et ces marchés sont sujets à de fortes variations.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.

Un commentaire
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  1. jymesnil sur 23 mar 2012 à 7:22

    Billet très instructif, à ceci près que la première puissance économique mondiale est….l’Europe ?! dont le PIB est juste inférieur au PIB des USA et de la Chine cumulés…enfin c’était le cas en 2011, et à la vitesse à laquelle nos dirigeants européens oeuvrent pour casser leur gros jouet, ce ne sera peut-être plus le cas très longtemps. On sera plus fixés quand nous oserons (défier l’Amérique) payer notre gaz et pétrole en Euros à nos fournisseurs russes et arabes ?!….

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