Le yuan vous ouvre les portes de l’Asie

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Lors d’une de mes nombreuses promenades dans les rues de Pékin, j’ai subitement fait une plongée sombre et brutale dans les affres du maoïsme.

Sur les murs en briques grises de la rue Nanluogu Xiang, située au nord de Pékin, on peut lire d’anciens slogans datant des années 1960, comme “l’industrie doit s’inspirer de Daqing !” ou “la nation doit s’inspirer de l’armée de libération du peuple !”.

Photo : nozomiiqel – Flickr

Lorsque l’on connaît les conséquences qu’ont eu ce genre d’exhortations, on comprend que le pays se soit converti rapidement au pragmatisme dès la mort de Mao Zhedong. Ce pragmatisme a effectivement été érigé en principe de base de l’évolution de la société à partir du début des années 1980.

C’est notamment Deng Xiaoping, héros du décollage économique chinois, qui a mis au coeur de la politique économique chinoise l’expérimentation. Sa célèbre citation “tâter les pierres pour traverser la rivière” témoignait bien de la prudence avec laquelle le pays s’est ouvert au monde.

Ainsi, après avoir “expérimenté” la dérégulation du commerce et la libéralisation des services depuis 30 ans, la Chine est en train de tester une autre libéralisation : celle du yuan !

Rompue aux expérimentations en tout genre depuis 30 ans, la presqu’île de Qinghai a accueilli la dernière étape en date de cette politique. Désormais, les entreprises enregistrées sur la presqu’ile peuvent emprunter en yuan auprès des banques de Hong Kong. Le contrôle des prêts par la Banque populaire centrale chinoise est donc purement et simplement supprimé.

Mais le chemin est encore long avant que le yuan ne devienne une monnaie disponible pour tous. Cette décision aurait de telles conséquences que le gouvernement avance à très petit pas.

Aujourd’hui, je vous propose une piste d’investissement qui vous permettra de profiter de ce grand (mais long) bond en avant de la monnaie chinoise.

La Chine piégée à son propre jeu ?
Longtemps, la Chine a su profiter du système monétaire international. J’en veux pour preuve sa stratégie d’endettement dans les années 1980 et 1990. A cette époque, Pékin avait pris pour habitude d’emprunter dans une monnaie forte, en attendant que celle-ci s’essouffle et reparte à la baisse. La Chine n’avait alors aucune difficulté à rembourser.

Ce scénario s’est produit avec le yen dans les années 1980. A l’époque, un dollar américain valait entre 85 et 95 yens. Lorsque les emprunts chinois à 10 ans sont arrivés à maturité, le yen ne valait plus que 130 pour un dollar. La Chine a tout simplement vendu du dollar pour payer sa dette en yen.

Aujourd’hui, le scenario n’a pas changé. La seule différence, c’est que la Chine n’est plus l’emprunteuse, mais la prêteuse. Et à ce jeu-là, il semble que la Chine soit moins experte.

Le dollar, 100% de fardeau pour Pékin
Au total, la Chine a accumulé plus de 1 000 milliards de dollars en bons du Trésor américain ces dernières années.

Ces achats avaient les encouragements des deux parties, américaine et chinoise. Les Etats-Unis ont commencé à faire tourner la planche à billets après l’éclatement de la bulle internet au tournant des années 2000. La Chine s’est empressée de se gaver de dollars, elle qui au même moment avait besoin de liquidités pour faire ses emplettes en matières premières sur les marchés internationaux.

Petit à petit, la Chine a commencé à accumuler des dettes américaines, se rendant compte que l’argent prêté à Washington permettait à ses citoyens d’acheter des produits chinois.

Le problème, c’est que désormais, les Etats-Unis vacillent. Bien entendu, le dollar est actuellement particulièrement haut, par rapport à l’euro notamment. Mais cette hausse est temporaire, provoquée d’abord par la crise européenne. A moyen terme, les soutiens aux dollars sont bien faibles, alors que sa croissance plafonne à 2% et sa dette dépasse les 100% de son PIB.

Devant le ralentissement américain, la Chine a décidé de réagir en mettant sur le devant de la scène sa propre monnaie.

Fidèle aux conseils de Deng Xiaoping, diverses pistes ont été étudiées ces dernières années pour accroître le rôle du yuan sur la scène internationale.

Pourtant, les conséquences possibles d’une internationalisation trop rapide pourraient être catastrophiques pour le régime en place. Le gouvernement chinois n’est pour l’instant pas prêt, et déroulera sa stratégie de libéralisation encore sur plusieurs années.

En attendant, j’ai repéré pour vous une autre piste d’investissement dont vous pourrez profiter dès à présent.

La Chine lance un pavé dans la mare en 2009
En 2009, la Chine a commencé à évoquer l’idée d’une diversification des monnaies de référence dans le système monétaire international.

Ainsi, en mars 2009, le gouverneur de la Banque de Chine portait la première estocade au dollar, en suggérant l’élargissement à d’autres devises du panier de monnaies de référence du FMI. Pour l’instant, la valeur de la “monnaie” du FMI, appelée “droits de tirages spéciaux”, repose à 44% sur le dollar.

En juin de la même année, les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) se réunissaient pour discuter de la possibilité de remplacer le dollar comme monnaie de référence. A cette époque, on ne parlait que d’étendre à d’autres monnaies le rôle de référence.

Depuis lors, la Chine a haussé le ton.

Le yuan devient un instrument de la politique commerciale chinoise
Plusieurs accords monétaires ont été signés ces deux dernières années, donnant toujours plus de place au yuan sur la scène régionale.

Ainsi un grand nombre de pays peuvent désormais commercer avec la Chine en yuan, comme Hong Kong, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, l’Inde, le Brésil ou encore la Turquie. Depuis cette année, le Japon peut même se venter d’être le premier pays à posséder de la dette chinoise, puisque le pays a finalisé en mars dernier l’achat d’à peu près 63,6 milliards de yuans (10 milliards de dollars) de dette. Les particuliers ont également le droit désormais de détenir des yuans. Aux Etats-Unis, on peut acheter du yuan, à hauteur de 4 000 $ par jour, et 20 000 $ par an.

L’autorisation donnée à certaines sociétés basées à Hong Kong d’émettre des obligations en yuan, appelées “dim sum” a également rencontré un franc succès. C’est le cas notamment des français Air Liquide ou Alstom. Le montant des transactions de commerce extérieur réglées en yuans est ainsi passé de 18 milliards de yuans (2,18 milliards d’euros) au premier trimestre 2010 à 539 milliards lors des trois derniers mois de 2011, selon Natixis.

Si de nombreux experts anticipent que 30% du commerce chinois pourrait être libellé en yuan d’ici cinq ans, je me garderais pour l’instant de tout pronostic. Ce développement du yuan reste fait dans des limites encore très rigides, qu’il est peu probable de voir tomber avant longtemps.

Et si cela réduisait la puissance du Parti communiste chinois (PCC) ?
A court terme, nous verrons probablement les limites de l’internationalisation du yuan. Car un tel processus porte en lui des changements trop importants pour des dirigeants qui n’ont peur que d’une seule chose actuellement, la déstabilisation.

Internationaliser sa monnaie impliquerait de passer à un taux de change flottant. Or comme le rappelait un article du Monde en début d’année, avec un taux de change flottant, “il deviendrait impossible de forcer la population chinoise à détenir de vastes quantités de dépôts bancaires à faible rendement. Surtout, Pékin perdrait son principal outil de contrôle économique : les banques. C’est sans doute là quelque chose de quasiment inconcevable sur le court terme”.

Et depuis que Pékin a commencé à réagir au ralentissement économique en Europe, on se rend compte à quel point le pays entend garder le contrôle de sa masse monétaire. Comme le rappelle David Li, professeur d’économie à Qinghua, le contrôle du yuan est considéré comme une protection contre la faiblesse de l’économie mondiale actuellement. Par exemple, la Chine peut se permettre de mettre en place des plans de relance, comme en 2009 et dans une moindre mesure 2012, sans voir sa dette attaquée par les marchés.

Ainsi, l’internationalisation du yuan est une stratégie de long terme. Pour vous aider à en profiter, je vous recommande la lecture de la Quotidienne que Cécile Chevré a écrite en avril dernier.

En attendant, je vous propose une stratégie de plus court terme.

Mon conseil
A mon avis, le yuan va être de plus en plus présent… au niveau régional.

C’est l’idée de Michel Aglietta, professeur à Paris-X Nanterre, lorsqu’il déclarait en mars dernier que “l’idée des Chinois n’est pas de remplacer le dollar au niveau mondial, mais de faire en sorte que l’Asie devienne une zone où les Etats-Unis aient moins d’importance et où la Chine joue un rôle pivot“.

Avant de remplacer le dollar, le yuan servira d’abord l’expansion et la consolidation de l’économie chinoise dans sa sphère régionale. Cette stratégie coïncide avec le choix des partenaires dans les accords monétaires. Principalement, il s’agit soit de pays asiatiques, Japon et Asie du Sud-Est en tête, soit des BRIC, les autres pays émergents.

Pour profiter de la croissance régionale, deux options s’offrent à vous.

  • Vous pouvez d’abord choisir un ETF qui vous offrira une exposition large sur les pays asiatiques. L’ETF Lyxor ETF MSCI AC Asia-Pacific ex Japan vous permettra de profiter de la croissance du commerce intra-Asie (en laissant le Japon de côté).

  • Vous pouvez également cibler les compagnies chinoises qui se développeront avant tout dans la sphère asiatique. L’opérateur China Mobile, coté à New York, sera par exemple au centre du resserrement des liens commerciaux entre les pays asiatiques.

Je surveille de très près le marché chinois, son évolution, ses tendances, et ses opportunités. Si ce marché vous intéresse, rejoignez-nous dans Matières à Profits.

Bon investissement.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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